Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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167.1 - Stage national de Moulès !

Jean-Michel GUYOT

Samedi 25 février : arrivée au Hameau de Moulès avec David et Benjamin

Je prends David chez lui à 7h et on récupère Ben au Macdo Laxou à 7h30. De l’autoroute presque tout du long et après quelques arrêts imposés, nous découvrons le viaduc de Millau. Peu après, nous décrochons du réseau autoroutier pour gagner les lacets d’une petite route de montagne. Celle-ci nous conduit jusqu’à un col ouvert entre deux vallées. Le Hameau de Moulès se trouve au cœur du Larzac paumé au milieu de nulle part. Il est composé d’une dizaine de petites maisons typiques du coin méditerranéen, toutes différentes, et chacune charmante par son particularisme architectural. Nous sommes une soixantaine, dispersés dans tout ce lot de maisons pour les chambres. Une grande salle attenante à la cuisine sert de réfectoire pour le matin et le soir. Plus loin une autre grande salle sert de coin briefing pour les départs et retours d’expéditions et de salle de réunion et de projection pour les soirées. Comme l’an passé, le grand tableau blanc calendaire annonce les courses de chacun. Je suis dans un lit superposé, et lorsque Fabien en-dessous de moi bougeait, je me croyais comme dans une barque qui allait chavirer.

Dimanche 26 : aven de la Portalerie avec comme cadres Mickael et Pierrot et comme participants Anne, Fabien et moi

8h, petit déjeuner. J’y suis le premier avec François, un habitué. À 8h45 passage au local matériel charger quelques mousquetons, Dyneema et cordes dans les kits ; on fait un kit bouffe spécifique avec les boites préparées par les cuisinières et le Chef. 9h, notre équipe est la première à décoller vers l’aven de la Portalerie. Pour Fabien, c’est la toute première fois qu’il en fait. Anne en fait depuis plus longtemps mais sans beaucoup de pratique. Je suis donc amené à effectuer l’équipement. Mika nous conduit dans son utilitaire plus tout neuf à bon port directement, Pierrot en copilote. Nous sommes secoués comme des pruniers sur cette route défoncée. Heureusement, car pour trouver... Grosse discussion sur différents trucs, détails du genre les nœuds de fusion ou de chaise double. Bien qu’il y ait des broches, on équipe sur plaquettes. C’est un P15 dès l’entrée, et ensuite une progression très horizontale. Un long passage de gours remplis d’eau est négocié avec une main courante fixe en corde. Je suréquipe une descente « craignosse » et le dernier puits qui débouche sur une salle immense. On ne sait toujours pas quelle heure il est, mais le temps de manger a sonné. Tous les cinq, maintenant rassemblés autour d’un gros caillou, nous cassons la croûte. Aussitôt terminé ce repas de fête, et avant de se refroidir, nous reprenons l’action pour le retour. Je prends la tête pour encadrer Fabien avec Mika. Anne déséquipe nos cordes encadrée par Pierrot. Notre nouvel initié en bave pour remonter les puits. Problèmes de technique et de réglages, mais aussi gérer l’émotionnel. Nous sommes ressortis de bonne heure et nous allons à un mur naturel d’escalade pour faire du maniement. Il fait très beau, on a de la chance pour la météo.

Lundi 27 : grotte de la cabane de Saint Paul des Fonds – Pas Destrech avec comme cadre Mickael et comme participants Anne, Fabien et moi

Après quinze minutes de route sinueuse nous entrons au centre d’un petit village entouré par un grand cirque. On gare le camion de Mika sur un parking privé à Saint Paul des Fonds, et Mika va voir la propriétaire pour lui demander l’autorisation d’y stationner. Quinze minutes de marche sur un petit chemin de chèvres au pied du mur de calcaire nous amène à l’entrée de la grotte un peu en hauteur dans la falaise. L’ouverture de cette grotte à été maçonnée il y a 2 000 ans pour aménager une fromagerie. Nous pénétrons hardiment dans la cavité. Nous avançons dans un semblant de couloir. S’arrêtant à une grosse colonne de glace, Mika est époustouflé. Il n’a jamais vu de glace ici aussi loin en profondeur dans cette grotte. Même les chauves-souris que nous avons retrouvées encore plus loin avaient pressenti un hiver rude. Cas exceptionnel, du jamais vu. C’est ici une grotte maternité pour les rhinolophes, petits et grands, les pipistrelles et les minioptères qui sont en hibernation. Les femelles sont rassemblées en paquet, les males sont isolés. Suit un laminoir, où il faut un peu se baisser, le reste donne dans une succession de grandes salles aux dimensions gigantesques. Par endroit, le plafond d’une hauteur remarquable est parfaitement plat et lisse. D’énormes blocs jonchent le sol. Il faut les escalader, les contourner pour se frayer un chemin. Dans un calcaire lithographique qui témoignent d’une mer calme et peu profonde, nous retrouvons des traces de dinosaures du jurassique datant de couche du Bajocien-Bathonien. Par rapport à l’entrée, nous remontons le réseau avec au total un dénivelé de 75 m seulement. Le cheminement n’est pas sans embûche, et plusieurs lacs sont à traverser. Le premier se présente en courbe, et une main-courante est installée en corde fixe sur le côté. Parfois trop détendue, elle nous offre une position de cul très en arrière dans le vide. La dernière partie est équipée d’une tyrolienne en corde fixe. Je pose une poulie et une corde pour retenir mes amis à l’arrivée sur le rocher en face en contrebas. Pour descendre un P5, je suréquipe une corde sur un vieux bout de corde fixé au plafond. À la traversée du dernier lac, je change un bout de corde très endommagé sur lequel on se longeait pour passer. Micka avait apporté une corde en plus, ceci pour un retour plus serein. On mange à la rivière active puis on remonte le lit jusqu’au siphon. J’assure la remontée du P5 en attendant mes camarades en haut, avant de le déséquiper. Je traverse le premier la tyrolienne pour installer la poulie guidée avec corde d’appel et de rappel sur poulie-bloqueur. Et on reprend les vires pour finir. Nous retrouvons le soleil après 6 h au frais. La route du village fait la largeur du camion + 20 cm de chaque côté, difficile de se croiser. Les villageois sont en colère contre un projet de rejet des eaux d’une station d’épuration sur les hauteurs dans la grotte que l’on vient de visiter. Merci Mika pour ton exposé technico-scientifique de ces couches géologiques. De retour au camp, c’est un coucher de soleil rose en strates finement nuageuses qui conclut cette journée. Un ciel étoilé sans un nuage, prometteur d’un lendemain bien beau prend le pas.

Mardi 28 : aven de la Bise 1 avec comme cadre Adrien et comme participants Jackie, Éric et moi

La veille au soir Éric s’inquiète de la topo légère en explications et le manque de fiche d’équipement. On définit tout un quantitatif de cordes et de mousquetons.

9h20, départ. Adrien avec consultation auprès des locaux est d’accord sur le matériel et nous enkitons le tout. On embarque dans deux utilitaires de deux places chacun. Trente minutes de route, cinq minutes de chemin de terre, un champ où nous stationnons les véhicules, deux minutes de marche d’approche. Nous sommes devant le trou sous un soleil de plomb. On installe une M.C. avec une corde de 9 m. Jackie commence le déroulement de la corde suivante et met les premiers amarrages. Déjà des difficultés se présentent. On attend au soleil. Très doucement les camarades de tête, dont Adrien en second, avancent au fractionnement suivant. Éric s’engage dans l’orifice. Au bout de cinq minutes, il est frigorifié. Un fort courant d’air froid sort de là en continu. Je profite encore de cinq minutes au chaud, et c’est appréciable, mais je vais mettre une deuxième polaire. À mon tour je m’engouffre dans le trou pour attendre juste après un virage dans un conduit étroit. Éric avance ; je suis le mouvement : on se retrouve avec les autres à attendre. Ici un ressaut dans la diaclase est difficile à équiper car très serré et la roche tranchante. On ne peut pas se permettre de laisser frotter la corde. Petit à petit on progresse pour gagner en profondeur, mais avec plus d’attente que d’action, sauf pour le premier qui doit utiliser toute son attention pour ne pas louper un spit ou un A.N. Adrien est gelé et les autres n’ont pas chaud. On s’est tous engoncé les oreilles dans nos capuches, mais le froid pénètre inexorablement dans nos tenues. Et on a de la chance, c’est un gouffre sec, car mouillé dans ce courant d’air... on s’arrête pour manger dans un espace un peu plus large et un peu confortable. On s’installe sur des « bancs » en pierre. Éric prend le relais au grand puits, alors que Jackie remonte à la surface, trop gelé. Et moi j’attends encore. Adrien, qui est descendu en double aider Éric, remonte. Je retourne sur mes pas. Les derniers suivent. On n’ira pas plus loin. Six heures dans le trou, six heures au froid, six heures à attendre. J’ai connu des bises meilleures que ça !!!

Mercredi 29 : aven du Bateau avec comme cadres Ludo et Rupert et comme participants Sandrine, Vincent et moi

9h20, après les préparatifs habituels, le départ est donné. Ludo, et son chien spéléo, nous indique la maison de José Bové en passant à proximité en se rendant au Bateau. Au beau milieu des champs montagneux, dans les causses profonds, nous cherchons notre trou, mais avant, un rocher en forme de bateau. À plusieurs, on gravit un monticule et on découvre un ensemble rocailleux qui ressemble à un bateau. Je monte en haut du grand mat en escaladant la face nord. Je scrute les alentours, mais pas de trou en vue. Par contre, des bateaux, on en voit partout. Ludo et Rupert téléphonent à un collègue pour demander à convertir les coordonnées Lambert III en X-Y du G.P.S. C’est un dialogue de sourds. Pendant ce temps, Vincent et Sandrine font un tour dans les pâturages. Enfin, au bout d’un long moment, nous obtenons de bonnes coordonnées qui sont à 400 m de notre emplacement actuel. Guidés par la direction signalée, nous nous rendons, effectivement juste à côté de l’ouverture. Et là, on a beau chercher, on ne voit pas vraiment de bateau. Il est midi, et on mange au soleil, c’est toujours ça de pris. Vincent commence l’équipement du puits d’entrée. Nous arrivons dans une salle, dans de la marne, d’un aspect décevant. Sandrine reprend la main pour le second puits. Nous devons passer sous des blocs qui menacent de tomber et qui pourraient obstruer totalement le passage. Toute la cavité semble mal assemblée, sens dessus dessous. Après de la désescalade, au troisième puits il nous faut mettre une main courante, et donc planter deux spits. Vincent en fait un, et moi l’autre sous l’œil attentif de Ludo. J’équipe le puits à partir de cette M.C. et je descends suivi par Rupert. Changement manifeste de décor. Nous débouchons dans un magnifique réseau concrétionné, sur une margelle ouvrant au-dessus d’une rivière à une trentaine de mètres en contrebas. En prenant un virage, je vois un spit, puis plus rien, on ne voit pas la suite. De plus, il est l’heure de remonter, dommage. On rebrousse chemin, et je ramasse la totalité des cordes en remontant.

Jeudi 1er mars : aven du Bateau 2e avec comme cadres François et Rupert et comme participants Max, Antonin et moi

Comme la veille, j’avais été déçu à -35, de devoir faire demi-tour pour raison d’horaire, alors que je découvrais seulement un beau site, je m’y suis réinscrit. Rupert, également voulait aller voir plus loin. On chargeait donc les cordes pour -100. Un avantage, on connaît maintenant l’emplacement du trou et nous nous y rendons sans détour avec la voiture de Rupert. Marche d’approche cinq secondes. Max commence à équiper le premier puits. Antonin reprend ensuite pour le deuxième. Pendant ce temps je place un spit pour approprier l’amarrage d’entrée en Y. On remonte car il est midi, et on va manger au soleil. On y retourne sans chômer après. J’équipe le même puits que la veille très rapidement, et nous voila où on en était. C’est par un passage en opposition avec des amarrages naturels qu’il convient de continuer, la raison pour laquelle nous ne trouvions pas de spits. On parvient à un puits vertical profond et très large. Je jette le reste de la corde et je constate qu’elle est trop courte. Heureusement nous avons prévu cette éventualité, et on a un bout de corde en rab que je raboute. Un passage de nœud s’imposait à 10 m du sol. Max et Antonin reprennent les puits suivants et nous atteignons les –100, contents de notre sortie. On démonte le tout plus vite que pour la pose.

Vendredi 2 : aven de l’Ouragan avec comme cadre Rémy et comme participants Isa, Patrick et moi

Après que la Bise 1 fut venue, sur mon Bateau, on annonce un Ouragan. Cet avis de tempête ne nous décourage pas. Direction Bise 1 où l’on attend un autre groupe pour nous indiquer le chemin final. Patrick a bien son G.P.S. de voiture, mais on ne voit pas la direction à prendre. Après explications nous garons l’auto de Rémy au milieu d’un chemin dit carrossable (certainement pour un 4´4). Nous recherchons le trou dans la deuxième doline. Déjà, au milieu du Larzac, des dolines il y en a partout. Rémy trouve un cairn qui indique la présence ou l’accès du trou. Un cairn est un amas de pierres sèches en pyramide. Un deuxième puis un troisième nous conduit au départ de notre Ouragan. C’est un trou de 1 m2 entouré d’un grillage pour éviter aux moutons de tomber dedans en cherchant la fraicheur. Patrick commence à équiper, et me laisse le P78. On s’engouffre tous les quatre dans un terrier instable sur les bords. Une vraie échelle nous facilite la première descente sur 3 m. Patrick tout en causant installe la suite, un petit puits et un ressaut. Nous nous arrêtons dans la salle des Enfants pour manger. Cette salle est très joliment concrétionnée, et on admire un nid de perles des cavernes (ou pisolithes) où deux perles se soudent entre elles et deviendrons jumelles. Il y a aussi des stalactites et mites bien blanches, mais également des modelages naturels en argile et sable fin. Un pan de mur à droite est complètement en gruyère argileux. Toutes ces beautés de concrétions respirent la fragilité. Les boites de salade de riz dans le bidon étaient probablement mal fermées. L’huile, en quantité importante, s’en est échappée et s’est répandue dans le bidon. Tout le contenu a bien été graissé, et les mains aussi. Nous reprenons la suite de l’itinéraire jusqu’au début du puits de 78 m. J’équipe une M.C. pour descendre un ressaut plutôt étroit. En bas je constate que ce n’est pas encore le puits, et je demande à Rémy de déséquiper et de descendre, mais à l’approche d’un P78 mieux vaut être prudent. On continue encore un peu avant d’arriver réellement au bord d’un très gros trou avec une belle placette ou les autres nous rejoignent. Je monte la M.C. et la tête de puits qui semblait évidente avant de me jeter dans la descente vertigineuse de ce gouffre. Rémy surveille du haut si cela frotte. J’avais demandé des infos sur l’équipement, et une fois dans le vif du sujet, on se rend compte que ce n’est pas pareil. Je m’arrête sur une margelle énorme et me place en sécurité pour réfléchir. Je demande à Rémy de me rejoindre. Dans deux têtes, il y en a plus que dans une. Je reprends la descente, mais très vite on constate un léger frottement sur la margelle, et avec le yo-yo que fait la corde ce n’est pas bon. Je remonte et on essaye sur les côtés. On découvre bien des spits, mais difficile pour un chemin propre sans usure. Isa et Patrick nous ont rejoints sur la margelle en attente de l’ouverture d’une voie. Après moult recherches vaines, et un timing à respecter, nous renonçons à poursuivre. Rémy remonte avec sa corde de secours pour la mettre en double. En remontant il découvre le frac qu’on avait loupé et évitait ce frottement. On fait une analyse de notre « erreur ». C’est que les spits, on les voit mieux en montant qu’en descendant, et verbalement que sur le terrain. Patrick démonte les deux cordes et on renkite le tout. Je récupère la fin du parcours. Retour à l’auto. Sur le chemin de terre Rémy s’arrête subitement et saute du véhicule. Nous le suivons pour voir un trou, sous une palette pourrie, qui présente une belle verticale de 30 m. On rentre au bercail.

Samedi 3 : une semaine de stage spéléo vient de se terminer avec une météo d’été.

Lavage, rangement et inventaire avant des adieux effilochés par un départ toujours trop précipité. Retour chacun dans son pays, les uns avec un diplôme en poche, les autres des souvenirs et des photos. Félicitations aux diplômés et bon retour à tous. Merci aux organisateurs et à l’équipe cuisine. À la prochaine rencontre pour de nouvelles aventures.

Le site du stage : http://thcaccesdifficiles.pagesperso-orange.fr/Larzac

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