Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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126.2 - Les grottes de Pierre-la-Treiche

Christophe Prévot et Jean-Baptiste Perez

Présentation

La commune de Pierre-la-Treiche est la plus riche commune meurthe-et-mosellane sur le plan karstique. Elle ne compte pas moins d’une trentaine de grottes dans la vallée de la Moselle dont les deux tiers sont situés en rive droite. Par ailleurs ces cavités figurent parmi les plus grandes du département et on trouve trois des quatre cavités départementales de plus de 1 000 m de développement. Les grottes de Pierre-la-Treiche se développent dans des calcaires datant du Jurassique, plus précisément au Bajocien (il y a environ 170 millions d’années).

Il s’agit majoritairement de calcaires à polypiers et de calcaires oolithiques.

Les calcaires des grottes de Pierre-la-Treiche sont par ailleurs riches en fossiles divers (dont les fameuses « étoiles de Sion ») qui peuvent être contemplés dans les parois. Les derniers travaux scientifiques (LOSSON, 2004) permettent d’estimer la période de formation des grottes de Pierre-la-Treiche : il s’agirait vraisemblablement du Pléistocène moyen et inférieur (il y a 1,5 millions d’années à 300 000 ans).

Les grottes dans l’histoire humaine

Les grottes de Pierre-la-Treiche occupent une place importante dans l’histoire humaine locale et dans l’histoire de la spéléologie lorraine.






Statue représentant deux leuques (parc de la Pépinière, Nancy)


Lorsqu’on remonte l’histoire, on découvre que le trou des Celtes (rive gauche ; développement actuel : 75 m) sert dès le néolithique de sépulture collective vers le 2e millénaire avant notre ère. Ensuite, pendant le second âge du fer, la grotte est utilisée comme refuge par l’un des peuples gaulois qui habitent la région, les Leuques (3e-1er siècle avant JC). La capitale des Leuques, fondée sur un site préhistorique plus ancien, était alors Tulo Loucoru qui deviendra Tullum Leucorum avec l’arrivée des romains en 52 avant JC, puis Tull et enfin Toul. Le trou des Celtes a été redécouvert en 1863 par Camille HUSSON. Il y a trouvé des silex taillés, des poinçons d’os, des fragments de poteries et de fibules. L’ensemble de ces pièces est conservé dans les collections du musée de Toul mais ne sont pas exposées au grand public.


Porche de la grotte de Sainte Reine sur une carte postale ancienne




Plus récemment, la grotte Sainte Reine (rive droite ; développement actuel : 1 130 m) a abrité un ermitage installé dans son porche principal en 1711. Cela vaut d’ailleurs à la grotte d’être classée par les Monuments historiques (arrêté du 24 février 1910). C’est vers 1860 que les premiers spéléologues en commencent l’exploration. En 1863 Camille HUSSON en publie les premiers plans. Il faut attendre 1954 et les travaux successifs de plusieurs explorateurs pour aboutir à un plan équivalent à celui d’aujourd’hui. En 2008 une équipe de l’USAN ouvre l’accès à une petite galerie concrétionnée jusqu’alors inconnue.



Ce n’est que le 2 décembre 1934 que Christian CHAMBOSSE (1914-2004 ; membre d’honneur de l’USAN) découvre la grotte des Puits (rive droite ; développement actuel : 370 m) et désobstrue le 1er puits menant aux galeries inférieures. Les galeries supérieures sont dues aux travaux du Clan des Montenlairs (groupe spéléo des Eclaireurs des France ; groupe aujourd’hui disparu) vers 1952-1953. Michel LOUIS (1937-2001) ouvre les galeries inférieures de cette cavité entre 1961 et 1962.


La grotte des excentriques (rive gauche ; développement actuel : 185 m) a été découverte le 26

mars 1935 par Christian CHAMBOSSE, qui la nommait alors grotte des Renards. En avril 1958 elle est redécouverte par Michel LOUIS et J.-M. DELHOTAL qui notent qu’elle avait été déjà parcourue par des inconnus qui avaient agrandi plusieurs passages... Elle fut baptisée après coup à la suite de la découverte de minuscules excentriques sur les parois. Cette grotte a permis l’étude d’animaux cavernicoles par Jean-Luc CONTET-AUDONNEAU pour le compte du laboratoire de zoologie de Nancy.



Galerie des Géodes (grotte des Sept Salles)



La grotte des Sept Salles (rive droite ; développement actuel : 1 160 m) doit sa découverte à Christian CHAMBOSSE le 31 mars 1937 (il affirmait néanmoins que des traces prouvaient que des inconnus avaient exploré la première Salle). Au début des années 50 le Clan des Montenlairs ouvre et topographie la « partie gauche » à partir du boyau supérieur. Ce n’est que très récemment (dans les années 70-80), que Michel LOUIS découvre, d’abord avec le GST (Groupe Spéléologique de Toul ; groupe aujourd’hui disparu) puis le CLRS (Cercle Lorrain de Recherche Spéléologique), l’intégralité de la « partie droite » et désobstrue l’Entrée 2. Il faut attendre 1996 pour que l’USAN ouvre le Puits du Chouchen (Entrée 3) au sommet de la Galerie Supérieure.



Quant à la grotte Jacqueline (rive droite ; développement actuel : 1 000 m), sa première entrée a été inventée par Jean COLIN en 1948. On doit les deux autres entrées et le plan final à Michel LOUIS aidé de l’ASHM (Association Spéléologique de Haute-Marne) et de l’USAN entre 1960 et 1963.




Remplissage de galets issus du massif vosgien (grotte des Sept Salles)



L’ensemble des grottes de ce domaine recèlent encore bien des secrets. De nombreux conduits sont malheureusement totalement obstrués par des remplissages déposés par la Moselle lors de sa capture par la Meurthe il y a plus de 300 000 ans.


Les actuels explorateurs poursuivent les travaux commencés par leurs aînés voici près d’un siècle et demi pour enrichir la connaissance du milieu souterrain qui fait partie du patrimoine naturel local et poursuivre les investigations sur la capture de la Moselle.


Géologie des grottes de Pierre-la-Treiche

Les grottes de Pierre-la-Treiche situées le long de la Moselle, rive droite, se sont développées dans les formations du Bajocien qui datent de 170 MA environ, et plus particulièrement à sa base. C’est le cas pour les grottes des Sept Salles, des Puits et de Sainte Reine. Les grottes du Chaos et du Géant sont dans la partie supérieure du Bajocien. Les formations traversées par les grottes correspondent aux calcaires sableux de Hayes, situés sur les marnes micacées très peu épaisses, séparant le Bajocien de l’Aalénien, l’ensemble faisant 25 m de puissance en moyenne.


On observe à l’entrée des Sept Salles des fossiles de Lamellibranches (ou bivalves, mollusques à coquille en deux parties attachées et mobiles) et Gastéropodes (ou escargots, mollusques à coquille en spirale). La roche a un aspect granuleux. Puis nous trouvons, au-dessus, les calcaires à entroques, sur une dizaine de mètres, formation dure à inter-bancs souvent gréseux, piquetés de ponctuations rouille et avec la présence d’articles de Pentacrinus (« étoiles de Sion ») que l’on trouve en grattant le sol par endroit.






Pentacrines ramassés dans la grotte des Sept Salles




Cœur d’une géode (grotte des Sept Salles)



Le passage à la formation des Polypiers inférieurs (squelette calcaire des polypes qui formaient des colonies de coraux) se fait par l’intermédiaire de l’oolithe blanche à Clypeus angustiporus, calcaire finement oolithique (i.e. granuleux) et coquillé ; mais, d’après la notice de la carte géologique de Nancy, il est difficile de distinguer le passage des deux formations, car la deuxième envahit localement la première. On notera la présence de géodes de calcite, surtout brunes dans la Galerie des géodes, associées aux Polypiers. Celles-ci se sont développées dans les intervalles des colonies et ne sont donc pas rondes, mais plus ou moins « branchues ou étoilées ».





Lamellibranche (Thracia curtansata ?) ramassé dans la grotte des Sept Salles



Parfois des coquillages, Pectens (coquilles St Jacques) ou Chlamys, vivant dans les récifs, sont observables sur les parois des grottes.

D’autres espèces fossiles correspondant à ces formations, citées dans la notice de la carte géologique, n’ont cependant pas été observées ; citons les genres : Pholadomya, Trigonia, Mytilus, Plagiostoma, Bélémnites, Gryphaea, etc. Il est possible de les trouver dans les carrières des environs, dans les champs comme à Pont-Saint-Vincent, lors de travaux ou dans les talus ou falaise des routes. Signalons toutefois quelques espèces intéressantes des récifs du Bajocien et des niveaux oolithiques :

Brachiopodes : Acanthoothyris spinosa, Cymatorhinchia quadriplicata, Dundrythyris perovalis

Lamellibranches : Modiolus imbricatus, Plagiostoma semicirculare, Pholadomya lirata

Oursins : Stomechinus bigranularis, Pygaster ornatus, Echinobrissus clunicularis, Acrosalenia hemicidaroides.


Brachiopode (Terebratula) ramassé dans la grotte des Sept Salles



Brachiopode (Terebratula) ramassé dans la grotte des Sept Salles


Les grottes de Pierre-la-Treiche sont un endroit merveilleux pour regarder, observer et explorer. Bien des trésors sans valeur y attendent tout autant le spéléologue averti que le visiteur curieux ; il suffit de... prendre son temps et chercher !


Photographies : Christophe PREVOT, 2004-2008



Bibliographie  :

Carte géologique de Nancy 1/50000, BRGM

CHAMBOSSE C., Carnets de notes personnels, 1934-1937

CUXAC P., Les crinoïdes, Le P’tit Usania n°28, USAN, 2000

HILLY J. et HAGUENAUER B., Guide géologique régional Lorraine-Champagne, 1979

LEHMULLER D. et LOUIS M., Contribution à l’avancement du catalogue des cavités de Meurthe-et-Moselle, ASHM et USAN, 1966

LOSSON B., Aperçu karstogénétique de la grotte Sainte Reine, Regards n°37, UBS, 1999

LOSSON B. et QUINIF Y., La capture de la Moselle : nouvelles données chronologiques par datations U/Th sur spéléothèmes, Karstologia n°37, FFS, 2001

LOSSON B., Le karst du plateau de Haye : un patrimoine scientifique exceptionnel, SIMM n°4, CDS-54, 2001

LOSSON B., Quelques aspects de la karstification du plateau de Haye (Lorraine, France), Regards n°41, UBS, 2001

LOSSON B., Karstification et capture de la Moselle (Lorraine, France) : vers une identification des interactions, Mosella tome XXIX, Université de Metz, 2004

LOSSON B., CORBONNOIS J., ARGANT J., BRULHET J., PONS-BRANCHU E. et QUINIF Y., Interprétation paléoclimatique des remplissages endokarstiques de la vallée de la Moselle à Pierre-la-Treiche (Lorraine, France), Géomorphologie : relief, processus, environnement n°1/2006

USAN, Contribution à l’histoire de la spéléologie lorraine, Histoire de l’Usan (2° édition), USAN 1961-2001, Déc. 2001


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