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325.2 - Exploration dans la grotte de Bèze
Vivien Romuald
samedi 30 août 2025, par
Participants : Christophe (Dépin), Jean-Luc (Caron), Théo (Prévot) et Vivien (Romuald)
Julien ayant les autorisations pour plonger à la grotte de Bèze, le week-end du 28-29 juin est proposé pour aller continuer l’exploration dans le siphon terminal. Je retrouve Théo au local pour 8 h, nous embarquons les bouteilles nécessaires, à savoir : 2 x 10 L, 4 x 12 L, 2 x 7 L et 2 x 8 L. Nous devrions avoir suffisamment d’air… À noter que nous commençons à disposer d’un bon stock de matos plongée. Nous voilà partis en direction de la commune de Bèze, environ 1 h 40 de route, déjà 23 degrés à 8 h 45. Il fera bon pour nous d’aller nous baigner dans l’eau. En sortant de l’autoroute nous faisons un petit détour dans une boulangerie :
- Théo, tu connais le Creux Bleu à Villecomte ?
- Oui, ce n’est pas énorme actuellement, Julien y est déjà allé désober un peu, mais c’est un gros chantier.
Un client devant nous se retourne.
- Vous êtes spéléologues ? Vous devriez aller visiter la grotte de Bèze ce n’est pas très loin…
Une petite discussion se lance, il s’agit d’un ancien spéléo indépendant ayant appris sur le tas avec son beau-frère. Il nous raconte avoir eu l’occasion de faire quelques classiques ici, en Côte-d’Or (Neuvon, Combe aux Prêtres, Creux Percé) mais également dans le Doubs (Baume des Crêtes, Jérusalem, Baume Sainte-Anne…). Un beau palmarès pour des personnes autodidactes.
Nous faisons un dernier détour par un petit supermarché pour faire le plein en piles, le choix se limite à des piles eco+++, pour vous donner une idée le lot de 8 piles est vendu 1,53 €. La caissière nous rassurera sur la durabilité du produit visiblement aussi performante que les grandes marques (mouais, bon, il ne faut peut-être pas pousser non plus mais ça fera le job pour nos lampes de plongée). Nous arrivons sur place à 11 h et allons rapidement voir Sébastien, le responsable des visites touristiques pour savoir si nous pouvons plonger en début d’après-midi. En attendant Jean-Luc et Christophe, nous allons nous poser tranquillement à l’ombre histoire de savourer notre jambon-beurre. Il est aux alentours de midi lorsque nous sommes rejoints par le reste de l’équipe. L’objectif du week-end est de poursuivre l’élargissement d’une lucarne supposée être la suite du siphon terminal. Pour cela, nous prévoyons d’effectuer des perçages et d’y placer quelques dispositifs détonants. La mission du jour consistera donc au rééquipement de certaines zones où le fil est endommagé ou posé d’une façon inadaptée et réaliser les perçages. Deux équipes se forment, Jean-Luc et Christophe reprennent l’équipement tandis qu’avec Théo nous irons réaliser les perçages au fond.
Pour ce faire, ma config sera la suivante : 2 x 12 L gonflées à 250 bars plus une 7 L elle aussi à 250 bars. L’idée ici est de consommer en priorité la 7 L et d’économiser les 12 L pour avoir le moins de matériel possible à ressortir. Le matos acheminé sous terre, il faut désormais le monter sur la barque au milieu des touristes puis se laisser naviguer jusqu’à la salle Blanche. Théo semble dire que la visibilité est un peu laiteuse (private joke). Il me charge de trimbaler le perforateur étanche tandis que lui aura les accus. Tout est ok C, un petit contrôle de mano et du reste du matos vers ‑3 m et nous voilà prêts pour traverser le S1. Bien chargé, je constate rapidement que je vais devoir compenser ma flottabilité, je coule trop, vraiment trop… Le paysage est agréable, c’est vraiment un beau siphon. Théo m’indique que nous sommes au niveau de « l’étroiture » remontante, je m’engage dedans et force un petit peu mais ça passe. Nous arrivons juste après à la cloche. La traversée du S1 nous aura pris 26 minutes avec un point bas à ‑15 m. Théo se déséquipe pour passer le matériel de l’autre côté de l’amas de blocs, personnellement, je décide de passer avec tout le matériel sur moi.
Direction le fond du S2, nous descendons et arrivons à une lucarne. Le fil est coupé sur quelques mètres mais nous apercevons l’autre extrémité fixée plus loin sur un bloc. Les autres rééquipant derrière nous, Théo décide de s’engager dedans, je le suis. En ressortant Jean-Luc et Christophe nous ferons la remarque que c’est un peu limite, la visibilité au retour pouvant différer de l’aller ou eux pour une raison X ou Y n’ayant pas pu rééquiper nous aurions pu chercher un moment le fil. Mea culpa, il faudra éviter ce genre de comportement dans le futur. Nous arrivons au terminus actuel du siphon, je sors le perfo Nemo SDS Rotary Hammer, Théo commence à essayer de le faire fonctionner… première batterie… rien, deuxième… rien, troisième… rien. Ça ne fera pas une très bonne pub pour le matériel Nemo Power Tools, mais franchement il n’y a pas une fois où nous utilisons ce perforateur sans surprise (accus qui prend l’eau, perforateur qui n’en fait que sa tête,…). Pour le prix des outils c’est un peu déplorable. Théo décide de ne pas tout perdre en allant taper au marteau burin, je le reprendrai un peu mais sous l’eau, la tâche est rendue plus complexe. Un dernier essai d’accus avant d’opérer au demi-tour, incroyable ! Le perfo fonctionne, nous ne lâchons plus la gâchette et nous empressons de faire un trou. Trop beau pour être vrai, le premier trou réalisé le perforateur refuse de redémarrer, un faux contact quelque part ? Il est temps pour nous de retourner dans la cloche et tant mieux car après 20 minutes à contempler un niphargus je commence à avoir froid. Nous retrouvons la sortie du S2 après 45 minutes d’immersion. Nos compères sont également là, nous échangeons sur la situation, le bon point c’est qu’il y a au moins un trou de réalisé !
Étant hésitant sur quelques passages du S1, je laisse Théo passer devant. Je débute fort, me voici devant une restriction et ce n’est pas celle au pied de l’éboulis. Impossible d’opérer un demi-tour, je dois partir en marche arrière…. Je suis sur la fin de ma 7 L et décide donc de passer sur mes 12 L. Je ne suis pas descendu suffisamment et suis encore dans la vasque de la cloche. Je rebrousse chemin, suis la pente et retrouve Théo qui m’attend bien sagement. Le courant dans le dos, le retour du S1 est rapide, le relais n’ayant pas suffi à faire l’aller-retour il nous faut tout ressortir pour regonfler. Fort de ce constat nous décidons de passer par le siphon des Belles-Mères et de ressortir à l’embarcadère avec tout le matériel.
Fin de plongée, fin de journée, retour dans la chaleur pour une nuit à la belle étoile dans un camping non loin d’ici. Mais avant de déranger Patrick de l’emplacement 13, opération gonflable. Théo et moi devons faire gonfler nos 12 L car il me reste environ 170 bars et 200 bars pour Théo. Après un repas au snack il est temps pour nous de terminer les préparatifs pour demain puis de filer au lit. Théo le tombeur ne dormira pas seul ce soir, il partagera sa nuit avec moi et des fourmis. Visiblement j’ai dû installer la bâche non loin d’une fourmilière…
7 h 30, je me réveille après une nuit bien froide (sans sac de couchage) les 30 °C de la journée tombent tout de même rapidement la nuit ! Ce matin, il faut tout ranger et préparer notre plongée, l’idée est d’aller dérouler la ligne de tir puis mettre en œuvre la charge dans le trou foré la veille. Afin de pouvoir travailler aisément au fond nous décidons d’alourdir la config, en plus de 2 x 12 L et du relais 7 L nous prendrons un relais 8 L. Le premier relais sera déposé à la fin du S1 avant « l’étroiture ». Le relais 8 L sera gardé pour le S2. Une première pour moi qui, à ce jour, n’ai pas eu l’occasion de plonger avec autant de bouteilles. Même équipe qu’hier, Christophe et Jean-Luc prennent de l’avance pour poser la ligne de tir, Théo et moi fermons la marche avec pour mission la mise en place des charges et le raccordement. Nous nous retrouverons ensuite tous à la cloche pour la mise à feu puis irons voir le résultat.
Nous arrivons rapidement en bas de « l’étroiture », je commence donc à retirer mon relais 7 L. Il me reste 150 bars, Théo me fait comprendre qu’il ne faut pas que je purge mon détendeur une fois le robinet fermé de sorte à garder l’ensemble sous pression. Nous ressortons, Théo conditionne les détonateurs et le cordeau laissés ici par la première équipe puis direction le fond du S2. Les détonateurs pouvant être sensibles à la pression lors du passage du point bas, nous les avons mis dans une boîte étanche… Mais que se passe-t-il lorsqu’on veut ensuite ouvrir un volume contenant de l’air à 1 bar dans une zone noyée par 10 m de colonne d’eau ? La dépression est telle que vous n’ouvrez plus la boîte… Théo me fait signe de l’aider à ouvrir la boîte je m’accroche donc au sol il tire, tire et retire mais rien ! Impossible de l’ouvrir ! Inutile de consommer davantage d’air, nous rebroussons chemin. À la cloche, nous faisons part de la situation aux autres qui ne sont guère surpris nous décidons alors de remplir la boîte d’eau de sorte à laisser une lame d’air le plus fin possible. Rebelotte, nous revoici face au trou, tirant chacun d’un bout, mais toujours rien. Malgré le peu d’air contenu dans la boîte elle reste inouvrable. Nous retournons une fois de plus à la cloche pour voir ce que nous faisons, l’idée de trimballer les détonateurs comme ça dans l’eau n’enchante pas tellement Jean-Luc du fait de devoir passer le point bas. Théo pense que ça doit le faire. En l’absence d’affirmation nous préférons ressortir demander conseil à Christophe Rognon pour qui les tirs sous l’eau n’ont guère de secret. Nous rangeons les vieux bouts de fil et de câble déséquipés, les mettons en kit et partons direction la sortie. Jean-Luc et Christophe étant encore là plusieurs jours ils laisseront leur matériel dans la salle Blanche. Théo et moi, contraints de rentrer ce soir, prenons une fois de plus le siphon des Belles-Mères. Nous ne sortirons pas par l’embarcadère mais filons tout droit dans le siphon de résurgence où nous ressortirons quelques minutes plus tard.
Le matériel est momentanément laissé dans la vasque de la résurgence le temps que nous montions nous changer. Dehors nous retrouvons Julien, venu pour poursuivre les explorations avec Jean-Luc et Christophe. Nous mangeons ensemble sur une table au soleil, récupérons le suceur à sédiments qui devrait bientôt servir à la Rochotte puis disons au revoir à nos camarades. Un beau week-end qui, malgré les mésaventures, reste riche en expérience.
Merci à tous pour l’organisation, l’accueil et les bons moments passés, en espérant que la suite soit rapidement trouvée.
Union spéléologique de l’agglomération nancéienne