Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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266.2 -Petite virée en Suisse

Théo Prévot

L’objectif de fin d’année étant d’aller au gouffre Jean-Bernard, il nous faudra un peu d’entraînement avant de pouvoir prétendre à une telle course. Plusieurs sorties sont déjà programmées afin de se préparer un peu physiquement et techniquement. Ce premier week-end de septembre nous attaquons sur les chapeaux de roues avec le gouffre de Longirod situé en Suisse. L’objectif est ambitieux, atteindre le collecteur à la cote -468 m mais l’équipe est bien motivée. Après avoir vu sur plusieurs comptes rendus indiquant que le gouffre était équipé je décide de prendre contact avec le club local :

·  Salut, je prévois de venir faire le Longirod le we du 4-5 septembre, savez-vous si le trou est toujours équipé et praticable ?

·  Salut Théo, ma dernière descente au collecteur date de 2018 le gouffre est bel et bien équipé mais avec du matériel plus ou moins craignos selon les sensibilités.

·  Que sous-entends-tu par « selon les sensibilités ? »

·  Ben le matos doit dater des explos faites entre 1996 et 2000 (sauf erreur), de mémoire il y a quelques cordes tonchées et pas mal de monopoints donc prenez peut-être quelques maillons en rab et un petit bout de corde.

Pas de question à se poser de mon côté, je pars du principe que le gouffre n’est pas équipé et qu’il va falloir refaire des amarrages si on veut taper le fond… Une vraie explo qui risque de nous mettre à mal mais après tout c’est pour ça que nous y allons !

800 m de cordes, une centaine de maillons rapides, des sangles, de la Dyneema,… Tout semble ok nous aurons donc quatre gros kits de matos et deux autres kits pour la bouffe, eau et secours. Après un départ un peu mouvementé nous voici, Arnaud (USAN), Nicolas (A.S.H.M.) et moi-même sur le parking indiqué dans le descriptif. Il n’est pas loin de 23 h et la faim se fait sentir. Nous faisons chauffer des pâtes, allumons un feu et installons les couchages. L’heure tourne, il est déjà 0 h 30 et il est temps de se coucher si on veut être en forme le lendemain matin. Réveil sur les coups de 7 h, l’équipe est « chaud patate » et nous ne tardons pas à décoller en direction du gouffre, le descriptif n’étant pas raccord avec le G.P.S. nous tournons un peu avant de trouver l’entrée, la montée dans le bois avec deux kits par personne nous aura mis en condition !

Je pars en tête suivi de Nicolas, Arnaud ferme la marche. Nous sommes de suite mis en condition en bas du puits d’entrée avec une chatière à 90° qui donne accès à la suite. Nous arrivons rapidement au méandre du Strip-Tease, jusque-là les amarrages ne sont pas si mal en revanche la corde marquée 99 avec un nœud à mi-hauteur me conforte dans l’idée d’avoir pris tout le matos ! Ce premier méandre donne le ton pour la suite, la progression est plus lente, nous nous passons les kits comme nous pouvons et arrivons au puits de l’Étourdi (P23) puis à celui du Guano (P5). J’en profite alors pour faire parler un peu le perfo, oui, oui, encore un truc en plus… comme si nous n’étions pas suffisamment chargés. Nous attaquons le deuxième méandre et sommes rejoints par deux spéléos suisses que j’avais contactés dans la soirée et qui viennent juste faire un petit tour. S’en suivent deux beaux puits avec tous deux un pendule. La galerie se rétrécit, nous notons une tête de puits peu évidente à la remontée. Nous commençons à comprendre que le fond sera rude à atteindre ! Je m’engage dans le méandre du Grondement qui « reste inconfortable malgré de nombreux aménagements », dixit le descriptif qui ne se trompe pas. Nicolas fait un premier blocage et ressort pour laisser passer Arnaud. Nous passons les quatre kits de l’autre côté ; merci à Ludo d’avoir pris le cinquième. J’équipe la suite puis nous descendons et attendons nos compagnons. Tristan nous rejoint après un certain temps et nous explique que Nicolas ne sent vraiment pas le passage.

Après discussion nos amis suisses remontent avec lui. Nous leur donnons donc un kit avec la bouffe de Nicolas, de quoi boire et se chauffer. Nous voici à ‑170 m accompagnés de nos quatre kits et du perfo mais encore bien motivés pour aller voir le collecteur, et Dieu sait qu’il nous faudra de la motivation car la suite commence en beauté par le puits de l’Araignée : son accès est fastidieux, il faut passer à l’horizontal dans une diaclase peu large en forme d’entonnoir. À la base du puits commence le méandre le plus redouté, le méandre du Broyage... Nous faisons une première pause pour reprendre des forces. Le méandre porte bien son nom et demande pas mal d’énergie pour être franchi. Heureusement que nous venons de manger un bout. Hourra ! La partie la plus pénible du gouffre est derrière nous, quoique…. Me voici face à une belle série de ressauts, je regarde la fiche d’équipement : apparemment pas besoin de matos. Je demande à Arnaud s’il se sent de passer sans corde et ni une ni deux nous voici engagés dedans (une corde ne ferait tout de même pas de mal). Plus bas une main-courante nous permet de rejoindre le réseau des Vieux Fossiles (shunt de l’actif) avec quelques puits et nous rejoignons l’actif (puits de la Vertèbre, vertèbre que je n’avais pas vu à la descente mais qui est bien conservée).

Nous commençons à nous demander si le P55 arrivera un jour car la batterie du perfo commence à diminuer. Nous descendons un P17 puis traversons une zone active assez jolie, on pourrait se croire dans un canyon, un second P17 et voici enfin le tant attendu puits du Superfloc. Un superbe P55 très spacieux d’une bonne dizaine de mètres de diamètre. Arnaud trouve le temps un peu long pendu dans son harnais avec comme bruit de fond le grondement de la roche se faisant percer. Une fois en bas il me fait signe qu’on ne devrait pas tarder à remonter puis après discussion il ne reste que 50 m à descendre pour voir ce foutu collecteur. Ça y est nous y voilà !

Nous décidons de faire une pause pour nous reposer, manger et recharger les bouteilles d’eau, il est maintenant 23 h, cela fait 14 h que nous sommes sous terre et une chose est sûre, on est encore loin d’être dehors. Nous visitons rapidement une partie amont de la rivière : c’est vraiment beau l’eau est translucide et les volumes sont bel et bien au rendez-vous. Les premiers explorateurs devaient devenir fous ! Il est temps d’attaquer la remontée, les puits se remontent assez bien mais le premier kit de matos est rapidement plein puis le second, je commence à douter un peu de la sortie avec les cinq kits. Arnaud installe un palan pour remonter les trois kits à la sortie du réseau des Vieux Fossiles puis nous faisons une pause et un bilan de notre état. Pour moi pas de doute nous ne sortirons pas comme ça, il reste encore 235 m de puits sans parler des quatre méandres à passer. Je propose à Arnaud de laisser l’ensemble du matériel ici et de ressortir avec le perfo et notre kit bouffe-secours. Nicolas étant prévenu pour une sortie à 10 h du matin il ne faudrait pas non plus déborder de trop et il reste encore des passages vraiment chiadés avec les kits et notre fatigue. Nous rangeons les kits proprement et reprenons notre course. Une fois le méandre du Broyage passé nous nous demandons comment nous avons pu passer là-dedans avec quatre kits et ne regrettons pas notre choix. Le reste de la montée et long, certains passages ne sont pas des plus reposants et la sortie ne tient plus que sur le mental. Nous voici en haut de la galerie d’entrée où nous entendons Nicolas qui est content de nous revoir et nous tire son chapeau. Nous passons le dernier vrai obstacle (la chatière d’entrée) et sortons après 25 h d’exploration.

Nicolas nous a préparé une soupe et rapporté quelques trucs à grignoter, ça fait du bien ! Nous replions les affaires, déséquipons l’entrée du gouffre et descendons à la voiture. Nicolas n’a pas fermé l’œil de la nuit en nous attendant mais se sent quand même de reprendre le volant. Nous rentrons tranquillement dans notre contrée, les paupières ont bien du mal à tenir debout (sauf pour le conducteur).

Une belle sortie qui aura permis à tout le monde de se dépasser, je pense que nous avons là une bonne préparation pour nos prochaines explorations dont une qui reste à prévoir avant novembre pour retourner chercher notre matériel. Merci aux amis suisses pour toutes les informations et leur aide, ainsi qu’à mes deux compères qui ne sont pas prêts d’oublier cette sortie !

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