Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne
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115.6 - Sortie canyon brise-glace février 08

Stéphane Noll

Samedi 16 février, il est environ 20 heures, j’arrive à Chamoson en Suisse (Valais) où je retrouve Boris SARGOS et Stéphane COTE (dit Caracal) pour passer quelques jours en canyon. Après une rapide mise au point, le canyon envisagé pour le dimanche est Jolibach. Nous partons dès 9h pour rejoindre cette descente, très agréable mais sans réelle surprise ; cotation estimée 2,6/4. Boris nous quitte le soir même pour retourner à Lyon, travail oblige. Le jour suivant, nous allons explorer le canyon de Rogne avec ces quelques belles cascades et ses jolies étroitures : cotation estimée 2,3/4. Ayant un peu de temps devant nous, nous décidons de nous engager dans le canyon de Morges, le collecteur. Deux importantes étroitures mais surtout de l’eau très fraîche. Une belle promenade aquatique avec quelques rappels bien arrosés : cotation estimée 2,4 / 4. Le lendemain, nous envisageons de passer au rythme supérieur et faire Trummelbach. C’est un canyon alimenté par 3 glaciers : le Mönch (4099 mètres), le Jungfrau (4158 mètres), et l’Eiger (3970 mètres). Le matériel est prêt : perfo, goujons, plaquettes, crampons, piolets.... Départ 6h. Après 3 heures de route nous arrivons dans une autre vallée. Sur place, nous devinons une fine entaille dans la montagne, mais sans plus. Nous voici devant le canyon. Notre imagination vagabonde... Marche d’approche environ 1h, en passant par un GR glacé par moments et enneigé. Nos sacs pèsent entre 20 et 25 kg. Arrivant au départ du canyon, nous imaginons en regardant les entrailles de la « bête », la température qui règne à l’intérieur (estimée à - 4°). Les parois sont recouvertes par une épaisseur de glace d’environ 5 cm par endroits. Vadé rétro nous a fourni une combinaison étanche à tester ; au boulot ! Nous installons le premier rappel qui démarrera de la passerelle. Environ 25m, une arrivée dans l’eau à environ 3°. C’est parti, le ton est donné ! Tout le lit de la rivière est recouvert de glace. Nous progressons tant bien que mal en faisant très attention de ne pas glisser. Nous évoluons au sein de cette faille qui ne fait que 5m de large et dont la hauteur des parois s’envole rapidement vers le ciel. Les cascades s’enchaînent très vite, et sans arrêt. Il ne faut pas traîner. Les parois se resserrent peu à peu pour ne laisser qu’ 1,50m de large et environ 70m de hauteur. L’eau y est présente tout le temps, et en quantité, même dans l’obscur que nous venons d’atteindre et qui va durer presque 2 heures soit 1/3 du canyon. La glace disparaît dans cette portion, pour réapparaître et se faire de plus en plus présente par la suite. Cela fait environ 4 h que nous descendons. Nos pieds sont glacés. Pas le moindre rayon de soleil. Nous ne distinguons pas le ciel. La fin n’est pas pour tout de suite semble-t-il. Les sacs sont de plus en plus lourds. Les cordes sont gorgées d’eau et de glace. Les vasques se succèdent, et les cascades deviennent de plus en plus blanches car la glace est omniprésente et s’est emparée d’elles. Elle est dure, et ne permet aucune adhérence. Les points d’amarrage sont souvent très bien placés, mais souvent très haut car protégés de l’humidité. On devine les crues phénoménales que doit subir le canyon pendant la fonte des neiges, où le débit dépasse plusieurs mètres cubes d’eau par seconde. Même des passerelles ont été construites sur la partie finale, pour permettre aux touristes de venir admirer le spectacle apocalyptique. Aujourd’hui, le débit d’eau est d’environ 20 litres d’eau par secondes. Nos mousquetons gèlent. Il ne vaut mieux pas fermer les viroles de peur de ne plus pouvoir les ouvrir. Nos arrivées dans les vasques sont de plus en plus délicates. Le « Mister freeze » comme nous l’avons appelé, nous accueille au terme de chaque rappel. C’est en effet un mélange de glace pilée qui recouvre une couche de glace en formation dans laquelle nous nous enfonçons tel des sables mouvants. La course commence à se faire longue. Cela fait presque 5h que nous sommes partis, et il n’y a qu’une issue... La faille s’ouvre un peu au-dessus de nos têtes. Nous apercevons enfin un petit bout de ciel bleu. Pas un moment de repos pour douter. Il faut sortir ! Nous ne pouvons nous attarder. Le repos nous refroidirait, et le moindre petit problème pourrait rapidement tourner au drame en raison des conditions extrêmes. De plus, nous n’avons que peu d’indications quant à la durée de la course. Quelques cascades plus bas, la lumière semble pénétrer dans le canyon. Nous apercevons le champs de départ. Il ne nous reste plus qu’une cascade à descendre de 20 m , glacée bien sur. La fin est proche. Dix minutes plus tard, nous terminons la descente le sourire aux lèvres et heureux de retrouver la chaleur du soleil. Bilan : un relais loupé, un autre placé trop haut et une mauvaise manipulation de corde nous aura un peu retardés, mais rien de bien méchant. Une combinaison étanche qui aura été testée en condition réelle, mais surtout le bonheur de savoir que nous sommes les premiers français à avoir parcouru le fameux canyon de Trummelbach. Cotation estimée 3,7 / 4. Il semble que cette course fasse partie des 15 plus beaux canyons d’Europe d’après l’auteur du livre

«  Le tour de l’Europe en canyon  »

Petit film sur le lien suivant : 

http://www.dailymotion.com/stefly


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