Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne

155.3 - Atelier tricot

Jean-Michel GUYOT

Même route et même restau que l’an passé avant l’effort, c’est-à-dire les célèbres 26 heures de la Grande Vire du Viaduc des Fauvettes à Gometz-le-Châtel (91). Il est 13h30 lorsque je me présente au départ de la vire. Le temps est incertain, et en quelques minutes, il passe du grand soleil bien chaud au couvert gris et gros vent. Je ne sais comment me nipper...

De gros avions venant de décoller passent au-dessus de nos têtes sans se soucier de la nécessité du port du casque, et pourtant vous en verrez plus loin la nécessité !

Je suis le premier inscrit et prêt à partir, la longe à la main en tête de vire.

Arrive un gars du GRIMP, un peu nerveux, que je laisse passer car certainement plus expérimenté que moi, il s’accroche et part…

Un autre gars se pointe, et là encore, je laisse passer, car certainement plus expérimenté que moi... Après son départ, le premier, je ne l’ai plus revu. Le second, j’ai eu le temps de le suivre, ce qui m’a permis de me freiner.

Nous évoluons dans un cadre entre verdure et roche. Le dos passant d’arbre en arbre, majestueux dans ce massif vallonné, les pieds sautant de pierre en pierre, assemblées comme une mosaïque pour former cet ensemble architectural qui traverse la vallée de Cheuvreuse. C’est reposant pour l’esprit. Mais le parcours de la Grande Vire, ça vous réveille le physique. À la première petite tyro, j’ai entendu mon ami devant pester, et me demander comment on la descendait. Pour les vires ça allait, il avançait normalement, bien que surpris un peu par ma technique, semble-t-il efficace et surtout moins fatigante que la sienne. Car comme je lui disais, il faut s’économiser, surtout au début. Faire la vire du viaduc, c’est un peu comme un grand tricot, et passer sa longe d’une maille à la suivante et recommencer cette opération 300 fois. On côtoie la muraille d’un coté, puis de l’autre, avec entre les deux comme un grand vide. Tu te retrouves suspendu au plafond de la voûte.

À une autre tyro, je l’ai encore entendu proférer des « difficultés ». Moi aussi, je reconnais avoir légèrement merdouillé. À un fractio, Franck me demandait de lover un rab de corde qui n’atteignait pas le sol. Au premier parapluie, grosse cata, mon camarade fait tomber son Basic de 40 m sur la roche. C’est là qu’il ne valait mieux pas se trouver en-dessous. Je proposais d’aller lui rechercher par une échappatoire à proximité, mais il renonçait à réemployer un appareil ayant fait une telle chute. Il appelait Franck à la rescousse pour lui en apporter un nouveau. Franck équipait une corde par le puits pour lui remettre en mains propres. Au moment de ce grand parapluie, arrivé au sommet, la trouée que forme le puits est comme un cercle dans le ciel, inaccessible. Il faut redescendre et continuer. Comme je passais par là, Franck remonté à pied sur le pont, me demandait de décrocher le mousqueton qui reliait la corde provisoire. On poursuit la vire, en se perdant de vue dans les virages et derrière les piliers.

J’amorçais la dernière montée avant la tyrolienne finale, et un passant sur le pont m’informait que mon copain devant venait d’abandonner pour cause de crampe. Ce bon samaritain me faisait quelques photos avec plus de recul que je n’en avais le bras tendu pour me prendre. Ce n’est qu’à partir de là que tu peux dire c’est presque terminé. C’était le premier jour, et le soir tu recommences de nuit après le barbecue offert. Et le lendemain rebelote. À toi de fournir l’effort.

Cette fois encore je m’en suis bien sorti et avec un meilleur chrono que l’an dernier !

Je vous donne un scoop, aujourd’hui c’est mon cinquante-cinquième anniversaire, fêté seul sur ma corde avec, comme seule boisson, un demi-litre de flotte (et un peu de sueur).

Je descendais retrouver ma Brigitte pour me rendre à l’anniversaire d’une de mes sœurs à trente kilomètres de là.

Un gros merci à « Bichette » (Franck CHAUVIN - 91) pour son accueil chaleureux et son courage pour la mise en place, seul et en 5 heures, de la vire complète.

 

Souvenirs, souvenirs… l’édition 2010 :

http://usan.ffspeleo.fr/spip2129/spip.php?article1169

http://www.speleoclubdeparis.fr/spip.php?article127

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