Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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240.4 - Lu pour vous : Shibumi

Christophe Prévot

Shibumi est un roman d’espionnage écrit en 1979 par Trevanian (pseudonyme de Rodney William Whitaker), universitaire américain né en 1931 et décédé en 2005, qui vécut reclus de nombreuses années en Pays basque.

Au travers de ce roman on découvre la vie de Nicholaï Hel, né en Chine en 1925 d’une mère aristocrate russe et d’un père allemand disparu. D’une intelligence hors du commun sa jeunesse se déroule à Shanghai jusqu’à l’arrivée des envahisseurs japonais en 1937. Il devient le fils adoptif d’un colonel japonais puis part étudier le jeu de go au Japon où il vit lors de l’arrivée des Américains en 1945. Il commence alors à travailler pour l’armée américaine tout en découvrant les plaisirs de la spéléologie avec des amis japonais. Il finit par devenir tueur professionnel... On le retrouve plus tard, âgé d’une cinquantaine d’années, « retraité », en France, au Pays basque, où il possède un château et où il pratique activement l’exploration souterraine avec son ami basque Benãt Le Cagot sur le massif de la Pierre-Saint-Martin. Le final se déroule sur le massif alors qu’il est en exploration et en confrontation avec une multinationale américaine...

Sur les 528 pages de l’édition 2017 parue chez Gallmeister, 86 (16,3 %) font référence à la spéléologie. Cela va de l’évocation rapide (par exemple en page 62 : « Je disais simplement qu’il est dommage que Nicholaï ne soit pas là. Il est parti en montagne depuis plusieurs jours explorer l’une de ses chères grottes. Un curieux passe-temps. Mais je l’attends ce soir ou demain matin. » ou 154 : « Jeune et sans amis, subsistant précairement à l’ombre des Forces d’Occupation, dont les intérêts et les méthodes ne l’intéressaient pas, Nicholaï avait besoin d’un exutoire à son énergie et à ses frustrations. Il découvrit, au cours de sa seconde année à Tokyo, un sport qui allait l’emmener hors de la ville sordide et surpeuplée, vers les montagnes libres : la spéléologie. ») à de très longues évocations d’explorations (Chapitre Gouffre de Port de Larrau pour les pages 266 à 319, puis même titre de chapitre pour les pages 466 à 484) en passant par des descriptions des premières sensations de rencontre avec le milieu souterrain (p. 155-158, 227‑229, etc.).

Les explorations sur le massif pyrénéen se déroulent à la fin des années 70, et on découvre dans les descriptions d’explorations des mélanges de méthodes : treuils manuels avec plusieurs servants en surface pour permettre à deux explorateurs et du matériel de descendre et remonter dans les puits d’entrée, matériel sommaire de montagnard sous terre avec mise en place de pitons et assurance de l’un par l’autre, fusées au magnésium pour éclairer les volumes et repérer les passages, lampes électriques pour la progression. Pour la plongée une simple bouteille, un masque et surtout un couteau pour dégager les lanières quand le passage devient trop étroit. Nicholaï utilise aussi de la fluorescéine pour effectuer des traçages et estimer la longueur d’un siphon.

À l’occasion de ce roman Trevanian analyse la psychologie chinoise, japonaise, américaine, arabe, française et basque et n’hésite pas à écorcher chacun avec un humour décalé...

En conclusion, il est intéressant de découvrir un roman d’espionnage où la spéléologie sert de trame au façonnage du personnage principal et de lieu de conclusion du combat entre lui et ses adversaires.

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