Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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155.2 - Frissons dans l’Estéron...

Emmanuel Belut

Participants : Emmanuel Belut, Benoît Brochin, Charlotte Tronquart (USAN), Vincent et Boris Bougard, Hervé Bertin (F.F.M.E.)

Un pied enjambe l’arête, et tâtonne en quête d’un appui. En vain, la chaussure dérape inexorablement sur le calcaire ruisselant. Le ressaut ne mesure que deux malheureux mètres, mais la puissance du flot est telle que son franchissement devient problématique. Enfin, Charlotte bascule de l’autre côté, au milieu du martèlement assourdissant de la cascade. L’impact du courant l’arrache à son rappel, et elle reprend brutalement appui sur les blocs parsemant la base du ressaut. L’émotion a été intense, et c’est les jambes flageolantes qu’elle rejoint le reste du groupe quelques mètres plus loin. Nous voici au cœur de la Clue d’Aiglun, dont l’indomptable débit repoussa les assauts de Martel en 1906. L’Estéron, collecteur de la vallée, s’enferme brutalement dans un grandiose défilé de calcaire, qu’il franchit par plusieurs méandres aussi dangereux qu’étroits, parsemés de blocs siphonnants et d’embâcles de troncs coincés. Le débit d’étiage est déjà très conséquent avec 500 litres par seconde, et vu la largeur du lit à l’entrée de la Clue, nul doute qu’en ce début du mois de juin le niveau d’eau soit supérieur. Déjà au départ de la course, l’incertitude nous saisit, amplifiée par une météo capricieuse. Mais la certitude de pouvoir se mettre rapidement à l’abri en cas d’orage, associée à la qualité de l’équipement, prévu pour un gros débit quasi-permanent, emporte notre décision de nous lancer dans la descente. Dès l’entrée de la gorge, la vigilance s’impose, ainsi qu’un premier toboggan quelque peu chaotique vient le rappeler aux imprudents. C’est à cet instant que le ciel s’obscurcit soudainement et qu’une averse de pluie battante aussi brève que brutale s’abat sur nous. Il est encore temps de faire demi-tour, mais le nuage fautif s’éloigne aussi furtivement qu’il est apparu. Nous reprenons la descente. Les premiers étroits du canyon, peu engageants par ce débit, s’évitent en tirant trois mains courantes d’une trentaine de mètres, idéales pour travailler les mains courantes multipoints rappelables. Dans les autres passages, le courant nous pousse vigoureusement, mais nulle part il ne donne l’impression de présenter un risque très sérieux, à condition de bien anticiper le franchissement de quelques embâcles. Pourtant, certains obstacles sont autant de pièges mortels s’ils sont mal négociés, ainsi que la sinistre accidentologie du site l’atteste. Mais le léger stress de la descente magnifie le décor somptueux qui nous entoure : le contraste du bleu de l’eau et du jaune de la roche, délicatement dorée par le soleil, est saisissant. Au terme de quelques heures de progression, le parcours s’achève dans une zone plus large offrant de belles vasques propices aux sauts, alors qu’un pont enjambe majestueusement la fin de la clue. Le cours d’eau toujours tumultueux permet alors d’appréhender les mouvements d’eau, dont un petit drossage presque sympathique qui en surprendra plus d’une.

Voici deux jours que nous séjournons dans l’Estéron, et Aiglun conclut en beauté les trois descentes que nous avons effectuées, après l’intégrale du Gros Riou de Cuébris et la magnifique Clue de Riolan. En dépit d’une météo plutôt instable, les averses arrosant copieusement notre campement presque chaque soirée, c’est avec une bonne humeur et un entrain permanent que nous avons savouré chaque minute de cette sympathique sortie, entre apéritifs prolongés sur les terrasses ensoleillées des villages perchés de la vallée, et banquets de grillades le soir au camp de base. Les Alpes-Maritimes demeurent une destination canyon de choix en France, de part la variété des descentes, leur intérêt esthétique, et leur accessibilité pour tous les niveaux de pratique. Ainsi, c’est avec un petit sentiment de frustration que nous devons renoncer à effectuer une dernière descente le dimanche matin, les éléments déchaînés nous contraignant à un démontage calamiteux du campement sous les cataractes de pluie, et à une retraite anticipée vers Nancy. L’Estéron, grossi par les pluies, a perdu son bleu pour une teinte brunâtre, et le Var, paisible torrent quelques jours auparavant, charrie désormais des mètres cubes de limon. Quelle chance finalement que le mauvais temps ait attendu le dernier jour pour se manifester, car l’ensemble des descentes du massif est désormais impraticable. Sur la route du retour, les interminables bouchons de l’Ascension nous laissent tout le temps de deviser de nos destinations futures... et c’est promis, la prochaine fois, on passera par la Suisse !

Toutes les photos ici :

https://picasaweb.google.com/nemo.manu/FrissonDansLEsteronCanyonAscension2011#

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