Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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83.01 - Accident mortel sur descendeur

Daniel Prévot

Gérard AYAD, spéléologue expérimenté et Président du Spéléo-Club de la Seine, a été victime d’un accident mortel sur descendeur au scialet du Pot-2 le 18 juin dernier. Nous adressons à sa famille, ses proches et à ses camarades du SCS, nos très sincères condoléances.

Les circonstances de l’accident ne sont pas clairement établies et une recherche des causes exactes est en cours par le PGHM.

Les divers commentaires qui ont été faits à ce sujet sur la liste spéléo m’ont rappelé un accident dont j’ai été victime dans les années 75, qui est resté sans suite, dont j’ai un souvenir froid et que je vais vous raconter. Avec Patrice GAMEZ (décédé) nous organisions un stage de formation spéléo à Trémont-sur-Saulx (55). Il y avait également Lucien CORDIER (décédé) qui avait d’ailleurs campé sa tente dans mon grenier...

Le gouffre de l’Avenir à Savonnières-en-Perthois (55) faisait évidemment partie des cavités explorées. Deux équipes avait été formées : l’une passait par la Grande Vialle et l’autre par l’Avenir. Les deux équipes devaient se croiser à la base du splendide P-40 qui jonctionne les deux réseaux, chacune devant déséquiper ce que l’autre avait installé. Il y avait bien sûr un décalage de 2 heures entre les 2 équipes pour compenser le retard que prendrait l’équipe de la Grande Vialle qui est une succession d’étroitures et que je dirigeais. Après avoir péniblement franchi les quelques 40 m de la Grande Vialle (plusieurs heures sont nécessaires) et équipé le puits, j’ai fait descendre mon groupe, puis j’ai commencé ma propre descente. Le sommet du P-40 commence par un court sifflet vertical (1,5 m peut-être ?) que j’avais quelque peine à franchir, commandant mon descendeur de la main droite. Ma calebonde (ma vielle étoile en bronze), à ma droite s’est malencontreusement coincée en me bloquant dans l’étroiture, les jambes pendant dans le vide. J’étais dans l’impossibilité de l’atteindre avec ma main gauche. Je ne pouvais pas faire de clé sur mon descendeur (simple sans cliquet et non autobloquant, il a reçut depuis de nombreuses améliorations) et j’étais ainsi très coincé. J’ai donc cherché à dégagé la calebonde avec ma main droite en gardant en main la corde de descente (de la 10,5 mm, c’est le seul diamètre que l’on utilisait à cette époque). En une fraction de seconde ce fut le drame : la calebonde s’étant brusquement dégagée, je suis subitement parti en échappant la corde qui s’est mise à fouetter dans tous les sens sans que je puisse la rattraper. Mon vieil ami Pat qui m’attendait à la base du puits s’est tout de suite rendu-compte du drame qui se déroulait 40 m plus haut sans pouvoir attraper la corde... Combien de temps a duré ma chute ? Je vous avouerai ne pas l’avoir chronométrée si bien que je suis dans l’impossibilité de vous dire de combien de mètres elle fut. Mais rappelez-vous qu’en chute libre il suffit de 1 seconde pour franchir 5 m, 2 secondes pour franchir 20 m et 2,8 secondes pour franchir 40 m... Je n’avais donc pas le temps de réviser mon cours de physique... Je n’y ai d’ailleurs même pas pensé mais d’instinct j’ai embrassé (non pas un bisou, mais ceinturé si vous préférez) mon descendeur le bloquant contre ma poitrine et dans lequel ma texair (c’était la combinaison de l’époque) s’est prise. Je fus stoppé net par cette initiative heureuse qui m’a probablement sauvé la vie. La suite est classique : positionner son jumar de longe - pédale sur la corde ainsi que son jumar de poitrine, remonter légèrement, débloquer sa combi du descendeur, reprendre sa progression après avoir lancé un tout va bien ! à destination d’un Pat très inquiet en bas.

Jeunes spéléos, retenez bien cette anecdote et embrassez (ceinturez) fortement votre descendeur si pareille mésaventure vous arrive. Vous aussi en garderez un souvenir froid...

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