Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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244.3 - Traversée Litorne – Fitoja Express (1re partie)

Olivier Gradot Clichés : Yann Gardere

Premier septembre 2018, après une journée de rando dans le massif des Bauges, je suis en train de chercher où m’installer pour la nuit quand je passe devant un panneau indiquant « Grotte de Prérouge ». Il n’en faut pas plus pour attirer un Rat et j’arrive quelques minutes plus tard devant la fameuse grotte. À côté de l’entrée un panneau donne quelques informations sur le lieu. J’apprends donc que derrière cette modeste entrée de grotte se cache l’un des plus vastes réseaux de Savoie avec quelques 55 kilomètres de réseau connu connecté à cette grotte. Quelques photos montrent le volume d’eau impressionnant qui en sort en période de grosse montée en charge. Le panneau indique aussi l’existence d’une salle magistrale par ses dimensions « la fameuse salle Fitoja » dont l’accès est indiqué comme difficile.

Comme aujourd’hui il fait beau et que le débit d’eau en sortie de la grotte est de zéro, je vais m’équiper et vingt minutes plus tard je pénètre dans la grotte en faisant un sourire à la caméra qui surveille l’entrée de cette dernière. J’y passe une petite heure à me promener et décide de revenir le lendemain avec un peu plus de temps pour visiter autant que possible les parties accessibles de la grotte avec le peu de matériel d’équipement que j’ai avec moi c’est-à-dire 20 m de corde et quelques mousquetons alors autant dire : rien.

Une fois dehors je pose mon camp sur les rives du Chéran, je prends l’apéro et partage les quelques photos prises dans la grotte sur ma page Facebook en indiquant que je compte y retourner demain si la météo reste sèche comme prévu. Il ne se passe pas cinq minutes avant que Yann, un spéléo du CAF dAlbertville commente les photos et après quelques échanges, me propose qu’on se retrouve le lendemain pour faire la traversée Litorne – FE (FE pour Fitoja Express vous l’aurez compris), rendez-vous le lendemain à l’église d’Arith à 5 heures du matin. J’accepte bien entendu car un plan comme ça ne se présente pas tous les jours et surtout que là j’aurai un bon guide car c’est justement Yann (et son club) qui ont ouvert l’accès FE il y a quelques années après plus de six mois de désobstruction.

Je suis fin content, je vais donc pouvoir visiter cette fameuse salle ! Je regarde sur le net les quelques CR qui concernent cette traversée, je lis que pour un petit groupe et sans prendre le temps de visiter la salle il faut compter un bon 8 h 30, prenant en compte que voir la salle est pour moi une obligation, que ma légendaire rapidité dans les méandres va forcément nous retarder et enfin que Yann souhaite faire des photos, je pars sur une durée planifiée de 10 à 11 heures.

Il est 21 h 30, et comme j’ai les genoux en vrac suite à une semaine de randonnée en Haute-Savoie, je décide d’aller me coucher pour être opérationnel le lendemain.

2 septembre 2018, 4 heures du matin, le Rat se réveille la tête enfarinée, se prépare un café puis file vers le point de rendez-vous fixé la veille. Il fait encore nuit noire quand j’y arrive et je me relance un café le temps que Yann me rejoigne. Ce dernier arrive pile à l’heure et nous partons nous garer au bord d’une route forestière sur les hauteurs d’Arith. On fait connaissance en buvant un café tout en nous équipant et en préparant le matériel.

À part les puits d’entrées du creux de la Litorne et de l’accès FE, le reste de la traversée est actuellement équipé en fixe, nous prenons cependant par précaution du rab de corde dans le cas où il faudrait en remplacer et embarquons un perfo et quelques chevilles inox (au cas où il faudrait rééquiper certains points). J’envoie un texto à Théo pour lui donner le nom de la traversée planifiée et lui donner l’heure à laquelle commencer à s’inquiéter pour nous si jamais nous ne donnons pas de nouvelles, Yann fait de même de son côté.

Le jour n’est toujours pas levé quand nous quittons les voitures pour nous rendre au puits d’entrée du FE qui est à 10 minutes de marche environ. À notre arrivée nous sommes accueillis par l’amusant « totem à lunettes de soleil » qui trône au-dessus de ce qui était encore il y a quelques années un petit trou souffleur. Yann va équiper le puits et ressort une dizaine de minutes plus tard. Le jour s’est levé et nous quittons l’entrée du FE pour aller trouver à l’aide du GPS l’entrée du creux de la Litorne qui se situe dans un sympathique bois parsemé de rochers calcaires à la façon d’un lapiaz.

L’entrée de la Litorne débute par un P10 suivi d’un joli P50 où il faut rejoindre une lucarne, Yann passe devant moi et me dit de passer le descendeur en C car sinon je n’arriverai pas à descendre vu le diamètre de la corde, je lui rappelle que je n’ai pas sa finesse et qu’avec mon poids ça va le faire... Erreur... Ma descente dure des plombes pendant lesquelles je passe mon temps à bourrer la corde dans le descendeur pour réussir laborieusement à atteindre la lucarne où Yann m’attend.

Nous passons ensuite de jolies galeries et arrivons à « l’épouvantail à moineaux » le méandre étroit et en hauteur qui aura tant fait suer les spéléos qui allaient voir la salle Fitoja avant l’accès FE. J’avais prévenu Yann que je ne suis pas un grand fan des méandres nécessitant des grands écarts à la Jean-Claude Van Damme, mais ce dernier m’avait rassuré en me disant d’une part qu’il était étroit et de plus équipé. En effet, malgré ma maladresse légendaire je m’en sors vivant et, chose suffisamment remarquable pour être notée, je n’ai pas coincé mon kit une seule fois ! Luxe ! Mais comme il faut toujours que je fasse quelque chose de travers dans un méandre pour le coup j’avais laissé mes genouillères sur mes bottes... mon cartilage m’a remercié de cet oubli.

Le méandre passé, on descend quelques puits et enquillons un ramping dans des laminoirs qui ne sont pas des plus affreux mais qui me feront quand même bien suer (plus tard quand mon binôme nancéien aka le Lynx verra la photo de ma tête en sortie du laminoir, il me dira ne jamais m’avoir vu suer comme ça). Sortie du ramping je suis trempé et j’enlève une couche pour me rafraîchir, on arrive dans une belle galerie et ça sera l’occasion de faire le première pause photo « travaillée » avec flashs déportés et tutti quanti. Le résultat est pas mal, et contents des premiers clichés nous allons rejoindre l’actif dans l’affluent de la Litorne.

À partir de là, la traversée vaut visuellement vraiment le coup ! L’affluent est superbe, ce n’est pas très large mais la hauteur de plafond y est, les parois érodées sont magnifiques et les marmites vraiment sympas, on prend le temps de prendre des photos, passons petits ressauts et un mini passage acrobatique dans « les Tiarcelets » ou la largeur du réseau augmente.

Nouvelle pause photo « pro » au niveau d’un joli P5 et bientôt un puits plus grand (P30 je dirai à l’œil) ou un pont de singe permet d’éviter de faire trempette... L’endroit parfait que je choisis pour faire ma connerie de la sortie et me faire une petite peur : à quelques mètres de l’eau j’utilise ma main gauche pour accrocher ma poignée à la corde et me tracter au-delà de la zone inondée et pour une raison que je ne comprends pas encore à ce jour, au moment où je tire sur la poignée je lâche de ma main droite ma prise sur la corde en sortie du descendeur... celui-ci étant monté en C, ça ne pardonne pas et je me sens filer vers le bas. Heureusement que par réflexe ma main droite se resserre et arrête ma descente... Mais avec l’élan je valse contre la paroi et me prends une belle arête bien pointue dans l’arrière de l’épaule gauche. Yann entend « Aouch ! » et me demande si ça va, je lui réponds que tant que je râle c’est qu’il n’y a rien de grave. Par contre je peux pour l’instant oublier mon bras gauche pour passer des fracs, des points sur vire et pour promener « kikit », va falloir compter sur le droit... ça tombe bien c’est le plus costaud des deux donc ça va (c’est bon hein ! je vois venir les commentaires bien gras... alors on stoppe de suite !).

Comme je suis un peu endolori on en profite pour faire une pause au niveau du ressaut qui mène au « collecteur des Etiorneaux ».

L’arrivée dans le collecteur signe aussi la troisième ambiance des paysages de la traversée, on entend le bruit sourd de l’eau s’écoulant, la couleur des parois change, le volume est grand et malgré le niveau d’eau relativement bas nous devrons emprunter la vire car des bassins profonds barrent la route en bas.

Le passage par la vire est apprécié visuellement malgré mon épaule qui me fera galérer.

Yann me prend en photo en train de cracher des nuages de fumée anesthésiante et moi je me masse l’épaule après avoir affronté la « vire à Bozo » du collecteur que l’on vient de passer.

L’équipement en fixe qui jusque-là était impeccable commence à montrer des faiblesses dues au fait que l’on est dans le collecteur et à plusieurs reprises nous trouvons la corde « tonchée » jusqu’à l’âme sur plusieurs sections (prudence).

Après 45 minutes de collecteur et des passages « presque aquatiques » (« t’as confiance dans la corde toi dis donc » me dira Yann en me voyant passer vire tendue à bloc sur une corde bien douteuse au-dessus d’un des bassins) nous arrivons face à la gigantesque Méduse, la cascade de calcite blanche qui signe l’entrée de la salle Fitoja à environ ‑300 m du puits d’entrée de la Litorne.

À suivre le mois prochain...

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