Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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188.1 - La station de Niphargus virei (Chevreux, 1896) de Villers-lès-Nancy

Bernard HAMON

(Article revu et corrigé paru dans Scories Spécial Biospéologie n° 426 février 2014 ; manuscrit publié par l’auteur pour la commission Biospéologie de la CPEPESC Lorraine)

Biorépartition de Niphargus virei dans le site

Quatre emplacements majeurs occupés par Niphargus virei dans le milieu sont identifiés avec précision :

1) Au niveau du puits de Clairlieu (profondeur : 38 m), à la fois dans le puits lui-même, au niveau de la Galerie Haute, vers -20 m (1a) et à la base du puits, dans la galerie principale (1b) ; (soit 2 points).

2) Au niveau du puits de Saint-Julien (profondeur : 60 m), à sa base, dans la galerie principale ;

3) Dans les réservoirs de Hardeval près de l’œil de la galerie (profondeur : environ 3 m - Fond limoneux).

Villers-lès-Nancy (54) - Réseau du Spéléodrome de Nancy (Source : USAN, 2008)
Les flèches montrent le sens de l’écoulement de l’eau, en bleu.
Les numéros indiquent les points d’observation dans le milieu souterrain de Niphargus virei.

Station primaire et stations secondaires

Le massif du Dogger lorrain est constitué d’une série d’horizons calcaires séparés par des formations argilo-marneuses formant écran et générant des aquifères. La station primaire de Niphargus virei du site se place dans un de ces aquifères de hauteur (Calcaires à Clypeus plotii et/ou Oolithe miliaire), tout comme l’isopode Cæcosphæroma burgundum (S.S.B. n° 413 de mars 2013). Cet aquifère, traversé par des fracturations naturelles et par les puits du réseau de Hardeval, s’écoule, en partie, vers le secteur profond du massif en y entraînant des crustacés. Les amphipodes aboutissent ainsi dans les niveaux inférieurs de ce système hydraulique, constitué par la grande galerie drainante.

Le puits de Clairlieu traverse l’aquifère et l’habitat de Niphargus virei, ce que permettent de conclure les observations recueillies. Cette situation est toutefois moins évidente au niveau du puits de Saint-Julien : elle demeure hypothétique mais probable.

Les bases des deux puits forment des stations secondaires vers lesquelles les Niphargus ont dérivé, en suivant les filets d’eau avant d’aboutir, pour certains d’entre eux, dans les réservoirs en tête du réseau après avoir été entrainés ou suivi le sens du courant de l’eau. Ces réservoirs sont le point bas du réseau et leur trop plein débouche dans le ruisseau de l’Asnée, affluent de la Meurthe.

Nourriture

Elle est certainement abondante du fait des circulations d’eau importantes dans ce karst en grand dont une partie, fracturée, réagit rapidement aux précipitations météoriques et aux apports d’eau chargée en microparticules de toutes sortes ainsi que paraissent le montrer les premiers relevés effectués à partir des limnigraphes placés dans le site dès 2005 (sources : LISPEL, 2006). Par ailleurs le site est perméable à des entrées de faune épigée comme le témoigne le batracien découvert mort par B. Discours en plongée dans l’un des réservoirs, lequel batracien était la proie d’un groupe de Niphargus. D’autres observations de batraciens (B. Maujean en 2002 - Bufo cf bufo) montrent la grande porosité du karst sus-jacent. Le fait que des Niphargus virei se repaissent des chairs d’un batracien est une observation assez rare en Lorraine pour que nous insistions, ce qui atteste - si besoin en était - du régime également carnivore de l’espèce.

(Note de D. Prévot : nous avons trouvé il y a quelques années à la base du puits de Clairlieu, un lérot mort suite à une chute malheureuse, entièrement recouvert de Niphargus qui s’en repaissaient vraisemblablement)

Reproduction

Elle est attestée à la fois par des témoignages écrits (R. Husson, 1936, 1947), des prélèvements et des clichés. Le 5 novembre 2006, P. Révol photographie une concentration de 7 Niphargus virei, dont un est un juvénile. De même, le 20 février 2013, C. Prévot prend un cliché de 8 Niphargus sur de la calcite parmi lesquels figurent deux femelles ovigères. Enfin, la différence des tailles relevées par les observateurs atteste de la présence conjointe d’adultes et d’immatures, le tout dans les stations secondaires du site.

Villers-lès-Nancy (54), Spéléodrome de Nancy, cliché de C. Prévot, (USAN), 2013. Niphargus virei dans le ruisseau, le long de la galerie principale. À noter les deux femelles ovigères en haut, au centre et à droite de la photographie.

Quantification de la population de Niphargus virei

La population de la station primaire est difficilement quantifiable. Dans les stations secondaires, accessibles, aucun dénombrement précis n’a, à ce jour, à notre connaissance été entrepris.

Ce sont des observations ponctuelles (témoignages, clichés,...) et la littérature existante qui permettent une première évaluation. On se souviendra que le 18 novembre 1936, R. Husson, en découvrant la station y prélève 16 individus, puis 13 autres le 2 avril 1947 alors qu’il a engagé ses recherches sur la biologie de Niphargus virei. En 2006, P. Révol notait, à juste titre, que les populations de Niphargus, dans ce site, subissaient au cours du temps « des changements relativement importants du nombre et de la taille des individus ». Les observations des spéléologues font état de la présence de 1 à 8 Niphargus simultanément présents, comme à l’aplomb du puits de Clairlieu ou dans les réservoirs. Toujours en 2006, une série de clichés (C. Prévot) pris dans la calcite de la galerie drainante montrent un rassemblement d’au moins 19 Niphargus comprenant des juvéniles.

La population visible de Niphargus virei demeure donc restreinte sur l’ensemble du réseau accessible et délicate à quantifier. Nous ne doutons pas, toutefois, que des dénombrements précis et répétés révèleraient une communauté de crustacés plus étoffée ne serait-ce qu’à l’occasion, par exemple, de circonstances hydrologiques particulières (forte précipitations, débordement de la nappe d’habitat,...) ou biologiques (naissances de jeunes). Les conditions environnementales du milieu et la discrétion de ces amphipodes demeurent des facteurs favorables au maintien de cette population de Niphargus virei, redécouverte après plus d’un demi-siècle d’oubli.

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