Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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208.2 - Karstologie en Normandie : le trou normand

Pascal ADMANT dit Bubu

Cet été 2015, pour les grandes vacances, direction la Normandie, avec en point de mire, parmi d’autres attraits de cette belle région, la visite des plages du débarquement. N’oublions pas non plus que le Bassin de Paris est une pile d’assiettes, ou plutôt de couches géologiques ; ainsi, les couches qui affleurent à l’Est se retrouvent à l’affleurement à l’Ouest. C’est le cas, bien sûr, de notre cher Bajocien, qui contient en son sein les grottes de Pierre-la-Treiche, le Spéléodrome, le réseau de l’Aroffe, la faille d’Audun-de-Tiche... Ce bel empilement de faciès calcaires forme aussi la côte de Moselle, la colline de Sion et c’est lui que l’on chatouille en grimpant à Maron.

Le Bajocien se montre donc à l’Est du Bassin de Paris, passe en dessous de la région parisienne, à plus de mille mètres de profondeur sous les couches du Crétacé et du Tertiaire, puis affleure en Normandie. C’est d’ailleurs dans la région de Bayeux que les géologues du XIXe siècle l’ont étudié pour la première fois et lui ont donné son nom ; ainsi, la région de Bayeux et ses affleurements caractéristiques de cette période géologique ont donné son nom au Bajocien. Pour parler « géologue », le stratotype du Bajocien est défini à Bayeux.

Le campement installé, la recherche et la visite des sites peut commencer. Falaises de bord de mer, carrières, pierres utilisées dans les monuments, constructions... donnent lieu à de nombreuses observations. Les plus exceptionnelles se font en marchant sur l’estran rocheux, sculpté par la mer, sur les strates lavées et polies. De plus, la mi-août est le moment de marées à grand coefficient, mises à profit pour de fabuleuses parties de pêche à pied, à la recherche de crabes et crevettes. Pour le géologue, c’est le moment d’arpenter les roches mises à découvert, offrant de magnifiques vues sur toutes sortes de fossiles, ammonites, bivalves, gastéropodes... Nous ne connaîtrons jamais le goût de ces coquillages du passé, à moins d’aimer la soupe aux cailloux !

Pour aider l’amateur à mieux connaître les roches et les fossiles du Bajocien, la Lithothèque de Normandie (site de géologie de l’académie de Caen) met en ligne un merveilleux site de documents divers et variés : http://www.etab.ac-caen.fr/discip/geologie/

La traversée à marée basse de Sainte-Honorine-des-Pertes à Port-en-Bessin est à ne pas manquer ; elle permet de visiter la plage des Hachettes, lieu mythique de la définition du Bajocien. Mais en plus de toutes les merveilles observables à l’air libre, elle recèle en son sein une formidable curiosité karstique, celle des pertes et résurgences de l’Aure. Ainsi, l’Aure supérieure, grossie des eaux de la Drôme, se perd en aval du village de Maisons, dans plusieurs groupes de pertes dont les fosses Tourneresse, Grippe Soulais, Soucy sont les plus spectaculaires. Elle réapparaît six kilomètres plus au Nord, dans des fractures de la roche des plages de Port-en-Bessin. Le phénomène est connu depuis des temps immémoriaux ; les lavandières venaient laver le linge dans cette eau douce au XIXe siècle. Même les goélands semblent connaître les qualités de cette eau douce surgissant en griffons au milieu des plages ; ils se bousculent en effet pour se rincer les plumes dans ces sources jaillissantes. Par ailleurs, les arrivées d’eau se marquent dans le paysage par des taches de végétaux d’un vert tendre.

Des explorations et études karstologiques ont été menées à partir des années 1980 par le club d’Hérouville-Saint-Clair. Elles ont abouti à l’ouverture d’un accès vers une partie du réseau et à sa cartographie. Elles ont permis de commencer à cerner l’ampleur et les caractéristiques des circulations d’eau souterraine. Un résumé de ces études est présenté sur un panneau explicatif installé sur le site. Mais mieux encore, elles font l’objet de présentations estivales destinées aux amateurs de curiosités naturelles. Jean-Louis Ribot, membre actif du groupe de recherches, propose ainsi des présentations. Ses connaissances dépassent le seul thème de la karstologie-spéléologie et font de ces visites un grand moment de culture : http://www.etab.ac-caen.fr/discip/geologie/mesozoi/bathoni/portenbessin/page41.htm

Évidemment, le phénomène ressemble grandement à celui de l’Aroffe en Lorraine. Il présente de la même manière une rupture entre les Aures supérieure et inférieure, qui ne forment une seule et même rivière que lors des grandes crues ; le lit majeur peut alors être submergé pendant quelques jours ou quelques heures. Le reste du temps, l’essentiel des eaux de l’Aure supérieure s’écoule en souterrain dans une autre direction vers le nord et Port-en-Bessin.

Si vous passez en Normandie ne manquez pas la dégustation de ce trou normand.

Quand au parking d’accès aux plages du soixante-et-onzième anniversaire du débarquement, nous n’avons même pas pu y accéder, il était blindé !

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