Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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214.1 - Historique du forage du Rupt-du-Puits

Jean-Pierre Descaves

Pour faire et comprendre l’historique du forage du Rupt-du-Puits, il est nécessaire de faire l’historique du développement des activités spéléologiques, liées au massif calcaire karstique de la forêt de Trois-Fontaines, qui va de Contrisson à Sermaize, Saint-Dizier, Savonnières-en-Perthois et Combles-en-Barrois, qui s’étend sur trois départements : la Meuse, la Marne et la Haute-Marne, pour une superficie de 3 200 ha environ pour la partie karstique et une superficie totale de 5 116 ha environ (partie boisée).

Le début de ces activités spéléologiques locales, animées par mon frère François (voir : Prévot D. (2006) - « in memoriam : François Descaves », Le P’tit Usania n° 93, USAN, Nancy, p. 4-5), remonte à la fin de la Seconde Guerre mondiale en Lorraine, soit le 30 août 1944 pour la libération des villages du secteur de Bar-le-Duc. Mon frère François avait alors 18 ans.

On peut distinguer deux périodes :

1° Le début des activités

Celle-ci va de la fin août 1944 à 1966, date de départ des troupes américaines, qui occupaient la forêt de Trois-Fontaines depuis 1950.

François était employé au camp américain et ne pouvait s’occuper de spéléo que le week-end. C’était l’époque de la découverte des premiers gouffres de la région, à l’aide de moyens rudimentaires et peu de matériel. Par exemple, je me souviens d’une descente dans le gouffre situé au centre du village d’Ancerville, près de la statue du Lion, fermé par une plaque de fonte, à l’aide d’une échelle en bois, type échelle de cerisier, amenée sur le toit d’une voiture Citroën traction avant noire. Les descentes dans les carrières souterraines de Savonnières-en-Perthois étaient fréquentes, avec l’organisation de journées d’accueil de groupes ; il y eut même un mini camp scout, dirigé par le docteur Nicolas Robin, de Bar-le-Duc, qui campait dans le sous-sol des galeries. Bien sûr, les gouffres des carrières, profonds de 90 m étaient explorés.

Il y eut des journées réservées à des visiteurs importants pour la spéléo : M. Jean-Claude Suzanne, ingénieur au Corps des Mines, directeur de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse à Metz, M. Marcel Guillaume, géologue, directeur de l’agence du B.R.G.M. Nord-Est à Metz qui a découvert et aimé la spéléo et qui par la suite a bien aidé pour l’exploration de la forêt de Trois-Fontaines.

À la fin de cette période, l’ensemble des gouffres, dolines, pertes, résurgences et grottes était assez bien connu, mais pas encore cartographié. C’est pendant cette période que François a fondé la Société spéléologique de Robert-Espagne (S.S.R.E.), un des plus anciens clubs spéléo de Lorraine dont il était président, s’est abonné à la revue Spelunca qui l’a beaucoup aidé par ses reportages sur les gouffres, les coupes géologiques des grottes. Il y eut aussi les congrès spéléologiques, dont un organisé au château de Jeand’Heurs avec un spectacle Son et Lumière, celui de Besançon...

2° Période B.R.G.M. puis D.D.A. de la Meuse

Celle-ci va de 1966 au printemps 1975, date de la réalisation du forage du Rupt-du-Puits.

Au départ des troupes américaines, le camp fut fermé et tout le personnel civil licencié, dont François. J’ai alors réussi à le faire embaucher au B.R.G.M. Nord-Est, par mon ami Marcel Guillaume, comme collaborateur extérieur, en résidence à Robert-Espagne.

Son travail consistait à établir un dossier technique et scientifique sur chaque gouffre, doline, aven, bétoire du massif karstique de la région de Trois-Fontaines et de ses alentours jusque Contrisson, Savonnières-en-Perthois et Combles-en-Barrois. Le dossier vierge, avec ses fiches intercalaires, était fourni par le B.R.G.M. Il fallait situer l’ouvrage sur une carte I.G.N. au 1/25 000, relever les coordonnées Lambert zone Nord X-Y, l’altitude de l’orifice, le diamètre de la dépression, sa profondeur, s’il y avait écoulement des eaux fluviales vers le sous-sol, établir la coupe géologique des parois avec indication des étages géologiques relevés sur une carte géologique au 1/50 000, indiquer s’il y avait eu coloration des eaux à la fluorescéine, les points d’entrée et de sortie... Cette technique a permis de trouver des liaisons souterraines et des trajets de circulation des eaux souterraines. À la fin de cette mission, tous les gouffres étaient cartographiés avec précision, le réseau souterrain reconnu avec les circulations des eaux, les points de résurgence...

Dans les années 1970, il fait appel à Bertrand Léger, un plongeur spéléo parisien et son équipe pour passer les siphons des résurgences du Rupt-du-Puits et du Rupt-de-Fraignaux voisin et établir la cartographie du réseau de conduits souterrains, qui s’étend aujourd’hui sur 17 500 m et place le réseau du Rupt-du-Puits au 34e rang des cavités françaises.

François fut alors muté à la D.D.A. de la Meuse, au service des eaux de captage, au château de Marbeaumont, à Bar-le-Duc, avec Sylvain Van den Avenne et Michel Rampont, ingénieur pour la surveillance de la qualité des eaux de captage pour l’ensemble du département, avec mesures de débit, température et prises d’échantillons pour analyses physico-chimiques.

C’est pendant cette période, que François eut l’idée de réaliser un forage en gros diamètre permettant de pénétrer, à sec, dans le réseau souterrain du massif de Trois-Fontaines, accessible uniquement par la résurgence du Rupt-du-Puits, par des spéléologues plongeurs pour passer le siphon noyé. Le projet était de relier la surface à une galerie souterraine, située en amont de la résurgence et bien connue des plongeurs. La profondeur estimée était d’une quarantaine de mètres à creuser. Le positionnement à la surface, à l’altitude 199 m, a été déterminé par François à l’aide de relevés topographiques établis à partir de la résurgence située à 440 m en aval. Ce projet a été appuyé par Marcel Guillaume (directeur du B.R.G.M.) et Sylvain Van den Avenne (D.D.A.).

C’est ainsi qu’au printemps 1975, le forage a été réalisé : diamètre 80 cm, profondeur 42 m, équipé au début d’une nacelle (nacelle exposée actuellement, paraît-il, dans le jardin de la Maison de la spéléo, à Lisle-en-Rigault)* en ferraille, permettant la descente d’une personne debout et au sec. Le forage a percé dans la galerie prévue. Le forage a eu dès le début un gros succès. M. Henri Paloc, directeur du B.R.G.M. à Montpellier, y est venu en octobre 1975.

Le forage est actuellement équipé d’une margelle en béton, d’environ 50 cm, fermé par une plaque métallique équipée d’un cadenas et surmonté d’une structure métallique permettant d’y installer un treuil pour la descente et la remontée à l’aide d’un ensemble de cordes. Le forage est régulièrement visité par des spéléologues de la région, y compris des Belges et Luxembourgeois. La clef est disponible à Lisle-en-Rigault chez Jean-Luc Armanini ou à la Maison de la spéléologie.

Voilà l’historique du forage, unique solution pour accéder au réseau souterrain dans de bonnes conditions. N’oublions pas que François en est l’inventeur et mérite son nom de « Père du Rupt-du-Puits ». Dans sa vie, François n’a eu qu’une seule passion : la spéléologie.

* N.D.L.R. : promise à destruction, la nacelle fut récupérée par Daniel Prévot qui la stocka pendant plusieurs années dans son verger à Trémont-sur-Saulx jusqu’à ce que le projet de l’exposer à la Maison lorraine de la spéléologie se fasse. C’est alors Sullivan Claude, gérant de la Maison, qui la transporta, la mit en peinture et l’installa sur le terrain sur une semelle en béton.

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