Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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255.3 - Complément d’étude sur le Spéléodrome

Christophe Prévot

Lors des travaux de réhabilitation du Spéléodrome de Nancy et des recherches documentaires qui permirent la réalisation de la plaquette anniversaire USAN 61-91 Spéléodrome Nancy publiée pour l’inauguration du site, Internet n’existait pas encore et nous n’avions accès que difficilement aux données statistiques de population des communes du Grand Nancy.

Depuis internet est arrivé et avec lui les données massives ouvertes qui permettent de se replonger dans une étude d’évolution de la population. Pourquoi ? Parce que dans notre étude de 1991 nous observions uniquement l’évolution de la population de Nancy entre 1801 et 1906 et nous montrions que les problèmes d’alimentation en eaux résultaient d’un doublement de population de la ville entre 1872 et 1906 (comme cela avait été constaté dans Les eaux de Nancy en 1909 en pages 3-4) à la suite du traité de Francfort de 1871 qui conduisit une part de la population alsacienne et mosellane à migrer vers les territoires restés français. En 1991 nous écrivions : « De 1801 à 1831 la population nancéienne évolue peu. Elle est même presque stable depuis la mort de Stanislas en 1764 où la ville comptait 25 000 âmes (N.D.L.R. : 29 122 en 1831). Il est vrai que cette période est particulièrement troublée : Révolution française, guerres républicaines de la Convention, guerres napoléoniennes... Le taux annuel moyen d’accroissement de la population n’est que de 0,1 ‰ pour Nancy alors qu’il est de 5,4 ‰ pour la France.

De 1831 à 1872 le nombre des Nancéiens augmente considérablement. Le taux annuel moyen d’accroissement de la population pour Nancy est de 14,2 ‰ et pour la France de 3,1 ‰. Il en résulte une augmentation parallèle de la consommation d’eau. Pour y remédier Nancy achète les eaux de source dites du Moulin de l’Asnée à Villers en 1853 et les eaux du Montet-Vandœuvre en 1860 captées par une galerie filtrante.

Après la courte guerre de 1870 conclue par la défaite cuisante de Sedan et l’annexion de la moitié de la Lorraine par l’Allemagne victorieuse, Nancy devient le refuge des Lorrains annexés refusant la germanisation qui est dès lors instaurée dans la nouvelle province allemande : das ElsaßLothringen.

Aussi de 1872 à 1906 la population de Nancy augmente comme cela ne s’est sans doute jamais produit ailleurs en France. En effet le taux d’accroissement à Nancy pour cette période est de 21,9 ‰ (ce qui correspond à un temps de doublement de la population de 32 ans), alors que pour la France il n’est que de 0,26 ‰.  »

Il est intéressant d’observer la population du Grand Nancy dans son ensemble pour comprendre le bouleversement global de cette période et vérifier que tout l’espace du Grand Nancy s’est retrouvé modifié. Il est aussi important de se rappeler que jusqu’en 1921 Nancy a un poids compris entre 77,0 et 79,8 % du Grand Nancy (poids passé sous les 50 % en 1975 pour atteindre 40,8 % de la Métropole en 2016 !).

Ainsi sur les mêmes périodes que celles de l’étude menée en 1991 on observe les taux d’accroissement annuel moyens suivants (données corrigées avec les données actuelles connues) :

Période

1800-1831

1831-1872

1872-1906

1906-2016

Tx accr. annuel Nancy

1,0 ‰

14,7 ‰

21,9 ‰

-0,5 ‰

Tx accr. annuel Grand Nancy sans Nancy

6,6 ‰

12,2 ‰

19,0 ‰

15,3 ‰

Tx accr. annuel Grand Nancy

2,3 ‰

14,1 ‰

21,3 ‰

5,6 ‰

D’après données démographiques Wikipédia de chaque commune du Grand Nancy (vu le 18/10/2019)

Que constatons-nous ?

Sur la période 1800-1831, quelques communes voisines de Nancy ont une expansion plus forte que Nancy (+1 694 habitants soit +22,7 % d’habitants) principalement à Laxou (+468 ; +63,9 %), Malzéville (+326 ; +35,2 %), Tomblaine (+163 ; +41,1 %), Villers-lès-Nancy (+153 ; +50,2 %) et Maxéville (+107 ; +30,5 %) mais cela ne permet pas d’influer significativement sur l’ensemble du périmètre de l’actuelle métropole.

Entre 1831 et 1872 c’est Nancy qui profite le plus d’une augmentation de population mais les taux d’accroissement annuel moyens sont relativement proches et conduisent à un temps de doublement de population de 48 ans à Nancy et 58 ans pour les autres communes.

Enfin, entre 1872 et 1906 les taux sont très proches avec un temps de doublement de 33 ans pour Nancy et les autres communes du périmètre.

Si l’urgence des problèmes de ressources, dont les ressources en eau potable, s’est faite ressentir entre 1831 et 1872, il est certain qu’elle est devenue une question centrale entre 1872 et 1906 tant à Nancy (52 978 habitants en 1872 ; 110 570 en 1906) que pour les autres communes. Néanmoins, Nancy représentant plus des trois quarts de la population, c’est Nancy qui est la plus touchée par ce besoin essentiel à la vie...

Édouard Imbeaux (1861-1943) est nommé ingénieur-directeur des services municipaux de Nancy en 1892 et a pour mission de proposer des solutions. Il s’ensuit une phase d’étude qui conduit au rapport de 1897 intitulé Recherche de nouvelles eaux de source - Avant-projet de captation des eaux souterraines de la forêt de Haye (partie Sud-Est). Après y avoir fait un inventaire de l’existant Imbeaux écrit : « Malheureusement, il faut reconnaître que nos eaux de sources actuelles ne sont pas assez abondantes pour une bonne distribution. Le passé nous a légué sous ce rapport un héritage peu enviable : des captations mal faites et tout à fait superficielles ; des tuyaux de conduite mal étanches, la plupart du temps en bois, passant on ne sait où, mais à coup sûr au travers d’un sous-sol contaminé ; pas de réservoirs ; enfin un système de bassines qui ne laissait à l’eau aucune pression. […] Pour donner de nouvelles concessions aux particuliers, il n’est pas exagéré d’admettre qu’il faudrait un excédent d’à peu près autant, et comme nous ne possédons en basses eaux que 800 mètres cubes, c’est donc une ressource nouvelle de 4 000 mètres cubes par jour, soit 40 à 50 litres par seconde, que la Ville de Nancy devrait trouver pour être véritablement à l’aise de ce côté.  »

Il étudie alors quatre solutions (Projet d’Houdemont, Eaux du grès vosgien, Eaux de Bellefontaine, Eaux du plateau de Bouxières) qu’il écarte pour raison de coût ou de pollution (par exemple, l’eau de la Moselle est considérée comme de 2de catégorie, à destination de l’arrosage, du lavage ou à usage industriel) et en arrive à présenter le projet de captation des eaux souterraines de la forêt de Haye au niveau de la source de l’Asnée, sur une idée de M. Monet et de la commission des eaux de sources proposée le 4 août 1896. Imbeaux développe le principe en s’appuyant sur l’exemple de Liège (Belgique) où l’ingénieur des mines Gustave Dumont a conçu un captage souterrain en 1851, captage réalisé entre 1863 et 1868.

Finalement, le projet d’Imbeaux sera retenu et réalisé entre 1899 et 1906. Le réseau servira pour l’alimentation en eau pendant 26 années jusqu’en 1932, année où l’usine Saint-Charles de traitement des eaux prend le relais en utilisant l’eau de la Moselle captée à Messein. Elle sera remplacée en 1985 par une toute nouvelle usine de traitement des eaux baptisée, « Usine Édouard-Imbeaux » !

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