Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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133.5 - Sortie Co-J : le Caladaire et “sur la dent”

Philippe LACH et David PARROT

Tout a commencé le week-end du 22 mars. Après une sortie organisée par la Co.J sur le Caladaire dans le Vaucluse, nous avons décidé (Fil et David) de revenir faire ce trou à deux et jusqu’au fond.
Départ le 25 juin. Après un mois complet de cessation d’activité spéléo (examen oblige) il a d’abord fallu retrouver nos sensations et nos muscles ! En descendant vers le Vaucluse par les nationales nous avons effectué un premier arrêt dans le Doubs pour faire une descente en rappel du porche de la Sarrazine (130m plein vide) aussitôt dit, aussitôt fait, avec passage de noeud bien sûr. 2 Sherpas, et 5 kits rouges, soit 80 kg de matos, ou encore 1050 m de corde à 2 pour 40h de spéléo  ;-)
Puis nous avons continué la route pour un deuxième arrêt en Haute-Savoie sur le massif de Samoëns avec pour double objectif de repérer le V4 du Jean-Bernard et se dégourdir les jambes avant l’épreuve du Caladaire. En été, l’ascension jusqu’au gîte est rapide et aisée, (1h30 au lieu de 3h en hiver). Nous avons cherché l’entrée, mais en vain. La nuit approchant et le ciel devenant menaçant, nous avons établi un bivouac en montagne. Au petit matin il avait plu, tout était mouillé, un nuage stagnait sur la montagne et nous n’avions pas trouvé l’entrée. Peu-importe, au moins nous avions retrouvé l’usage de nos jambes, avec le Caladaire comme objectif principal, nous repartions déjà pour le Vaucluse.
En chemin le GPS nous a un peu perdu dans un village. Pour qu’il retrouve sa route, nous nous sommes arrêtés sur un parking près d’un barrage. Oh Bah tiens, une via ferrata juste à proximité !!! Aussitôt dit aussitôt fait !!! Puis nous sommes repartis, une fois de plus, vers le Vaucluse.
Après une nuit de sommeil très léger, Pierrot et Olive, nous ont rejoint alors que nous nous préparions pour descendre dans le Caladaire. Il était prévu qu’ils viennent d’abord pour faire les photos que nous n’aurions pas pu réaliser à deux et aussi par sécurité. 1000 m de cordes plus les kits de nourriture et notre équipement personnel, nous avions David et moi, 80 kg de matériel à descendre ET à remonter du trou. Un vieux dicton dit qu’il vaut mieux prévenir que guérir (tu parles d’une connerie !!!). Après environ 12 heures d’équipement acharné (par David bien sûr) nous avons atteint la cote de -400 m. Le moral a commencé à descendre lorsqu’il a fallu équiper des zones qui n’étaient pas prévues sur la fiche d’équipement !!! Par accumulation de fatigue avec David nous avions préféré les équiper plutôt que de ne pas pouvoir remonter (mieux vaut prévenir que guérir !!!). Nous savions donc déjà que nous ne pourrions plus toucher le fond. De plus nos deux secouristes étaient fatigués et on préférait faire demi - tour. Nous avons donc commencé à remonter en déséquipant derrière nous.
C’est alors que le drame s’est produit. Arrivés à -200 m nous nous sommes rendu compte qu’un kit avait été laissé à
- 300. De plus, Pierrot avait pris de l’avance, il était déjà sorti du trou. Nous avons donc remonté les kits que nous avions, Olive, David et moi jusqu’au pied du P90. Et là... surprise !!! Pierrot nous avait laissé ses 2 kits !!! wouaou  !!!! Sur les 7 kits que nous avions à 2, 9 étaient dans le trou et plus aucune motivation pour ressortir quoi que ce soit !!! Brisés, nous sommes sortis tous les trois à vide. Bilan des courses, après 23 heures sous terre .... Rien n’a été ressorti et nous n’avions même pas atteint le fond !!! De plus on savait déjà qu’il fallait redescendre jusque -300 pour le kit oublié.
Après 2 heures de sommeil, les muscles éclatés et les mains brûlantes, nous sommes partis récupérer le matériel (David et moi, car Pierrot et Olive étaient repartis pour Grenoble). Ce qu’il s’est passé durant cette redescente restera mémorable. Indescriptible, il faut le vivre pour savoir : surtout remonter mille mètres de corde dans un P90 puis un P60 ! Mais au bout du compte après 17 heures, TOUT était ressorti !!! Tout le matériel ainsi que les kits de nos deux secouristes !!! 40 heures sous terre, 2 heures de sommeil, 2 personnes pour descendre et remonter tout le matériel inutile de décrire notre état Physique. 2 heures de sommeil plus tard (et oui David et moi, nous dormons par laps de 2 heures) tout était chargé et nous quittions enfin le bivouac. Le Caladaire c’est la GALÉRE !!! Mais on reviendra !!! Je veux voir le Fond !!!
Après cette épreuve de force avec la nature qui dégoûterait plus d’un spéléo, nous nous dirigeons vers la dent de Crolles (Quand on aime on ne compte pas !). Au passage petit bain dans les gorges de la Méouge. Ca, ça fait revivre un mort !!! Sur la dent, nous avons passé quelques jours en compagnie de Pierrot et Sophie. C’était la première fois pour tout le monde à la dent de Crolles sauf pour David. Le réseau et immense et magnifique. Nous avons réalisé 2 traversées Glaz-Guiers Mort et Glaz-Chevalier, entre-coupé d’une via ferrata surplombant la vallée (l’éclate total). Le dernier soir, Pierrot nous a emmenés dans une carrière abandonnée pas loin de Grenoble. Je n’avais jamais vu ça !! C’était énorme !!! Et il y avait encore des rails et des wagonnets avec lesquels les carriers tiraient les roches extraites et les poulies (3m de diamètre) pour faire descendre les wagons jusqu’à la route et des maisons en ruines ou les carriers devait sans doute y vivre et... c’était énorme !!! Cette nuit là, il a plu... dehors, mais pas sur nous et on a même pu se faire un barbecue !!! Le lendemain il a fallu commencer à rentrer, Pierrot avait pris la direction de la Suisse et nous de l’Ain où nous avions rendez-vous avec des amis à moi. Après avoir passé une nuit chez eux, nous sommes remontés encore un peu vers Nancy avec en chemin, via ferrata dans l’Ain, puis dans le Doubs.
Enfin la fin, ou plutôt déjà la fin ! 10 jours de mon existence durant laquelle, ma vie était portée par le vent du Hasard, atemporelle et dépourvue d’espace physique. Un long Trip tranquille.

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