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330.1 - Formation de vérificateur EPI
Théo Prévot
dimanche 8 février 2026, par
Contacté il y a plusieurs mois pour savoir si j’étais intéressé par une formation de vérificateur EPI (Équipement de protection individuelle) chez Petzl, j’avais répondu présent. Olivier Gradot, initialement invité ne pouvant se libérer vis-à-vis de son travail, et après différents échanges, c’est finalement Nicolas Greiner qui le remplace. Nicolas tout comme moi, pourra également faire valoir cette formation au niveau professionnel ce qui est loin d’être inintéressant.
Dimanche 14 décembre, après le stage de recyclage du CSR B (voir : Prévot, Th. 2026. Stage Recyclage à la MLS. Le P’tit Usania 329. Usan. Nancy. p. 5), nous décollons de Savonnière-en-Perthois peu après 19 h. Le GPS indique 4 h 15 de route, je voyais ça plus loin c’est une bonne nouvelle !
À notre arrivée nous sommes accueillis par David Bianzani qui nous loge gracieusement à la caserne de Grenoble. L’échange est bref, une intervention vient de se déclencher il doit nous laisser. De notre côté c’est le grand luxe, mieux qu’à l’hôtel. Bon on a quand même omis un point, une caserne c’est vivant la nuit, les « deux tons » raisonnent une paire de fois, la nuit fut mouvementée pour les pompiers. David passe nous voir vers 7 h, il n’a pas fermé l’œil de la nuit, nous buvons un café avec l’équipe de garde et faisons la connaissance du chef de caserne puis partons en direction de Crolles pour rejoindre le village Petzl (siège social de Petzl).
Sur place, nous retrouvons Laura, notre formatrice et BE spéléo. Nous sommes sept licenciés FFS à suivre la formation, dont Clotilde présidente de la CoJ, et Agathe que je connais depuis un moment. Nous prenons un café et débutons la formation par un rapide tour de table. Yannick, formateur en observation, sera également présent et alternera entre les différents groupes de formations présents sur le site.
Le thème de la formation est la vérification des EPI contre les chutes de hauteur. Qu’est-ce donc que ça ? C’est justement ce qui précède la présentation de l’entreprise et de ses engagements, définition d’un EPI, des normes, etc. Un EPI est un dispositif transportable destiné à protéger une personne contre un ou plusieurs risques pour sa santé et sa sécurité. Il ne peut pas être fixé de façon permanente et doit répondre aux exigences de sécurité (marquage CE). Peu favorable à la culture de la réglementation je ne peux m’empêcher de rappeler que ce marquage CE bien qu’aujourd’hui écrit au texte réglementaire européen (règlement UE 2016/425, antérieurement directive 89/686/EC) est bien un règlement et sauf mention contraire n’est donc pas rétroactif. Ce qui signifie donc qu’un EPI produit avant ce règlement peut tout à fait être utilisé selon les préconisations du constructeur sans pour autant disposer du marquage CE. Bien sûr ma remarque ne s’applique que pour du vieux matériel stocké dans des conditions favorables et pour lequel la durée de vie n’est pas dépassée.
Les EPI se décompose en trois catégories, la formation ne portera que sur la 3e catégorie, celle protégeant des risques mortels ou de dangers aux conséquences irréversibles pour l’humain. Laura nous présente ensuite un petit tableau des différentes combinaisons possibles (tableau ci-dessous) :
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EPI (marquage CE) |
Équipement normé |
Exemple |
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Oui |
Oui |
Descendeur spéléo Petzl Stop |
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Oui |
Non |
Descendeur Petzl ZigZag |
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Non |
Oui |
Descendeur spéléo simple |
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Non |
Non |
Descendeur en huit |
Là encore le biais est pris de traiter le matériel tel que les descendeurs simples ou encore les descendeurs huit comme des EPI du fait de leur importance pour nous, mais rappelons que réglementairement ce ne sont pas des EPI. Mon propos n’a pas vocation à inciter à une imprudence avec du matériel dangereux ou pouvant être défectueux mais d’amener à la réflexion. Quand je vois certains rebuter un descendeur simple sous prétexte qu’il est marqué à l’aide de lettres à frapper alors qu’il ne s’agit pas d’un EPI par exemple mais qui ne sont pas dérangés par le fait d’avoir un beau casque percé pour y accrocher leur lampe préférée dessus (perçage modifiant l’EPI)…
Méfiance également sur les contrefaçons chinoises pour lesquelles il est possible de lire un marquage CE, représentant China Export et non pas Conforme aux Exigences.
Laura poursuit sur le marquage des EPI et les informations obligatoires, le numéro de série Petzl nous est détaillé. L’historique des marquages nous est présenté, la formation est très bien, nous manipulons différents équipements, que ce soit dans la gamme professionnelle comme la gamme sport. Viennent maintenant les questions tant attendues : pourquoi fait-on la vérification des EPI contre les chutes de hauteur ? Avec quelle périodicité ? Qui peut faire cette vérification ? Comment vérifier les EPI ?
Les sujets seront traités un à un durant la journée, création d’un registre, personne compétente, vérification au moins tous les 12 mois (et non tous les ans, il y a une subtilité !), dégradation des différents matériaux, etc. Une fois toutes ces questions éclaircies nous passons sur les grandes familles qui vont conditionner pas mal de choses pour la suite de la formation et de la gestion des EPI : les produits métalliques, les produits textiles et les produits plastiques (les casques).
Le contenu de la formation est dense mais très intéressant, nous voyons également le protocole de vérification Petzl. Nous étudions ensuite chaque type d’EPI un à un afin d’être en mesure de pouvoir les contrôler (connecteurs, poulies, bloqueurs, harnais, sangles, cordes, casques, longes, absorbeurs, tout doit y passer). Nous manipulons à chaque fois différents produits, d’abord neufs ensuite usés, puis individuellement nous devons procéder à la vérification d’un EPI et expliquer aux autres les différentes observations faites avant de conclure sur son aptitude ou inaptitude à rester en circulation.
Durant les explications, Laura nous montrera la procédure de fabrication des mousquetons Petzl qui, rappelons-le, sont testés individuellement en sortie d’usine ! Ce n’est tout de même pas rien.
17 h, la fin de journée approche, nous rangeons un peu et quittons les lieux. Sur la route j’appelle David qui me propose de boire un coup ensemble, nous rentrons à la caserne déposer le véhicule et sortons non loin de la caserne. Nous serons rejoints par Agathe et Léo puis par Guillaume Isnard et plus tard dans la soirée pas la sœur de Léo ainsi qu’un autre copain spéléo.
Mardi 16, nous revoici dans les locaux de Petzl : aujourd’hui nous poursuivons les différents types d’EPI et manipulations avec toujours le processus de vérification à faire individuellement puis à présenter aux autres. Laura répond aux questions de la veille, nous apprenons (enfin au moins moi) que les réglementations en termes de couture obligent les constructeurs à utiliser du fil de couleur différente que le tissu employé pour les coutures dites de sécurité. Les coutures d’éléments non sécuritaires (couture d’une mousse de confort, porte-matériel, etc.) sont, quant à elles, de même couleur que le tissu employé et peuvent faire l’objet de reprises par l’utilisateur sans modification de l’EPI. De même, ces éléments n’étant pas de l’ordre de la sécurité, ils peuvent faire l’objet du marquage car, rappelons-le, il est formellement interdit de marquer du textile ou du plastique à l’aide de marqueur ou ruban adhésif (sauf ruban à base aqueuse). Les éléments métalliques pouvant encore être microgravés (dans une certaine limite), leur identification est plus aisée.
La journée se termine, il nous restera les harnais à traiter et nous pourrons passer à la partie évaluation.
Mercredi 17, retour en salle vers 9 h. Nous prenons quelques minutes pour répondre aux questions de la veille. Le marquage de fabrication étant parfois donné année puis mois nous nous demandions si la mise au rebus se faisait en début ou fin de mois. Petzl étant conscient que l’EPI n’est pas « apte » ou « inapte » du jour au lendemain pour un usage normal, la réponse est une mise au rebus en fin de mois. Nous enchaînons sur les harnais professionnels avec quelques particularités telles que le Croll intégré. Sous-élément d’EPI ce dernier ne possède pas de marquage CE et ne peut donc pas être réutilisé après mise au rebus de la partie textile par exemple. Hormis un aspect commercial je ne vois pas tellement d’intérêt à faire cela, d’autant que nous serons bientôt aptes à vérifier individuellement le harnais textile et le bloqueur métallique… Dans une société où on nous rabâche jour et nuit qu’il faut faire attention à la surconsommation et au recyclage, je trouve ça assez mal venu. J’entends déjà la phrase pompeuse « quel prix a une vie », aucun je n’en doute pas un instant, mais je doute que la réutilisation d’un sous-élément d’EPI jugé apte par une personne compétente soit un acte dangereux contrairement à ce que l’on veut nous faire croire. Aparté fait, la matinée touche déjà à sa fin, il est temps pour nous de nous munir de nos tablettes et d’effectuer un petit questionnaire à choix multiple de 25 questions avant d’aller manger. Le retour en salle annonce le début du test pratique, 14 EPI à contrôler individuellement dans un laps de temps de deux fois 1 h 30. Une faute grave est éliminatoire (exemple : EPI jugé apte au lieu d’inapte), deux fautes mineures sont éliminatoires (exemple : durée de vie dépassée, matériel jugé inapte mais encore apte…). Le travail est à effectuer individuellement, nous prenons un EPI, le traitons, le redéposons au centre de la pièce pour qu’il soit de nouveau disponible pour les autres candidats, déposons notre feuille puis passons à un autre EPI. Si certains EPI sont facilement mis au rebut et donc facilement éliminés, certains ne présentent pas de défaut et le doute s’installe rapidement. Une fissure non vue, une perte d’anodisation sur un trou de fixation, une usure trop prononcée tout est passé au crible. Heureusement, une marge est possible à l’aide de la case commentaire, cela permet d’argumenter une mise au rebut ou un maintien car nous ne pouvons pas nous exprimer à l’oral pour expliquer nos démarches. Les 3 h sont rapidement écoulées, Laura faisait la correction au fur et à mesure ce qui permet un débriefing individuel rapide. Nous aurons l’opportunité de pouvoir rentrer dans la tour V.axess (gros terrain de jeux ou toutes les configurations peuvent être simulées). C’est impressionnant !
Nous retournons en salle, libération, nous avons tous validé notre certification. Un grand merci à Petzl pour son accueil dans les locaux, les repas du midi et la bienveillance des gens sur site. À Laura pour nous avoir dispenser une formation de qualité et avoir répondu à toutes nos questions (si, si, même mes questions « reloues », je vous jure). À notre Fédération sans qui nous n’aurions pas eu cette invitation.
Nous disons au revoir et prenons la route du retour, arrivée chez moi sur les coups de minuit.
Je recommande fortement à celles et ceux qui auraient l’occasion de pouvoir effectuer cette formation de la faire !
Union spéléologique de l’agglomération nancéienne