Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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191.3 - 60 ans à –60 au Spéléodrome

Jean-Michel GUYOT

Ils sont cinq militaires, Jean, Étienne, Denis, Thierry et Yannick à venir de Metz ce 20 juin pour une visite du Spéléodrome de Nancy. Je retrouve ces officiers de la DIRISI sur le parking à 8 heures. On se prépare dans la bonne humeur, avec une tournée de croissants, et déjà les questions fusent. Certains ne savent pas ce qui les attend ; c’est Jean qui les a embringués dans cette expédition en journée de cohésion. C’est un ancien spéléo. Nous sommes habillés disparates, en bleu, en jaune, ou en camouflage. Mais comment reconnaît-on le chef ? C’est celui qui a la plus grande gueule ? Non, les plus grandes bottes, et c’est moi le commandant de cette opération.

Le ton est donné, le top départ aussi. Les réponses s’enchaînent pendant le trajet vers le puits de la Vierge. On entend piailler à proximité lors de l’équipement... Une nichée d’oisillons loge dans un agglo du mur. J’ai à faire à des pros, les cinq militaires descendront au descendeur. Chapeau ! En quelques succions péristaltiques, le tube digestif vertical de 60 mètres nous engloutit.

Et comme des filets de sardine, on colle au filet d’eau qui coule en fond de cuvette. En bas, la marche est cadencée, l’horaire minuté. On a un « time-mine » à tenir. On serpente dans l’intestin de roche à la stratigraphie du Bassin parisien, en contemplant les concrétions, et les particularités des aspects de construction. L’homme est passé par là il y a cent ans, à la pelle et à la pioche. Respect. Passage délicat à la porte de sous-marin. Attention, il y a du bouillon. Approche d’un bruit de fond s’amplifiant, puis passages inclinés avec les deux cascades successives en escalier. Perte d’altitude pour regagner la couche argileuse. L’équipée tient bon, le guide aussi, l’aventure continue.

Il a une bonne descente (en rappel) Mon Colonel, et le Spéléodrome est un lieu qui coule de source pour arroser son anniversaire. Une petite coupe de champagne pour toute la troupe qu’il sort de son sac de secours, et on repart.

L’avantage, ici, même avec un an de plus, on paraît encore tout jeune, comparé aux crustacés et rostres de bélemnites de 170 millions d’années incrustés au plafond. On trouve des niphargus, mais ça ne fera pas le repas de midi, ni même des amuse-gueules pour fêter ses 60 ans.

Tout se déroule comme sur le plan, plan virtuel dans nos têtes, reconnaissance faite au préalable avec l’intéressé. Et puis mes bottes, ça y est, après 30 ans de service, elles ont rendu l’âme. Rebouchées avec des rustines de partout, une grosse entaille rend impossible une ultime réparation. Et comme on dit, un pied dans la tombe, eh bien, j’avais un pied dans l’eau tout du long.

Midi, c’est le débarquement, nous émergeons par la bouche d’égout, enfin à l’air libre au puits de Clairlieu après quatre heures souterraines.

Un casse-croûte tiré du sac au soleil nous remplira le ventre après avoir vidé les bottes, quelques bières et une bonne bouteille de vin.

Merci Jean, pour cette goutte qui fait déborder le vase, et vivement l’année prochaine que l’on remette ça, alors, bon anniversaire !

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