Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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224.2 - À la découverte de la Dent de Crolles

Olivier GRADOT

20 août 2016, 15 h. Je viens de passer le col du Lautaret, je quitte pour quelques jours les montagnes et glaciers des Hautes-Alpes pour redescendre vers Grenoble. Au fur et à mesure que je descends les températures deviennent caniculaires. Il faut dire que le soleil cogne aujourd’hui... Si seulement ça pouvait être pareil pour demain... La route vers Grenoble me prend 2 heures, quand j’arrive dans sa périphérie je vois le massif de la Chartreuse et au loin mon objectif : la Dent de Crolles à proximité de laquelle je dois rejoindre d’autres collègues spéléos au parking de Perquelin.

J’arrive au rendez-vous à 17 h 30 et je profite de mon avance pour réserver la table en bois et l’emplacement pour le feu à notre troupe et rédige mon journal de bord en attendant les autres. Martial, Théo et Cécile sont les premiers à me rejoindre vers 18 h. Ils sont dans le coin depuis deux jours. Avant-hier ils se sont faits une première traversée spéléo de la Dent, la Guiers-Chevalier. Aujourd’hui ils ont profité du beau temps pour randonner et aller manger des glaces. Après nous être salués nous préparons le camp et montons nos tentes, Martial s’occupe d’allumer le feu et de l’aménager pour que nous y cuisions nos grillades. Jean-Luc et Sabine m’appellent pour me dire qu’ils viennent de partir de Nancy pour nous rejoindre. Peu de temps après nous sommes rejoints par Denis et Nathalie, tous deux reviennent d’une semaine de spéléo au gouffre Berger qu’ils ont pris plaisir à faire. Nous prenons l’apéro, je fais goûter à mes amis les salés que Mélanie et Jean (ma petite famille alpine) m’ont préparés. Nous nous racontons nos péripéties estivales et faisons ripaille. Pour demain au programme ce sera la traversée dite Glaz-Guiers mort. Vers minuit Jean-Luc et Sabine nous retrouvent et après qu’ils se soient restaurés nous allons nous coucher.

Le lendemain matin c’est avec le doux bruit de la pluie qui tombe sur ma petite tente que je me réveille. La canicule d’hier a fait place à un temps brumeux et la température est tombée à 9 °C. Heureusement Denis et Nat nous offrent l’abri dans leur auvent pliable et s’occupent de préparer le café qui nous réchauffera. Nous prenons notre petit déjeuner et préparons nos affaires. Denis, qui a les genoux en vrac après une semaine passée sous terre, décide de garder le demi-millimètre de cartilage qu’il lui reste pour sa semaine de reprise au travail. Il nous accompagnera quand même sur la marche d’approche.

Vers 9 h nous prenons ma voiture et celle de Sabine et roulons vers le parking d’où nous partirons, Martial me dit de rouler doucement car la route est « pourrie » et j’avoue que cette dernière présente des nids de poule de profondeur à faire pâlir un gouffre lorrain. Au bout d’une vingtaine de minutes nous arrivons à destination, la pluie s’intensifie, une question nous divise, monter en combinaison ou en sous-combinaison afin d’essayer de garder un truc sec ? Théo et moi tentons la montée en sous-combi. Après un petit bout de chemin bien glissant à travers les bois nous attaquons le fameux Pré qui tue, Théo court devant et je marche derrière, lui me disant que chaque seconde de gagnée sous la pluie c’est un peu moins d’eau sur mes habits, je me rends vite compte que cela ne va pas servir à grand-chose car à mi-chemin je suis trempé jusqu’aux os. Arrivés au trou du Glaz nous enlevons nos habits pour les essorer, les autres nous rejoignent et nous nous équipons. Ça caille sec ! Et, cerise sur le gâteau, j’ai pris deux mains gauches pour mes gants ! Pas grave en forçant un peu ça s’enfile quand même ! Je me disais qu’il allait faire meilleur une fois dans la cavité mais non, ici, vu que ça traverse la montagne, eh bien ça souffle ! Le début de cette sortie commence donc par un grand « froid » que je ne suis pas seul à ressentir. Nous entamons notre traversée en grelotant. Les galeries ont de beaux volumes, arrive enfin notre premier puits, Théo équipé de deux descendeurs passera en dernier sur l’ensemble du parcours et rappellera les cordes avec la technique « Martial », technique certes discutée par certains mais présentant moins de risques de se retrouver avec une corde coincée.

Une bonne partie du parcours a été équipée en fixe, nous traversons de grandes galeries, de jolis puits pas assez profonds aux goûts de certains, passons par un petit bout de méandre dans lequel tout le monde passe « crème », mais où je suis bien content d’avoir l’aide de Jean-Luc pour me guider dans une petite descente en opposition. Le réseau est en grande partie fossile sur la partie que nous avons traversée. C’est assez sec malgré la pluie et vu comme on s’est fait rincer sur la marche d’approche c’est tant mieux ! D’ailleurs inspiré par Nathalie s’étant transformée en princesse des neiges en s’emballant dans sa couverture de survie je fais de même. Ça sera l’occasion de la baptiser, et c’est vrai que ça marche bien ! Théo et moi essayons tant bien que mal de faire quelques photos mais ce n’est pas gagné, l’un de mes appareils a pris trop d’eau sur la montée et fonctionne de façon aléatoire tandis que l’autre décide de faire dans le réglage imposé de ses modes de prise de vue, on fera avec.

Dans une galerie couverte de spéléothèmes, nous indiquant que cette dernière était autrefois noyée, nous faisons une pause casse-croute bien méritée. On ne reste pas trop longtemps car on se refroidit vite à ne pas bouger. En guise de dessert nous nous offrons une petite remontée d’une trentaine de mètres ; ça sera la seule de notre parcours, elle sera la bienvenue pour nous réchauffer. Nous continuons toujours à travers un paysage spacieux, enquillons quelques puits, méandres, passons via le sommet d’un grand puits (un P80 environ d’après ce que j’ai entendu) que malheureusement nous ne descendrons pas ce jour. Martial nous guide d’un pas assuré dans le labyrinthe qu’est la Dent de Crolles avec ses quelques cinquante kilomètres de galeries explorées à ce jour.

La fin de notre traversée approche après le seul passage en ramping de la journée dans le « réseau sanguin » où l’utilité d’avoir des genouillères pour cette traversée s’explique enfin. Ah ! Un petit boyau ! Ça commençait à manquer à notre équipe faite de Belges et de Lorrains ! Peu de temps après le réseau sanguin nous arrivons dans une grande salle où une lumière pâle apparaît : voici la sortie, un ruisseau sort de la grotte et descend en une belle cascade dans la forêt couverte de brumes. Nous aurons passé environ 7 h 30 sous terre.

Nous marchons une vingtaine de minutes avant de retrouver notre camp où nous avons l’agréable surprise de voir que Denis (t’es un chef mec !) nous a fabriqué un super abri avec des bâches tendues entre les arbres afin que nous puissions nous restaurer au sec.

Je pars avec ce dernier faire un aller-retour pour aller rechercher ma voiture qui était restée au parking proche du Pré qui tue. La nuit en Chartreuse il faut faire gaffe aux animaux qui traversent la route, ça arrive pas une fois mais dix fois par kilomètre de voir un animal traverser, que ce soit un chevreuil, un hérisson, un blaireau ou un chien. Ils ne sont pas méfiants et il faut donc rester vigilant.

Une fois de retour au camp, je peux enfin mettre des habits secs (ces derniers étant restés dans ma voiture) et aller rejoindre les autres pour me restaurer et partager quelques verres sous la lumière de la Scurion de Nathalie qui fera office de plafonnière à notre petite assemblée. On tiendra moins tard qu’hier soir, mais ce n’est pas pour ça que le sommeil ne viendra pas vite. Une fois dans ma tente, (je précise que Sabine m’avait invité à dormir avec elle dans sa voiture mais comme elle ne voulait pas que je fume dedans j’ai refusé) je rédige à la va-vite mes souvenirs du jour dans mon journal, je crie « bonne nuit » à qui veut bien l’entendre et m’endors comme une masse.

Le lendemain le temps est plus clément, nous pourrons remballer notre matériel au sec, on sera tombé sur un des rares jours de pluie du mois pour notre sortie ! On prend notre petit déjeuner, nous profitons du ruisseau tout proche pour nettoyer notre équipement (je découvre à Nathalie un côté maniaque du nettoyage du baudrier que je croyais être le seul à avoir).

Nous nous saluons ensuite et chacun repart vers sa destination. Je suis le camping-car de Martial sur quelques kilomètres puis nous nous séparons. Je m’arrête au bord de la route pour prendre en photo la Dent de Crolles sous un beau ciel bleu puis fais route vers ma prochaine étape estivale bien content d’avoir pu inclure, grâce à Martial, une chouette sortie spéléo dans mon programme.

Toutes les photos sur : https://www.flickr.com/photos/olivier_gradot/sets/72157673074383015/

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