Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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75.5 - in memoriam Michel LOUIS (1937-2001) - 2

Bernard BORDIER, Spéléo Club de Périgueux

C’est à Gourette dans les Pyrénées Atlantiques lors de l’expédition Quèbe de Cotche1963 que je fis la connaissance de Michel LOUIS. Venant de Toul, il avait mis deux jours pour traverser la France en diagonale au volant de sa « 2 chevaux ». Et ce 2ème jour, après une première marche d’une heure et demie à deux heures à flanc de montagne afin de reconnaître le camp, il était immédiatement redescendu chercher son matériel, effectuant ensuite une nouvelle montée, lourdement chargé. Il était à la fois crevé et enthousiasmé par ce qu’il découvrait. Dès le lendemain, il ne restait que l’enthousiasme, enthousiasme des grands espaces, des profondes cavités, de la vie de camp... et il s’incorpora tout de suite à l’équipe Pyrénées du S.C. Périgueux dont il devint rapidement l’un des piliers.

Solide moralement et physiquement, toujours et partout efficace, il excellait surtout dans les topos. Fouineur, la recherche du détail à noter lui permettait de trouver des prolongements, court-circuitant ainsi un obstacle, là où ceux qui étaient passé avant lui n’avaient vu que la suite évidente qui parfois s’arrêtait inexorablement quelques dizaines de mètres plus loin. Ce fut notamment le cas au gouffre des Trois Dents.

Ce n’était pas un grand parleur et il n’utilisait qu’à bon escient (parfois en bougonnant !) sa voix rugueuse et un peu traînante de Lorrain. J’ai encore la nostalgie de séances dans les galeries étroites des étages supérieurs de la Quèbe, où nous allions de découvertes en découvertes en parfaite osmose avec un autre complice. Nos gestes, nos réactions face aux difficultés de la progression se complétaient, s’enchaînaient, pratiquement sans un mot, un vrai bonheur ! Sa dernière participation à notre expédition eut lieu en 1968. À peine arrivé chez lui, il apprenait que son fils aîné, âgé de trois ans, était atteint de leucémie. Malgré tous les traitements, il décéda six semaines plus tard. Affreux ! Ce qui l’aida et l’obligea à surmonter son drame fut la présence d’un autre enfant et la venue annoncée d’un troisième.

Marqué par cette épreuve, il ne revint pas dans les Pyrénées, se reprochant peut-être inconsciemment les jours passés avec nous loin de son fils, mais les liens que nous avions tissés dans le massif de Ger se poursuivirent par des rencontres en Dordogne ou en Lorraine, ou encore lors des congrès FFS. Et bien sûr par la correspondance. Ces dernières années nous n’échangions plus que les vœux de nouvel an avec un résumé de l’année écoulée et, lorsque j’ouvrais sa lettre, je me demandais chaque fois la catastrophe qu’elle allait m’annoncer car, chaque fois, il y en avait une. Je ne pense pas avoir rencontré de famille plus éprouvée et pendant aussi longtemps que celle des LOUIS.

Il y a encore des désobs à faire, des désobs synonymes de vierge et de premières, synonymes aussi de topos, et il y a toujours les amis, mais Michel LOUIS s’en est allé...

Bernard BORDIER, Spéléo Club de Périgueux.

NDLR : Ce texte nous a été envoyé par un « lointain » ami de Michel LOUIS suite à l’article « in memoriam Michel LOUIS (1937-2001) paru dans Le P’tit Usania n°32 d’avril 2001

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