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279.1 - La Laitière Mutante

Théo Prévot

dimanche 7 novembre 2021, par Bertrand Maujean

Il y a quelques temps j’avais regardé un peu les différentes entrées donnant accès au réseau du gouffre Berger. Parmi les onze entrées que compte le réseau, une d’elles m’a fait de l’œil : la Laitière Mutante, découverte en 2010 par Cédric Lachat. Un puits d’entrée de 108 m suivi directement d’un puits de 74 m puis d’une succession de verticales donnant dans la galerie de la Boue (gouffre Berger) à ‑278 m… la classe ! Ou la grosse chatte comme dirait Cédric. Après quelques recherches infructueuses je décide de contacter les copains locaux, la réponse est simple, le trou
n’est plus équipé et n’a d’ailleurs jamais été rééquipé depuis l’explo, bref ça pue. L’idée de rééquiper proprement le gouffre sur spits et amarrages forés botte bien le reste de l’équipe : c’est décidé une fois le Berger déséquipé nous nous attèlerons à cette tâche.

Mardi 24 août après avoir réglé son sort au Berger, Yann (GSV, 26), Philippe (Caf de Nancy, 54), Margot, Thomas et moi (Usan, 54) mangeons un morceau et partons à la recherche de la Laitière Mutante afin de repérer l’entrée et d’y déposer le matériel dont nous aurons besoin. Après une petite demi-heure de marche nous trouvons assez facilement l’entrée et nous nous délestons d’un peu de matos. Ça aurait été bête de le descendre au parking pour le remonter le lendemain, les jours précédents se sentant déjà un peu dans les jambes, personne ne voit d’inconvénient contre un peu d’économie d’énergie.

Mercredi 25, après un peu moins d’une heure de marche nous retrouvons nos affaires laissées la veille. Nous faisons un point sur le planning de la journée, Yann commence à s’équiper le temps que je fasse les deux amarrages forés de la tête de puits. La corde en place, le voici parti pour l’équipement du puits Ramone, puits d’entrée de 108 m de hauteur.

Après quelques minutes le voici sur un premier palier puis, rapidement, nous ne le voyons plus. L’idée de base est qu’il remonte une fois en bas du puits pour que nous mangions tous ensemble et que je reprenne la suite, en attendant je décide d’aller me balader un peu sur le lapiaz, qui sait… Je pourrais peut-être trouver la douzième entrée du réseau (l’espoir fait vivre). Plusieurs fissures descendent mais sans plus, quand soudain un trou en bas d’un petit banc rocheux apparaît devant moi. J’y jette un caillou, ah ouais là ça descend bien ! À première vue il ne semble pas y avoir de trace de passage mais bon dans la végétation et vu les amarrages naturels à disposition pas facile de se prononcer maintenant. Je retourne chercher mon harnais et un bout de corde, Yann est toujours en dessous, visiblement le puits en jette, j’ai hâte.

Philippe partie à la recherche de géocaches est également revenu, Margot et Thomas quant à eux révisent leurs nœuds. Je leur propose d’aller jeter un œil dans le trou que je viens de trouver. On informe Yann que nous revenons et nous voici en route pour l’aventure. Je me lance le premier mais suis rapidement ramené à la triste réalité ; en effet quelques mètres plus bas deux plaquettes sont encore en place, bon ce n’est pas pour cette fois mais le puits est joli. Une fois remonté c’est au tour de Thomas qui descend jeter un œil suivi de Margot, les deux sont d’accord pour dire que le puits vaut le déplacement.

Nous retournons à la Laitière Mutante et sommes rejoints rapidement par Yann. Il n’est pas arrivé en bas avec la corde qu’il avait mais il voit le fond du P108, ce n’est plus très loin. 13 h, je mange un bout et m’équipe rapidement pour reprendre la suite. L’équipement et confort et les tirées raisonnables. Le puits est vraiment beau, assez ovoïde (environ 5 m par 15 m). J’arrive rapidement au dernier fractionnement, je raboute et poursuis la descente, une belle arrête rocheuse ne tient pas beaucoup et ne m’inspire pas tellement aller hop ça dégage ! Un bloc d’au-moins 50 kg s’écrase au fond du puits, un énorme bruit sourd retenti, qu’est-ce que c’est plaisant de purger un tel bloc ! La descente reprend, un second bloc encore plus gros est en équilibre, ça bouge mais malgré 5 minutes d’acharnement pas moyen de faire plus que le hocher. Je pose la dernière tirée et suis rejoint par Yann. Plusieurs passages semblent possibles pour la suite, il s’enfile dans un et me confirme rapidement que c’est le bon, je le rejoins, équipe une main courante pour atteindre le sommet du P74 puis entame la descente. Une belle lame dans mon dos m’inspire pour dévier un peu la corde, je perce un trou pour y passer une Dyneema quand soudain j’entends quelque chose chuter, et ce n’est clairement pas un caillou cette fois ! Immédiatement je jette un œil sur la dragonne du perfo, elle est toujours là, ouf ! Gling, gling, gling, ça ressemble quand même à un bruit de foret ça, je regarde de nouveau la dragonne… ET M**D* ! C’est bel et bien le perfo, PU**** FAIT C**** ! Bon ben on peut oublier l’équipement maintenant, je compte bien arriver en bas pour récupérer le perfo enfin… la bouillie qu’il doit en rester après 70 m de chute. Trois dév’ et deux passages de nœuds plus bas je le vois, il s’est arrêté sur une plateforme. L’emmanchement du mandrin a sauté et malgré quelques gros pètes la batterie est toujours dessus.

Je récupère les différentes pièces, visiblement les boutons fonctionnent encore, j’essaie de voir s’il démarre mais… rien. Je retire la batterie un contacteur est tordu je prends la seconde batterie et fais un essai. ÇA MARCHE ! Waouh qui l’eut cru ! Bon une bonne révision s’impose avant de le réutiliser mais visiblement la mécanique et l’électronique n’ont rien. Je
regarde ce qui a pu se produire pour qu’il tombe, l’attache dans la poignée… je n’y crois pas, le bordel résiste à une telle chute mais l’attache pour la dragonne n’est rien d’autre qu’un bout de plastique moulé sans aucun renfort métallique. Je me sécurise sur la margelle et Yann me rejoint, comme moi il est sur le cul. Il remonte, demande s’il y a des volontaires pour voir le puits qui vaut quand même le détour entre son volume et les nombreux coquillages fossilisés dans les parois. Les passages de nœuds auront raison de Margot et Philippe tandis que Thomas lui, est bien chaud pour aller voir. Je remonte donc cette tirée d’une cinquantaine de mètres et lui laisse le plaisir de descendre. En attendant son retour, place à un cours sur le plantage de spit (au tamponnoir bien entendu !) pour Margot. Elle comprend alors rapidement pourquoi nous sommes venus avec un perfo ;-) Thomas déséquipe le puits et nous regagnons la base du P108. Thomas passe la main à Yann pour le déséquipement, les fractio s’enchaînent et la lumière du jour est vite regagnée. Nous nous changeons et réorganisons les sacs. Je suis bien content d’avoir mon gros sac monté sur claie pour le retour quand je vois comment certains sont harnachés avec des trucs pendant dans tous les sens ou avec un sac devant. Je ne sais pas si les autres seront de mon avis car plus le sac est gros plus on en met et l’aide de Philippe et Thomas n’est pas de trop pour me mettre le sac sur le dos. Nous arrivons à la voiture sous un super couché de soleil ! Une belle sortie avec une bonne ambiance malgré le petit incident en haut du P74. Ça sera l’occasion de revenir finir le travail avec les copains qui n’ont pas pu se libérer cette fois-ci. Une fiche d’équipement sera publiée une fois le trou totalement rééquipé.

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