Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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229.5 - Pierre-la-Treiche (54), Grotte Sainte-Reine. La station de Cæcosphæroma burgundum : les historiques

Bernard Hamon, CPEPESC nationale (extrait de S.S.B. n°483, juillet 2017, CPEPESC nationale, Besançon)

Située sur le ban de Pierre-la-Treiche (54), la grotte Sainte-Reine se développe dans les calcaires du Bajocien sur la rive droite de la Moselle (I.G.N. Toul 7-8, X : 865,520 - Y : 111,320 - Z : 200 m). Proche de Nancy, elle fut, dès la fin du XIXe siècle, explorée et intégrée dans le « réseau modeste » des cavités qui contribuèrent au développement de la biospéologie régionale. Après plusieurs explorations initiées dès 1898 par le docteur R. Florentin — sous l’égide du professeur L. Cuénot — il publiait en 1903-1904 le premier inventaire de la faune souterraine : 17 taxons sont inventoriés dont Proasellus cavaticus. Vers la même période le professeur A. Viré s’y rendit et y reconnut trois autres espèces. À partir de 1924-1926 le professeur P. Remy engage un nouvel inventaire de la faune présente, soit 46 taxons qu’il rend public en 1932 dans les cahiers de la S.H.N.M.

Ce ne sera toutefois que le 9 juillet 1949 que le professeur B. Condé ainsi que les spéléologues F. Masson, J. Pages et R. Simonin découvrent, dans la galerie de l’Est, la présence de Cæcosphæroma burgundum : trois spécimens furent prélevés mais c’est P. Remy qui fit état en 1951 de cette découverte ainsi que de la présence du commensal, l’ostracode Sphæromicola topsenti, tout en rappelant la présence de Proasellus cavaticus. Il convient de noter qu’entre 1898, année des premières observations, et 1949 aucune observation de Cæcosphæroma n’a été enregistrée dans la grotte qui a pourtant fait l’objet de nombreuses sorties (avec découvertes) biospéologiques : nous en avons relevées au moins 16.

À la fin des années 50, de 1958 à 1960, les professeurs J.-P. Henry et F. Herriot, alors étudiants en sciences naturelles à l’université de Nancy, se rendirent une dizaine de fois dans la grotte Sainte-Reine pour y étudier la faune. Puis dans la décennie 60, le professeur J.-P. Henry engage, sous la direction du professeur R. Husson, de l’université de Dijon, une étude sur le genre Proasellus dans le cadre d’une thèse de doctorat qu’il publiera en 1976. Pour alimenter ses élevages en laboratoire, il s’approvisionne dans les stations lorraines de Proasellus cavaticus de la grotte Sainte-Reine ainsi que de la mine de fer de Moutiers (54). L’USAN est associée aux sorties, contribue à la logistique et collabore aux collectes faites à Sainte-Reine qui se dérouleront de 1961 à 1966. Le professeur J.-P. Henry fait état de six sorties (les 15/4/61, 1/5/61, 27/9/61, 14/8/62, 27/6/63 et avril 1966). L’USAN évoque au moins trois autres sorties sous la plume de F. Dumont (1962), (les 28 et 29/8/62 et 30/9/62). Ce dernier fait par ailleurs état dans un bulletin de l’USAN-Nancy de 1962 (polycopié non paginé) de cette dernière sortie : « [...] le 30 septembre, récolte de biotes dans la salle de l’Écho. Nous ramassons une trentaine de Cæcosphæroma, petits crustacés troglobies qui seront mis en élevage. » En fait, il s’agissait de Proasellus cavaticus.

Ce qui figure dans la thèse de J.-P. Henry (p. 99 et suivantes ; p. 102) : « [...] Aucun Cæcosphæroma n’a été vu depuis leur découverte en 1949... Malgré des recherches minutieuses. » Il y précise, en substance, que « leur présence ne peut s’expliquer que par une communication avec un peuplement véritable de l’espèce au sein du massif, ces crustacés seraient alors parvenus dans ce biotope à la faveur d’une année exceptionnellement humide ». De nouveau sollicité par nos soins sur cette question en 2013, le professeur J.-P. Henry nous a confirmé par courrier qu’il n’a jamais observé ni récolté « de Cæcosphæroma dans ce site, malgré de nombreuses prospections » (in litt., J.-P. Henry du 8/8/2013). De 1958 à 1966, au moins une quinzaine de visites ont été réalisées par ce spécialiste des isopodes pour ses recherches dans la grotte Sainte-Reine. Parallèlement, la station a été régulièrement citée dans la littérature biospéologique (J. Daum, 1954 ; Marvillet, 1966 ; Mersch et al., 1989 ; Ferreira, 2005 ; Hamon, 2016).

Aujourd’hui, la grotte Sainte-Reine fait toujours l’objet de visites, principalement spéléologiques. Elle demeure fréquentée mais il n’y a pas d’observation faunistique. Aucun travail récent n’a été publié, à notre connaissance, sur le sujet. Aucun Cæcosphæroma n’y a été observé contrairement à d’autres stations qui ont pu faire l’objet d’observations nouvelles et quelquefois bien longtemps après leur découverte initiale (Gorze, 57 ; Savonnières-en-Perthois, 55 : l’Avenir ; Mercy-le-Bas, 54 sont dans ce cas).

Précisons enfin que deux peuplements importants de Cæcosphæroma burgundum demeurent proches de la grotte Sainte-Reine : à l’est la station de Hardeval à Villers-lès-Nancy et au sud la station de l’Aroffe souterraine.

La grotte Sainte-Reine constitue donc une singularité : station éphémère et présence ponctuelle (voire « accidentelle ») de Cæcosphæroma burgundum et 68 années déjà de « silence » qui ne manquent pas d’interpeler et de susciter la curiosité.

Piste de lecture : Remy, P. (1951) - « Stations de crustacés cavernicoles », Arch. Zool. Exp. Gén. n° 89, p. 217-230

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