Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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233.2 - Il y a un an au Rupt-du-Puits

Olivier GRADOT

Comme notre nouvel an a été passé à faire des photos dans les carrières de Savonnières-en-Perthois nous avons hâte de retourner sous terre. Mi-janvier, nous nous concertons et proposons en dernière minute (comme à notre habitude) une petite virée au Rupt-du-Puits car il nous reste encore bien des choses à voir dans ce réseau. Répondent présents : Céline et Jean-Luc qui en profite pour amener avec lui Jules et Hélène, deux étudiants qui vont venir s’essayer à la brasse avec nous.

Samedi matin 7 h, je sors avec mon carton de pâtés lorrains dans la rue. Vache ! Ça pique le bout du nez ! Quand je démarre la tuture son thermomètre indique ‑9°C : je sens qu’on ne va pas bavarder longtemps en s’équipant aujourd’hui. Je pars chercher le Lynx qui est encore en mode pyjama et tête dans le cul quand j’arrive. Du coup, c’est Christophe qui m’ouvre et nous tapons la discute le temps que le Lynx se réveille et que Jean-Luc et ses collègues nous rejoignent. Une fois tous opérationnels, nous faisons route vers la Meuse dans le brouillard. Une heure et quart plus tard nous arrivons à Robert-Espagne et rejoignons Céline qui est venu avec son camion jaune.

Comme je l’avais prédit, l’équipement de la troupe est comme par hasard plus rapide en janvier par -8°C qu’en plein été. Et encore, on a de la chance : le temps est dégagé et la route est sèche. On se prend une petite moitié de pâté histoire de goûter la marchandise puis direction les bois jusqu’à l’entrée artificielle du réseau. À peine ai-je installé la corde que Céline se jette dessus descendeur grand ouvert et file tout Schuss se réchauffer dans les profondeurs. D’ailleurs je fais de même et dès que j’entends libre, je dis Ciao aux ‑8°C et pars vers les tropiques. Durant ma descente je me rends compte que ça dégringole bien dès qu’on frotte le bord des parois. C’est que la nouvelle installation qui a été faite l’année dernière a, malgré tous les avantages qu’elle présente, le défaut (corrigé depuis par nos amis spéléos meusiens) de laisser passer l’air par son « toit » grillagé et du coup le puits est gelé (mais au moins il n’y a plus l’ombre d’un moustique). Quand je rejoins Céline elle me dit de m’écarter de l’échelle car avec les rebonds les petits gravats qui tombent des bords du puits volent un peu partout. Cinq minutes plus tard, la troupe est descendue et a refermé derrière elle la « porte » du réseau. Comme on pouvait s’y attendre le niveau est assez bas, il n’y aura guère qu’aux cascades que l’on pourra faire mumuse.

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Nous entamons donc notre promenade dominicale avec une température d’environ 11°C et les cuisses au sec (mine de rien on vient de se prendre +19°C dans la tronche. Aller sous terre en hiver c’est un peu comme aller sous les tropiques !). Nous suivons le collecteur puis commençons par un petit aller-retour dans la galerie du Silence. Céline, Jean-Luc, Jules et Hélène y vont tandis que Théo et moi restons à l’entrée pour préparer une prise de vidéo avec un cadrage sympa à leur retour. Je joue le rôle de figurant, puis quand Théo a fini ses réglages de lumières et de cadrage, les autres arrivent et sans se douter de rien sont capturés par la toute nouvelle Go Pro du Lynx. On continue ensuite notre parcours dans le collecteur sans nous arrêter avant d’arriver à l’affluent des Marmites. On y fait un tour rapide pour le montrer à Jules et Hélène car c’est quand même un des plus jolis coins du RDP à mon sens. Pour l’aller vers le siphon Béva-RDP, nous allons rester au sec et passons par la vire au-dessus des cascades. Avant d’emprunter ce passage nous faisons une pause pâtés lorrains au pied de l’échelle et c’est donc rassasié que nous survolons les cascades. Je passe en premier afin de faire le paparazzi pendant que Céline, Théo et Jean-Luc encadrent nos invités. Nous vérifions comme à chaque passage l’état de la corde et des fixations : rien à dire. Nous redescendons dans le collecteur et allons directement vers le siphon (enfin du moins jusqu’à l’endroit où le fil d’Ariane plonge sous l’eau). On fait quelques photos puis c’est direction la galerie des Macaronis. Nous la remontons en prenant attention de ne pas casser les quelques spéléothèmes encore présents dans la galerie. Théo me dit qu’au départ ce secteur était bien concrétionné mais qu’à force de passages et de manques d’attention il ne reste plus grande chose. Aujourd’hui, pour atteindre la fin de la galerie il faut aller ramper dans la flotte. Ça tombe bien je suis encore trop sec à mon goût et le Lynx est déjà parti devant. On se mouille donc et pas pour rien car le regard affûté du félin détecte la présence de Niphargus dans le dernier mètre praticable de la galerie. Nous n’avons pas notre kit d’échantillonnage mais ce n’est pas grave. Avant de prélever on va s’assurer que la station n’est pas déjà enregistrée. Nous faisons « ramping arrière » en glougloutant et hop c’est bon ! Nous voilà enfin mouillés J. Nous rejoignons le reste de la troupe qui nous attend dans le collecteur et, comme avec le Lynx nous aimons bien l’eau, nous proposons de nous la faire plus fun pour le retour et passer par les cascades sans aller chercher à éviter l’eau en faisant de l’opposition. Jean-Luc nous dit d’aller nous faire XXXXXX et passe par la vire (il n’aime pas l’eau en hiver mon tonton J). Nous on se lance et c’est surtout sur la fin qu’on rigole bien, au niveau de la dernière cascade qui est suivie d’un bassin où l’on n’a pas pied. Tout le monde se mouille bien c’est fun ! Pour ma part ce sera saut de l’ange (v’là la gueule de l’ange... je sais ! Passez-moi vos commentaires foireux les copains et copines de l’Usan !) suivi d’un double salto arrière qui finira avec un plat... Note du Jury : 5,1 / 10... je ne suis pas encore prêt pour les JO J.

Une fois tous trempés on va rejoindre tonton Jean-Luc qui nous regarde d’un air malin (il n’est pas con tonton ! il avait senti un sale coup venir...). Nous récupérons les kits au pied de l’échelle puis nous retournons vers le siphon aval. En passant devant l’entrée de l’affluent des Dents de Requins on se propose d’aller y faire un petit tour. Jean-Luc préfère garder sa combinaison sèche et propre et nous indique qu’il va rejoindre le puits d’entrée et taper la remontée avec Hélène pour que ça ne bouchonne pas en bas. Nous répondons OK et proposons de se rejoindre aux voitures.

Je n’étais pas encore allé tout au bout de cet affluent donc c’est l’occasion. La dernière fois qu’on y avait mis les pattes avec le Lynx on s’était fait attaquer par une horde de moustiques et on avait fait demi-tour après en avoir ingéré quelques dizaines. C’est certes moins grand que dans le collecteur mais c’est bien sympa. On y croise entre autres de jolis spéléothèmes d’argile dont un qui ressemble à une tête de gorille vue de profil. Au bout d’un moment le plafond s’abaisse et force au ramping dans une bonne bouillasse, je vais voir si ça mène à quelque chose mais à part le fait (sympathique tout de même) d’évoluer dans une boue « de luxe » sur un fond de plancher calcité qui craque sous les genoux, il n’y a pas moyen de continuer plus loin (du moins sans faire d’apnée pour la continuité subaquatique. Il y en a forcément une, après si elle est praticable ou pas je n’en sais rien).

Je pensais ne pas être suivi mais je remarque que tout le monde doit se sentir trop propre car toute la troupe vient se faire son masque corporel intégral à la boue. On a l’air fin comme ça J ! Allez, photo de groupe ! Ceci fait, il est temps de rejoindre la surface. Nous retournons dans le collecteur, Céline et Hélène passant en premier alors que je reste avec Théo qui a la RICHISSIME idée de me proposer de nous laver dans le collecteur. Sans trop réfléchir je trouve l’idée bonne et du coup le Rat et le Lynx se rincent de haut en bas. Résultat : on est tout propre mais on est trempé... Mais... Au fait... il y a un courant d’air gelé dans le puits... C’est à ce moment-là que nous avons compris que nous allions passer un sale quart d’heure dans ce dernier...

Quand nous arrivons dans la salle du siphon la différence de température et déjà fortement notable et Théo me dis texto : « Mec, tu fais comme tu veux mais moi dès que j’arrive en haut je cours à la bagnole ». Du coup je passe en premier. D’habitude quand on remonte un P45 on a plutôt chaud, là au bout de 10 mètres j’ai les gants qui gèlent... et peu de temps après c’est ce qu’il y a dans les gants qui se met à geler : mes mains. Et je peux vous dire qu’autant les deux premières minutes ça passait, autant ensuite c’est tombé dans le genre « cinquante nuances de Puits ». Je me suis archi-maudit de ne pas avoir pris de gants adaptés... Surtout quand j’ai commencé à ne plus pouvoir tenir ma poignée (j’ai pourtant tout ce qu’il faut pour les conditions « froides et humides » mais non, pourquoi user du matériel neuf ? Ça serait trop con... Autant qu’il reste neuf dans mon placard et que je continue à crever de froid... Idiot de Rat, ça t’apprendra ! Heureusement la fin du puits arrive. Il va ne pas faire plus chaud mais je pourrai enlever ces XXXXXXX de gants gelés et me réchauffer les mains sous les aisselles. Je me longe derechef, me décrolle et me jette hors du puits. Rien qu’en enlevant ces satanés gants j’ai l’impression d’avoir déjà plus chaud aux mains. Derrière le Lynx suit et aux rugissements qu’il pousse je comprends que lui aussi savoure à pleines dents l’air gelé lui caresser sensuellement les pattes.

À peine est-il sorti qu’on a déjà remonté la corde, enlevé les amarrages, fermé en toute hâte la porte du puits et qu’on court dans les bois en direction de la voiture. Sur le chemin on croise tonton Jean-Luc qui vient prendre de nos nouvelles (tu aurais pu ramener une thermos de café tonton ! mais non, au lieu de ça tu es venu nous narguer tout emmitouflé que tu étais dans tes habits chauds et secs), il rigole bien en nous voyant J.

Ceux qui connaissent le Lynx savent que d’habitude il traîne toujours quand il faut se changer, il blablate, nous raconte sa vie et celles de ses longes etc. Eh bien là, en deux minutes chrono il y avait un Lynx en habits secs et une combinaison mouillée dans le coffre... comme quoi, quand on veut on peut ! J’avoue que je n’ai pas pris mon temps non plus ! Heureusement, Céline avait pensé à nous et nous avait ramené des pâtisseries maison qui ont été les bienvenues pour nous réchauffer.

Une fois rassasiés il faut songer à rentrer. Il y a encore de la route à faire et un peu de matériel à nettoyer. Nous faisons la bise à Céline et c’est direction Nancy au local thermal où, après avoir rendu le matériel, nous quittons Jean-Luc, Jules et Hélène, tous deux biens contents de cette sortie. Je ramène ensuite le Lynx chez lui puis retourne dans ma tanière pour m’offrir le plaisir ultime du spéléo : La douche chaude !!!

Merci aux quatre loups pour votre bonne humeur lors de cette sortie et à bientôt le 28 janvier pour la même (mais avec les gants qu’il faut ce coup-ci !).

Toutes les photos sur : http://www.flickr.com/photos/olivier_gradot/albums/72157680806262216/

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