Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
Accueil du site > Le P’tit Usania > 2003 > 63 - Novembre 2003 > 63.4 - Jacqueline : c’est pas bien haut, pis c’est pas bien (...)

63.4 - Jacqueline : c’est pas bien haut, pis c’est pas bien large...

Nicolas PREVOT

Je m’étais juré de ne jamais retourner dans ce trou étroit et boueux. Mais bon, Christophe m’a pris par les sentiments : « t’es le seul qui y es déjà allé (2 fois)... on veut visiter toutes les grottes de Pierre-La-Treiche... tu verras, ce sera sympa... ». Et voilà, je me suis laissé entraîner.

Nous nous sommes donc retrouvé à 7 pour faire Jacqueline : Pascal CUXAC, Jérôme CONTAL, Philippe (?), Pascal ODINOT, Christophe PREVOT, Bertrand MAUJEAN et moi. Je les avais prévenu « réduisez votre matériel au minimum, tout ce qui n’est pas essentiel vous encombrera ». Moi, je voyage léger : casque à éclairage LED emprunté au CDS, pas de ceinture, pas d’acéto, burry, texer, bottes et gants. Surtout pas de kit, la dernière fois je m’en suis trimbaler un et il se bloquait partout.

Avant de pénétrer dans le trou, l’ambiance était assez détendue, Pascal arborait fièrement un T-shirt « Expédition PLT 2003 », et personne ne semblait me prendre au sérieux lorsque j’affirmai que « Jacqueline est une cavité difficile ». Il est 15h30 quand nous pénétrons dans la grotte, et dès l’entrée, Jacqueline annonce la couleur avec une étroiture en chicane. Je passe devant, Philippe et Jérôme sont derrières moi et m’apprennent qu’il faut attendre les autres : Christophe est en train creuser avec une pelle-bêche ! À cet endroit, la cavité est encore à peu près sèche, elle est aussi envahie par les moustiques, nous ne sommes encore qu’à une dizaine de mètres de l’entrée. Tout au long de notre progression nous remarquons de petites crottes couvertes de moisissures blanches indiquant que la grotte est habitée.

Avant chaque étroiture, qui ici ne sont pas trop difficiles, je m’arrête pour consulter la topo, car il n’est pas toujours facile de faire la différence entre la suite et un passage impénétrable ou obstrué à quelques mètres. Il faut aussi préciser qu’entre les étroitures, on ne marche pas : on rampe (c’est pas bien haut), au mieux, on peut progresser à quatre pattes dans la boue qui commence à coller.

Enfin nous arrivons à la fameuse Nouvelle Galerie où nous nous regroupons pour partager nos premières impressions. Il est 16h30 et nous n’avons pas fait 100 m. Christophe abandonne sa pelle devant l’entrée du Boyau Secondaire. Nous allons explorer la Nouvelle Galerie, qui, sur la topo, apparaît aussi spacieuse que le Métro des 7 Salles. Il n’en est rien, car si elle fait effectivement 2 à 3 m de large, en moyenne elle ne dépasse pas 1 m de haut (c’est pas bien haut) ! Et par endroit des blocs et des talus de boue réduisent l’espace de progression à un petit boyau (c’est pas bien large).

Néanmoins la galerie est décorée de nombreuses stalactites (10 cm pour les plus grandes) et draperies (20 cm de long et quelques cm de haut), et régulièrement elle est coupée par des failles qui amènent des élargissements où nous pouvons nous tenir à 3 ou 4, accroupis ou à genoux (ou debout pour Jérôme qui n’est pas bien haut...). Enfin au niveau concrétions c’est pas le Crotot, mais par rapport aux autres cavités de PLT, c’est, sans conteste, la plus concrétionnée.

Puis c’est la Dalle Inclinée. Le plafond au-dessus est là aussi, magnifiquement ornée de petites stalactites de quelques centimètres. Le problème c’est qu’il faut passer en dessous de la dalle (un énorme bloc de 4 × 3 × 1 m) par une étroiture bien serrée pour aboutir à la vaste salle terminale. Là encore, il faut relativiser. Certes, nous pouvons tous tenir dans la salle de 6 m de long par 5 m de large, mais le sol part en pente à 30° et le plafond suit la même inclinaison à 1 ou 2 m au-dessus...

Bertrand a abandonné sa dudule durant la progression. Il faut dire qu’elle ne devait plus lui servir à grand chose à en juger par le bouchon de glaise qui obstrue son bec acéto. Et vu le placard de boue qu’il a sur son casque, il doit s’en servir pour creuser son chemin !

Nous retournons donc jusqu’à l’entrée du Boyau Secondaire. « C’est là que les choses sérieuses commence » dis-je, puis, avant de m’engager, je demande aux autres s’ils ont bien l’intention de me suivre : bien que le moral général soit un peu émoussé, certains ont même un air sinistre, tous le monde est toujours partant. Un fil d’ariane posé là sans doute par des promeneurs en mal de sensations fortes permet de se guider dans ce boyau. Preuve que cette grotte est, contre toute attente, assez fréquentée, comme en témoigne les nombreux détritus qu’on trouve un peu partout...

Alors j’y vais, suivi en principe par Jérôme, Philippe, Pascal O., Bertrand, Pascal C. et Christophe... La progression est assez difficile surtout à cause de la boue qui colle, en plus, il y a quelques étroitures dont une en chicane remontante. Arrivé à la sortie du boyau, (qui est dans le sable : il faut bien varier les plaisirs), j’attends en compagnie de Jérôme et nous enlevons quelques poignées de sable pour passer le temps. Il est 17h30 quand un message nous parvient par l’intermédiaire de Pascal O. qui est retourné en arrière pour avoir des nouvelles des autres : Bertrand a eu un problème avec son boîtier de piles et en compagnie de Christophe et Pascal C., il fait demi-tour... LACHEURS !

Nous ne sommes plus que 4 pour explorer cette galerie qui nous paraît spacieuse (et pourtant c’est pas bien haut, et par endroit c’est pas bien large), jusqu’à ce nous arrivions à une étroiture descendante. Pour voir ce qu’il y a derrière je m’y engage la tête en bas et me rends compte que je n’arriverai pas à passer comme ça ! Je ressors avec l’aide de Philippe et m’y engage les pieds devant cette fois-ci, avec un bras dans la faille du plafond. J’ôte mon casque qui coince un peu et je prends un champoing à l’argile douce au passage. Philippe me suit et après deux essais infructueux, il réussit à passer. Pascal s’avance à son tour, mais son thorax de bodybuilder lui interdit le passage par deux fois ! Jérôme me demande s’il n’y a pas un autre passage ? Après une reconnaissance rapide je me rend compte que je suis dans la vaste Salle 2 (7 m de long, 4 de large, 3 de haut avec de gros blocs : quelle joie de pouvoir se tenir debout !) et que donc les 2 sorties sont devant nous. La seule autre issue c’est par là où on est entré... Jérôme passe sans problème (il a le profil type de la grotte : pas bien large et pis pas bien haut) l’étroiture que j’identifie maintenant sur la topo comme étant celle à côté de la lettre K. Je remonte l’étroiture K (tiens elle me semble plus facile en remontant) auprès de Pascal qui a entrepris d’enlever son bleu (l’est motivé le gars !). Puis il s’engage en sous-vêtements, et vidant ses poumons, il réussit à passer (ouf, on n’aura pas à retourner dans le Boyau Secondaire) ! Je lui passe son bleu et pendant qu’il se rhabille, je repasse l’étroiture K sans enlever mon casque (ça y est : j’ai la technique).

Nous recherchons le passage vers la Salle 1, car je ne veux pas aller dans le Boyau Triangulaire et je veux sortir par l’Entrée 2. Nous trouvons l’étroiture (de la rigolade par rapport à l’étroiture K) qui nous ouvre l’accès sur la Salle 1. Nous sommes tout proche de la sortie, mais je manque le passage et nous nous aventurons dans une galerie qui après un petit puit que nous descendons en opposition donne sur de petits diverticules obstrués ou impénétrables.

Nous remontons et rencontrons Christophe et Pascal C. venus par l’Entrée 2 à notre rencontre. Tous les 6, nous ressortons couverts de boue, alors que la lumière du jour commence déjà à décliner : il est 19h15 ! Apparemment, Christophe, Pascal C. et Bertrand ont presque mis autant de temps que nous à ressortir par l’Entrée 1. Heureux, mais un peu fatigué nous nous changeons, et buvons un peu d’eau. Toute cette boue nous a donnée soif et de retour au local du club (vers 20 h) nous nous abreuvons de bière en nettoyant le matos. Là, je lis le descriptif de la cavité fait par les premiers explorateurs et j’ai un peu de mal à admettre que c’est bien de la même grotte qu’ils parlent, surtout la soi-disant « vaste » Nouvelle Galerie ! Je me rends compte que j’ai mal aux genoux, à l’épaule et à la hanche droites, allez savoir pourquoi !

Il faudra prévoir une sortie de dépollution pour enlever les piles et autres détritus qui jonche le parcours (rassurez-vous Bertrand à ressorti sa calbonde et Christophe la pelle). De plus nous nous promettons de poursuivre « l’expédition PLT 2003 » en explorant la partie entre les entrées 2 et 3 de Jacqueline comprenant le fameux Boyau Triangulaire (dans mes souvenirs il est quand même moins terrible que le Boyau Secondaire et l’étroiture K), et la dernière fois que je suis passé par là, j’avais dû creusé avec un casque pour pouvoir sortir par l’Entrée 3 ! Bertrand n’a pas l’air très chaud pour retourner faire de la photo dans la « grande » Nouvelle Galerie (on le comprend)...

Pour ceux qui compte se joindre à nous pour la suite je donnerai les conseils suivants : entraînez-vous au passage d’étroiture entre des barreaux de chaises par exemple, éliminez les kg superflus, évitez la muscu (ça gonfle la cage thoracique) et n’emportez pas de matos inutile.

P.-S.

À voir en images sur : la galerie des Photos spéléo

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0