Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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242.2 - Telle la trachée encombrée

Jean-Michel Guyot

Un jour, nous recevons une demande un peu particulière sur le site. Nous avons déjà eu des affaires similaires du genre : « un effondrement dans un champ débouche dans une galerie boisée allemande de la guerre de 14-18 » (LPU157, LPU158 et LPU172), « une inondation dans les sous-sols d’une grande école nous conduit par un vieux tunnel dans les égouts de la ville » (LPU184 et LPU188), « une faille dans les fondations d’une nouvelle construction » (LPU186). Mais revenons à l’affaire d’aujourd’hui « un puits encombré de seaux ». La situation fait sourire, mais en fait les occupants des jardins perdent leurs seaux dont l’anse se casse et va rejoindre le fond. C’est aussi simple.

Par une semaine caniculaire du mois d’août 2018, Pascal et moi avons rendez-vous avec deux des trois propriétaires qui se partagent la source d’eau très convoitée. Nous retrouvons l’une d’elles au cimetière de Laxou village. Nous la suivons jusqu’à son jardin à quelques centaines de mètres par les petits sentiers en terre battue qui quadrillent un très grand ensemble de potagers, vergers, etc.

L’objet de notre venue se situe à l’intersection de trois jardins. Il est fait en buse de béton d’un mètre de diamètre, et sort de terre de 60 cm. Un toit en chapeau de gendarme maintenu par deux jambes de bois abrite l’ouverture sécurisée par une trappe en grillage. Sécurité enfant nous dit la dame. Un rouleau qui tourne avec une grande manivelle déroule une corde jusqu’au fond des 12 m de profondeur. La solidité de l’installation laisse à désirer pour se permettre de descendre dessus. Après quelques essais, une rapide analyse et une raisonnable concertation, nous acceptons la mission de récupérer les seaux au fond, mais avec notre matériel.

Nous prenons rendez-vous pour le surlendemain. Jeudi 9, au matin, à 9 h 30 pour un retour sur place avec en plus Vincent comme assistant. J’installe un poulie-bloqueur et un palan pour une éventuelle remontée de force après un gros mirabellier. Une barre métallique en travers du puits supporte une poulie pour la dév, une corde fixe de secours et un morceau d’échelle spéléo. Un sérieux réglage est nécessaire pour aligner la corde au travers du grillage sans que cela ne frotte. Je saute dans le baudrier, j’enjambe la margelle et je m’engage par la petite ouverture. Nécessitant quelques réajustements, Pascal conforte le centrage de la corde avec un mousqueton suite à la tension par mon poids. Je me laisse glisser le long de la paroi vers le bas sous les flashs de la dame qui fait des photos en souvenir. Je me retrouve à faire trempette dans l’eau très fraiche. Vincent me descend un kit avec le treuil pour que j’y place le premier élément retrouvé en demi flottaison. Je remonte avec pour prendre l’air. Suite à l’orage très violent de la veille, l’eau est plus haute que la première fois. Il me faut un outil avec un grand manche de 2 m pour draguer le fond. La personne a ce qu’il faut dans sa cabane. Je redescends trifouiller dans la vase et récupère un tuyau de machine à laver, puis le deuxième seau, non sans mal, beaucoup plus gros que l’autre et qui avait coulé. En trois brassées, je remonte à la surface de la planète.

Pascal remballe le matériel le temps que je me change. La petite dame nous a préparé le café et des boissons que l’on sirote en discutant autour de la table de jardin. 11 h 30, fin de l’opération, rondement menée, Vincent empoche un petit pourboire, Pascal le chèque de l’intervention, et nous prenons congé de nos hôtes en leur souhaitant bon puisage.

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