Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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164.2 - Visite au spéléodrome de Nancy

Jean-Pierre BARBIER

Participants : Jean-Pierre BARBIER, Stéphane BARNERIAS, Yannick BLANCHARD, Corinne « » URSCHFELD, Éric « Riton » VALENCIENNES du GASPAR (Romainville, 93) et Jean-Michel GUYOT (USAN) comme guide

Hébergement : gîte du Canoë-kayak club de Nancy-Tomblaine

Météo : soleil timide, température sibérienne, -10°C en moyenne

Le 11 février Jean-Michel, membre de l’USAN, nous rejoint au gîte en fin de matinée. On s’habille au chaud. On attrape au vol les dernières petites choses oubliées sous l’œil impatient de notre guide : ACTION !!! Avec moi, faut que ça bouge ! On laisse la Laguna à l’entrée de Clairlieu, non loin du puits du même nom par où nous ressortirons, et on s’engouffre à 6 dans la Kangoo pour migrer vers le parking de la forêt de Haye à 1,5 km de là.

Il ne reste plus qu’à enfiler les baudriers. Le froid nous paralyse, il faut faire vite, ACTION !!! Un petit kilomètre nous sépare du trou. Coco donne un peu d’eau à Yannick pour décongeler ses bottes. Riton fait des allers-retours sur le chemin pour se réchauffer, c’est la bérézina !

Notre descente s’effectue par le puits de la Vierge, une verticale de 63 m dans un conduit artificiel large d’un mètre. L’endroit est caché par un muret de pierres pas facile à escalader. Il est 14 h. Jean-Michel a déjà installé la corde soigneusement mouillée à l’eau chaude afin qu’elle ne gèle pas. Mais le nuage qui remonte des profondeurs garantit une température clémente jusqu’à la surface. Stéphane et Yannick sont déjà au fond, bien au chaud. Coco, Riton et J.-P. les y rejoignent. Jean-Michel doit encore refermer la porte. Pendant ce temps, Yannick a déballé son matériel photo et immortalise l’ambiance de cette curieuse rivière souterraine. On progresse jusqu’à l’extrême amont, au lieu-dit les « sources rouges », avant de revenir à la base du puits. Cette fois c’est parti pour la traversée, ACTION !!!

Longue de 3 kilomètres, la randonnée souterraine serait monotone si elle n’était agrémentée de multiples points d’intérêt. La galerie est haute de 1m80 en moyenne, des fois un peu plus, souvent un peu moins. Aussi il faut généralement avancer tête baissée. Le plancher est constitué d’un chenal large d’un mètre, où l’eau s’écoule, peu profonde. De part et d’autre, deux trottoirs sont trop étroits pour qu’on puisse y progresser durablement. Au plafond, de nombreux forages drainent les eaux de la couche supérieure qui tombent en multiples cascatelles que l’on esquive d’un pas chassé sur le trottoir. Des embryons de galeries latérales apportent aussi leur contribution à la collecte des eaux.

Chaque confluence est le siège de manifestations cristallines du plus bel effet : de la calcite blanche comme on en voit rarement dans les grottes. Mais le plus étonnant, c’est le lit de perles des cavernes qui tapisse le fond du chenal. Inutile de chercher à les éviter, il y en a partout ! Les bottes s’enfoncent dans ces billes de calcite au point parfois d’en perdre l’équilibre. C’est une sensation unique sous terre ! Pourquoi une telle concentration de pisolithes ? Comment se sont-elles formées ? Est-ce le même processus que dans les cavités naturelles ? Le mystère reste entier...

Après 1 km, on atteint la « porte du sous-marin », une solide structure d’acier bloquée par la calcite en position semi-ouverte. Elle était destinée à former un barrage pour retenir l’eau en amont. L’endroit est esthétique, l’eau y est plus profonde, et de gros anneaux de métal servent de prises de pied pour éviter de se mouiller. Peu après, quelques bassins forment de jolis paysages aquatiques. Yannick ne peut résister à déballer son trépied. Jean-Michel l’accompagne dans ses prises de vue, tandis que les autres vont visiter le puits de la Haute-Borne qui s’ouvre à proximité. En y remontant 2 tronçons d’échelles, on accède à un conduit supérieur. Le niveau d’eau est ici assez haut, J.-P. s’y engage jusqu’aux cuisses. Au fond, un curieux phénomène d’aspiration intermittent produit un bruit de chiottes à intervalles réguliers.

De retour dans la galerie principale, Yannick est encore en plein travail, il choisit les meilleurs angles, peaufine les éclairages. Mais tout ça prend du temps. Alors Jean-Michel convoque le chef pour une réunion au sommet. Il a un impératif d’horaire et doit être sorti à 18 h. En 2 heures, nous n’avons fait qu’un tiers de l’itinéraire prévu. Alors soit on shunte la fin du parcours, soit on allonge le pas. On choisit la deuxième solution, alors ACTION !!!

Chaussé de ses bottes de 7 lieues, Jean-Michel disparaît loin devant et sème pour un temps le reste du groupe. Ainsi le kilomètre suivant se fait en accéléré, jusqu’au prochain endroit stratégique, les « grands escaliers ». L’eau y dévale sur les marches calcifiées. Le collecteur devient plus grand, et plus ouvragé. Des piliers de briques provoquent quelques rétrécissements, tandis que des poutres de bétons sont la cible du casque de Riton qui demeure un moment assommé ! Il finit par reprendre ses esprits à l’idée de la grosse part de tropézienne qui l’attend à la boulangerie. On a rattrapé notre retard, le programme pourra donc être respecté.

Chut ! Jean-Michel nous entraîne à pas de velours dans une galerie parallèle. Quelques gours d’eau stagnante sont le repère de niphargus, il ne faut pas les effrayer. Ces crevettes préhistoriques ont élu domicile sous terre lors des glaciations. Riton, quant à lui, a une interprétation très personnelle : les niphargus seraient des espèces de spermatozoïdes palmés...

Par un court escalier, nous regagnons le collecteur La progression devient malcommode, à cheval sur un gros tuyau noir. Mais il n’y a que 200 mètres à parcourir pour arriver à la base du puits Saint-Julien, un site école aménagé pour l’entraînement des spéléos. Il est aussi équipé de belles échelles rigides inclinées entrecoupées de plateformes. La sortie est par là. ACTION !!!

C’est par cette voie que nous gagnons une trentaine de mètres d’altitude. Une galerie supérieure sèche nous ramène au milieu du puits de Clairlieu, mais pour prendre pied sur un palier, il faut redescendre par un nouvel escalier dans une galerie intermédiaire.

Cette fois on y est, encore quelques tronçons d’échelles verticales qui tirent un peu sur les bras, et le sas de sortie est en vue en haut des ultimes barreaux. L’ouverture étant délicate, Jean-Michel invite J.-P. à s’exercer en vue d’une prochaine visite. Une clé est accrochée au bout d’une chaîne. Les autres encouragent le chef tels une équipe de Fort Boyard. La clé, la clé, la clé ! La porte est lourde et gelée. Stéphane donne une impulsion sur le grand mat depuis le bas, et c’est la libération. L’équipe retrouve le jour, mais aussi le froid.

La Laguna est encore à 1 km, que l’on parcourt à vive allure. La séance de déshabillage restera dans les mémoires. Une passante s’arrête près du groupe, elle n’en croit pas ses yeux : un improbable strip-tease en plein air par -11°C, un spectacle inespéré ! Les chaussures de Yannick ont encore gelé. Cette fois, il n’arrive plus à les retirer. Alors il emploie la manière forte : « qui aurait un couteau ? ». Il reste à regagner la Kangoo, et récupérer la corde. Jean-Michel s’autorise à ouvrir la barrière forestière pour économiser 2 km à pied. Le puits est déséquipé en un rien de temps. Notre guide sera à l’heure à son rendez-vous !

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