Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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197.2 - Les crustacés stygobies du réseau de l’Avenir (3e partie)

Bernard HAMON (extrait de Scories Spécial Biospéologie n° 432, mai 2014, revue de la CPEPESC Lorraine)

1re partie « Volet I : Présentation générale » parue dans Le P’tit Usania n° 193 (sept. 2014) pages 1 à 3.

2e partie : « Volet II : Sources et état des connaissances » parue dans Le P’tit Usania n° 196 (déc. 2014) pages 3 à 4.

Volet III : La station de Cæcosphæroma burgundum, Dollfus 1896 du réseau de l’Avenir à Savonnières-en-Perthois (55) - bilan de septembre 2014

Biorépartition de Cæcosphæroma burgundum dans le site :

C’est essentiellement dans le réseau dit de la Grande Viaille supérieure qu’est signalée la présence de cet isopode. En 2012, D. Prévot (LISPEL) nous faisait part que, personnellement, il n’avait pas observé l’espèce ailleurs dans le réseau de l’Avenir (communication personnelle du 28 juin). Pour le moment, les témoignages (GERSM) concordent sur ce point même s’il n’est pas exclu que, par dérive, des individus aient pu accéder à des parties profondes du karst. Par ailleurs, une série d’observations récentes faites par J.-M. Goutorbe (2013 - 3014) font apparaître que la densité la plus significative de cette population se localise au niveau du point de jonction de la galerie avec la carrière. Il s’agit là du secteur élargi, plus aisé d’accès et d’observation. Si l’on prend en compte l’ensemble des données recueillies (1970 - 2014), il apparaît que ce crustacé est présent sur un grand tronçon de la Grande Viaille, au moins jusqu’aux coulées de calcite qui ont piégé des animaux et relevées par F. Devaux et G. Frantz (Spéléo L n° 11, 1979, LISPEL, Nancy, p. 91-92).

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Savonnières-en-Perthois (55). La Grande Viaille supérieure. Biorépartition reconnue de Cæcosphæroma dans le cours d’eau souterrain (sources : J.-M. GOUTORBE & GERSM)

L’environnement aquatique :

L’eau provient d’un aquifère de hauteur situé dans le massif entre l’oolithe vacuolaire et les dolomies supérieures, et pénètre en amont de la Grande Viaille. Cette nappe est très sensible aux aléas extérieurs : en cas de précipitations météoriques l’eau se charge en particules et devient trouble, ce qui alimente le limon dans les zones calmes du ruisseau. Si l’écoulement est permanent, le débit peut connaître des fluctuations consécutivement à ces précipitations. Le ruisseau de la Grande Viaille est donc connecté à l’aquifère originel dont il est le prolongement naturel. Cæcosphæroma burgundum qu’y y est observé a « annexé » ce nouveau territoire, habitat secondaire, le principal et premier étant l’aquifère de hauteur inaccessible aux spéléologues. Les qualités physico-chimiques de l’eau na sont pas encore connues en dehors des paramètres suivants recueillis par le GERSM le 3 avril 2014 : pH = 8,2 ; conductivité = 0,63 W/m. La température de l’eau où a été observé Cæcosphæroma est de 10 °C +/- 1,5 °C (Scories Spécial Biospéologie n° 433).

Nourriture :

Les Cæcosphæroma sont végétariens (restes de matières organiques) et limivores ; le limon est riche en oligo-éléments, vitamines, spores et fragments de champignons. Ils ne creusent pas de terriers et « broutent » en surface.

La présence marquée de limon à proximité de la jonction du réseau et de la carrière permet d’expliquer en partie la forte concentration observée des individus.

Reproduction :

Elle est attestée par l’observation de plusieurs juvéniles qui assurent la pérennité de la communauté. Jeunes et vieux partagent les mêmes espaces de vie, les jeunes réagissent vite à la lumière qu’ils fuient sous les cailloux et anfractuosités.

Cohabitation avec d’autres espèces :

Dans le réseau de l’Avenir, Niphargus schellenbergi, signalé au début des années 60, n’a plus été revu, tandis que l’isopode Proasellus (sp.) a été découvert sur un cliché pris par J.-M. GOUTORBE (Scories Spécial Biospéologie n° 432). Ce dernier n’a pas été revu depuis. Les deux isopodes peuvent cohabiter sans difficulté, ce qui est plus aléatoire avec Niphargus qui est un prédateur.

Quantification de la population de l’Avenir :

Les effectifs globaux d’individus simultanément présents, observés et comptabilisés peuvent dépasser la centaine : J.-M. Goutorbe en dénombre plus d’une centaine le 10 juin 2014. C’est à l’intersection du réseau avec la carrière que les concentrations sont les plus élevées. Les individus sont observés dans l’eau, sur la calcite, les blocs et graviers de calcaire, le sable ou le limon qui tapissent le lit du ruisseau. Ils peuvent être très nombreux dans des espaces très réduits (1 à 3 m2) : 15 à 20 individus peuvent ainsi être comptabilisés. Rappelons que le professeur R. Husson et le docteur J. Daum avaient dénombré à Gorze (57) dans une chambre d’eau réduite plusieurs centaines de Cæcosphæroma : le 12 décembre 1952, ils en prélevèrent 703. Ce genre de concentration peut suggérer un comportement communautaire de ce crustacé autour de liens environnementaux précis : apports alimentaires, parfaite et régulière oxygénation de l’eau, absence de prédateurs,… Ces dénombrements ponctuels ne permettent toutefois pas d’augurer du nombre exact total d’individus qui forment la population du réseau de l’Avenir : ils traduiraient une dynamique certaine et une bonne santé de cette dernière dont l’étendue précise dans le massif demeure également une autre inconnue.

Les observations futures ne manqueront pas d’apporter des éléments de réponse à ces questions.

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