Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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27.5 - Les mines du ban de Ramonchamp ou 15 ans d’études et de fouilles programmées de la SESAM

Alain WEBER

L’exploitation des mines de cuivre argentifère du ban de Ramonchamp, secteur de Bussang, Fresse-sur-Moselle, Le Thillot et Saint-Maurice-sur-Moselle (Vosges) a débuté en 1550 pour s’achever en 1761. D’autres travaux ont eu lieu sur ce secteur, notamment en 1861 pour le fer, ou, plus récemment, au milieu du XXe siècle, lors de recherches concernant le molybdène et l’uranium.

Les mines de cuivre argentifères du ban présentent, pour l’instant, une caractéristique unique en Europe : première utilisation en continu de la poudre noire en mine (1617 à Le Thillot). Par ailleurs, le four de grillage des sulfures au Thillot est représenté et décrit dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert (1754) ; reconnaissance de la technique locale.

Les mines sont nombreuses (une centaine d’accès recensés en 2000) ; certaines exploitations sont très étendues : mine Saint-Charles au Thillot (plus de 3 km). La profondeur importante (50 à 70 m au Thillot) a naturellement amené le problème d’inondation. Les premières solutions (fin XVIe siècle) consistent à évacuer l’eau par des seaux et des pompes à bras. Mais au fur et à mesure de l’approfondissement des travaux - et surtout devant l’abondance de l’eau - ces systèmes sont rapidement abandonnés au profit de pompes plus puissantes.

Au début du XVIIIe les mines du Thillot sont équipées de pompes actionnées par une roue à augets de 9,60 m de diamètre, tournant à 4-5 tours par minute. Le système bielle-manivelle de la roue transmet son énergie aux pompes à l’aide de perches en bois (tirants) sur des distances de 100 à 400 m, avec tous les renvois d’angles que l’on peut imaginer. Un ensemble d’étangs créés pour l’occasion stocke l’eau en vue d’alimenter la roue avec régularité via un système de canaux et de vannage. Chaque grosse pompe mesure de 10 à 15 m de longueur ; le corps de pompe - en fonte - pèse en moyenne 250 à 300 kg. Ces pompes aspirantes et élévatoires sont installées dans les filons pentés entre 30 et 45° ; il en résulte une adaptation très spécifique du pompage incliné. Le piston aspire de 160 à 200 l d’eau à la minute sur une dénivelée maximale de 6,50 m. L’étagement des pompes assure la remontée de l’eau jusqu’au travers-bancs le plus proche, qui, ensuite, évacue l’eau gravitairement. D’autre part la dureté de la roche encaissante du secteur (granite, diorite, etc.) ne permet pas des avances fulgurantes en galerie : en moyenne 20 cm par semaine en roche dure. De plus, la configuration locale impose des travers-bancs d’exhaure (Erbstollen) de plus en plus long au fur et à mesure de l’approfondissement des travaux (120 m pour les plus longs). À partir de 1617 l’emploi de la poudre noire ne permet pas des progressions plus rapides mais facilite toutefois le travail de décombrement.

Durant ces siècles lointains les mineurs travaillaient 8 h par jour, 6 jours par semaine. Ils dirigeaient les travaux souterrains et leur savoir-faire était très prisé. Bien rémunérés les mineurs possédaient de nombreux acquis sociaux : exemptions de garde et de réquisition en cas de conflits, priorité d’achat au marché, etc. Antérieurement à 1617 le travail est effectué à l’aide de marteaux et de pointerolles (burins emmanchés), et, postérieurement à cette date, apparaissent les fleurets (longs burins) pour forer les trous de mine. Les traces de ces différents outils subsistent encore en parois grâce à la dureté de la roche.

Depuis 1986 les travaux de la SESAM - sous la direction de son président Monsieur Francis PIERRE - consistent à la mise en valeur du patrimoine minier du secteur de la Haute-Moselle sous l’égide du Service Régional d’Archéologie. En premier lieu la confrontation archives-terrain a permis d’identifier les traces d’outils et de cerner les méthodes d’abatage de la roche ; 3 années d’étude sur ce sujet débouchent sur la datation de travaux miniers réalisés entre le XVIe et le XIXe siècle alors qu’auparavant l’évolution technologique n’était pas perceptible. En second lieu l’étude des systèmes d’exhaure et de leur énergie nécessaire (soit 7 ans de recherches) mettent en évidence l’avancée technologique et la pertinence des systèmes mis en place. La fouille programmée en cours sur le bois et la mine (1999-2001) présentera un autre volet de la technique minière dans l’ancien ban de Ramonchamp.

Trésors, techniques minières et historiques sont désormais visibles à la « Maison des Mynes » du Thillot (ancienne gare) ouverte en 1997.

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