Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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159.2 - Sur les rives du lac Oeschinen

Emmanuel Belut

Participants : Angélique (CAS), Timo (CAS), Thomas (CAF Besançon) et moi

L’aube pointe à peine l’ombre de son nez rose lorsque j’émerge péniblement du sommeil sur le parking de la télécabine de Kandersteg. Alors que je tente laborieusement de me secouer pour préparer un indispensable café, une voiture noire un peu cabossée hésite à ma hauteur puis s’arrête. C’est Angélique, un peu en avance sur l’heure du rendez-vous : pour son septième canyon, elle a choisi de faire une ouverture. Le temps de faire rapidement connaissance, et pour moi de manger un morceau, et Timo nous rejoint. Puis enfin c’est au tour de Tom d’arriver sur le parking du rendez-vous. L’effectif est au complet, et c’est une équipe totalement franco-suisse qui partira dans l’inconnu en cette belle journée du 24 septembre.

Après quelques discussions sur les amarrages - Timo insistant pour me faire prendre des goujons inox de 10 mm au lieu de mes points de réchappe habituels - nous voilà fin prêts pour une longue marche d’approche. Timo nous propose alors de braver l’interdiction de circuler qui frappe la route d’accès au lac d’Oeschinen, proposition que nous acceptons avec soulagement compte tenu du poids de nos kits respectifs. Il fait bon d’être immatriculé dans les Grisons ! Le 4´4 s’élance et prend la première piste caillouteuse qui monte avec entrain. Rapidement, la pente se fait trop raide et l’herbe omniprésente : la piste révèle sa vraie nature, celle d’une piste de ski ! Après le temps de l’action, voici venu celui de la réflexion : un bref coup d’œil à la carte, et nous redescendons pour récupérer la magnifique route goudronnée qui monte sans encombre jusqu’au lac. Nous nous garons un peu en retrait de celui-ci, dans un vague souci de discrétion.

Une fois le chargement distribué entre nous quatre, nous voilà partis d’un pas souple et ferme. Le sentier longe d’abord la rive de l’Oeschinensee, et ses eaux miroitantes, bleu marine en cette heure matinale, reflètent les grandioses cimes enneigées qui nous entourent. Le site est tout simplement sublime, et le sentier qui monte maintenant vers Oberbärgli n’en finit pas de nous ravir les yeux. Le soleil qui se lève révèle maintenant la véritable couleur du lac, un turquoise profond presque irréel. Après une première rude montée, le sentier qui s’aplanit nous conduit au départ de l’encaissement final du Bärglibach : après un bref conciliabule, nous repartons à l’assaut de la pente, guidés par le pas ferme d’Angélique à qui nous aurions visiblement dû confier un deuxième kit. Après une heure de marche, nous voici au départ de la partie supérieure du canyon. Une brève reconnaissance en amont nous confirme l’absence d’intérêt d’attaquer le canyon plus haut. Une fois équipé, je désescalade rapidement les deux premiers ressauts en laissant le soin de leur équipement à Timo, puis j’équipe la première cascade du canyon. Un petit goujon rive gauche, un petit relais rive droite, et hop nous voici dans le vif du sujet. Le canyon, à tendance verticale, emprunte une belle faille arrosée dans une superbe ambiance de montagne ensoleillée. Les obstacles s’enchaînent sans discontinuer et s’achèvent par une cascade de quarante mètres bien arrosée, laquelle manque de retourner Angélique qui a imprudemment gardé son kit sur le dos. Un magnifique rideau d’eau apporté par un affluent rive droite marque la fin du premier encaissement du canyon, et nous voici à la courte section de marche qui sépare les deux parties de la descente.

Cette seconde partie qui nous attend est plus aquatique, le torrent se trouvant gonflé de quelques affluents. Son profil extérieur rappelle celui de Piscia di Gallu en Corse, ce qui incite à la circonspection. Un peu tendus, nous nous y engageons. L’encaissement qui se révèle est enclos entre de belles parois de calcaire d’un blanc virginal, creusées par l’érosion. Malheureusement, le fond est relativement large et jonché de blocs, ce qui facilite la progression mais nuit à l’intérêt de la descente. Bientôt le bleu incroyable du lac Oeschinen se profile dans l’échancrure du canyon, et nous parvenons au seuil de la magnifique cascade finale de cinquante mètres, qui se jette sur la rive du lac. Le débit conséquent nous oblige à fractionner pour avoir une ligne de descente évitant le gros du jet, exercice qu’accomplit Timo avec stoïcisme en dépit de l’inconfort de sa position. La descente de la cascade éclairée par le soleil à son zénith se révèle particulièrement photogénique, et l’arrivée sur la rive du lac dans ce décor de rêve est un grand moment. Enfin, un pique-nique bien mérité sur la rive du lac parachève la descente.

Mais la journée n’est pas finie et nous avons une deuxième descente à ouvrir ! Angélique s’est blessée le poignet et doit malheureusement en rester là pour aujourd’hui, mais promis, ce n’est que partie remise ! Malgré la fatigue et la chaleur, nous attaquons donc l’approche de notre deuxième canyon, le Wyssbach. La montée est rude, et nous nous plaignons sans discontinuer, d’autant qu’à la fatigue accumulée s’ajoute le poids de l’équipement auparavant porté par Angélique, et celui de l’eau qui imbibe maintenant cordes et combinaisons. Enfin nous parvenons à l’objectif au terme d’une dure lutte, et nous engageons prestement la descente du petit canyon voisin de Bärgli. Comme prévu il présente moins d’intérêt que ce dernier, mais le cadre est toujours aussi magnifique, et nul doute qu’avec un débit plus conséquent (nous sommes à l’étiage complet) la descente révélerait tout son intérêt. Quelques goujons et plaquettes neufs, rencontrés ici et là, nous font un instant douter du privilège de l’ouverture, mais leur positionnement et leur rareté semblent indiquer qu’ils ont été posés par des adeptes de la cascade de glace, très friands de ce site.

La descente se conclut encore une fois sur la rive du lac, par une belle cascade pendulaire sortant d’un beau boyau en U. Il est 18h30 et la journée a été particulièrement bien remplie, aussi est-ce d’un pas lourd que nous regagnons le véhicule, alors que le crépuscule commence déjà à répandre son ombre sur la vallée. Tandis que nous chargeons les kits dans le véhicule, une voiture s’arrête à notre hauteur et son chauffeur profère des remarques acrimonieuses à propos de notre présence illicite sur une route privée. Nous faisons profil bas, tout en nous félicitant des efforts que nous nous sommes épargnés ainsi. La journée s’achève gastronomiquement dans un bon restaurant déjà repéré au mois d’août, et c’est l’esprit satisfait et le ventre plein que nous nous glissons dans nos duvets, en rêvant des ouvertures du lendemain…

Sortie à découvrir en images :

http://picasaweb.google.com/nemo.manu/Baerglibach#

http://picasaweb.google.com/nemo.manu/Wyssbach#

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