Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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191.1 - L’abbé va au siphon

Jean-Michel GUYOT

14 juin, 8 h 30, je redéjeune chez Pascal Houlné avec Bertrand Maujean, Pascal Odinot, Bernard Le Guerc’h et l’épouse de notre hôte. J’ai apporté des gros croissants et elle nous fait un bon café. On charge la voiture de Pascal H. et on part à deux véhicules, car ce serait trop long pour transvider celle de Bernard. Je monte avec ce dernier. On s’arrête sur un parking aux bords de la Saulx pour y tremper la corde de 8. Bertrand la jette à l’eau deux fois une seconde. On se demande si c’est assez ? Dans la forêt, on a du mal à distinguer les dolines de bombardement et la vraie de notre entrée. Arrivés sur place, certains y vont à pied les autres en voiture pour terminer le kilomètre de chemin forestier interdit à la circulation sans autorisation. Puis par un chemin de terre pour nous aérer les poumons, en trimbalant nos affaires à la main et nos préoccupations physiques, nous accédons à la buse de la Béva. Avant même de déballer la corde, on prend une part de gâteau au yaourt qu’a fait Bernard. Toujours les mêmes, qui en reprendront un deuxième morceau.

Je commence l’amarrage sur la barre de fer en travers de la buse. Bertrand aurait bien vu prendre quelques gros arbres en sécurité. Je décolle et descends faire le fractionnement avant le plein vide. J’ai, en guise de kit, le sac poubelle qui servait à ne pas mouiller le coffre de la voiture. J’en conviens, je demande au suivant de faire une petite déviation pour écarter le nœud qui pourrait frotter à la remontée, bien qu’ayant mis un kit en protection. Ce sera fait avec un T.P.A.D. (temps passer à descendre) important.

Les bottes dans la colle du fond, copieusement ramollie par l’humidité et les ruissellements, je croise une petite grenouille qui sautille. Je mange mon plat de résistance (taboulé, thon confectionné par ma petite femme). Nous sommes tous aux pieds des grandes jambes de ce puits majestueux. Les autres n’ont pas faim, et je peux le comprendre. On part. J’ai au moins quatre heures d’autonomie dans l’estomac. Avec le souvenir qui date de 30 ans de Bernard, qui d’après lui, ça ne mouillera pratiquement pas, il y a un peu d’eau, mais que vingt centimètres lorsque l’on est à genoux. On désescalade une diaclase très alvéolée et étroite jusqu’au niveau de la semelle du karst. Nous voilà partis dans une étroiture coudée à plat ventre. Ça ne devait pas mouiller. Et je ne sais par qu’elle inspiration, je n’avais pas cru bon de l’écouter, le Bernard, et que j’avais mis ma petite combinaison néoprène. Et plouf, de l’eau, à plat ventre, déjà les deux cotés mouillés, recto-verso. J’en entends râler, ce n’est pas de l’eau chaude, et il y a 50 mètres comme ça, pour commencer.

Ouf, nous débouchons sur une artère, disons une grosse veine, avec plus de plafond, mais aussi plus d’eau. Bernard érige un cairn pour ne pas louper la sortie au retour. Sage précaution, et j’apporte ma contribution à l’édifice avec deux cailloux supplémentaires.

Progression vers l’aval avec différentes techniques, le canard, à plat, quatre pattes, sur une cuisse, comme ci, comme ça, sur 600 mètres. L’abbé va au siphon, et nous l’accompagnons à genoux en faisant notre prière, un vrai chemin de croix. Des arrêts parsemés permettent une récupération. J’en profite pour vider les bottes. Je retourne la première et une grenouille en sort. Celle-là a su y faire, elle voyageait clandestinement ! Ah, enfin un arrêt agréable, sur une plage de sable fin : tous rassemblés, on se croirait en vacances. Allongé, j’entends le clapotis des vaguelettes sur la moulure d’une strate en saillie. Ici, un avantage, le soleil est supportable. Plus loin, encore plus loin, des salamandres se prélassent sur une banquette rocheuse. Laissons cette espèce d’urodèle tranquille, nous sommes les seuls visiteurs qu’ils verront.

Par endroit, et notamment dans les virages accentués, le fond s’éloigne du plafond, mais le niveau d’eau restant constant... Donc, ça mouille énormément. Fin de la taille basse, nous circulons debout et presque sans eau. Nous parvenons au siphon, fin de la course oblige. Cinq minutes de pause et on rebrousse chemin. Bertrand et Pascal O. tracent, ça sent l’écurie. Je suis au milieu. Pascal H. et Bernard traînent. Seul, assis sur une pierre en encorbellement, je regarde le reflet de ma lampe dans les ondulations de l’eau claire qui s’écoule, les idées défilent, les minutes aussi. Je n’entends plus les premiers qui se sont éloignés... Silence... Ambiance caverneuse... J’entends les derniers qui arrivent. Rassuré. Les profils en long et en travers sont les mêmes à l’aller qu’au retour, les difficultés aussi. On retrouve les camarades à l’amas de pierre en guise d’indicateur, et on affronte le passage délicat ensemble.

Retrouvant nos kits de bouffe à l’extrémité de la corde, nos participants se jettent sur les gamelles. Moi également, mais moins nerveusement, juste pour terminer mon repas. Bertrand remonte, suivi de Pascal H. qui accuse des difficultés au démarrage avec son bloqueur de pied. Une limace noire à un mètre du sol, monte sur la paroi. Peut-être sera-t-elle en haut avant lui ? Pascal O. passe devant moi, et en haut je le retrouve, encore dans l’embouchure busée, après le fractionnement. Il est coincé et ne peut plus ni monter ni descendre. Il a trop mangé de gâteau en bas. La situation finit par se débloquer. Bernard déséquipe, et réapparaît au jour. Il fouille dans un kit, et peste de ne rien trouver qui soit à lui. Sur, ce n’est pas le sien. On quitte le trou, il est 18 h 30. « Tu cherches la gare, avec ta grosse valise à roulettes », qu’ils me disent pour se moquer. Oui, mais j’avais du change pour me retrouver au sec. Pour la route forestière, Pascal H. me fait comprendre qu’il n’y a plus assez de place dans sa voiture. Je pars à pinces avec Bernard et toutes nos valoches. Je finirai la route sur le pare-choc et la valise accrochée à la boule de remorque. Un constat unanime, ce genre de sortie raffermit les fessiers. Avis aux femmes !

Retour au local pour le nettoyage de corde avec Pascal O. et Bernard. Le temps s’écoule, ça brosse dans tous les sens... pas de Bertrand. Un appel téléphonique nous en donnera l’explication. Un prétexte qui ne s’invente pas, en lisant ses messages au retour, il découvre que les manouches ont fait sauter le poste de haute-tension à sa boîte, et qu’il y est.

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