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180.1 - Il était une fois en Utah (1re partie)

Emmanuel BELUT

dimanche 15 septembre 2013, par Bertrand

<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Enfin.
Les hautes falaises de mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS";color:#0066FF'><a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_national_de_Zion"><span
style='mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Zion
<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'> nous
dominent puis nous entourent, éblouissantes sous l’intense soleil qui nous
écrase. Les ocres communient en une splendeur minérale, depuis un brun presque
pourpre jusqu’à une étincelante couleur blanc-crème.

<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Un
tunnel. Deux tunnels. Nous comptons les virages, puis soudain, derrière nous,
l’incroyable quadrillage de la mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS";color:#0066FF'><a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Checkerboard_Mesa"> "Comic Sans MS"'>Checkerboard Mesa
"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'> se révèle, étrange cône
de grès crème scintillant au soleil. Nous nous arrêtons alors et étirons nos
membres engourdis, puis vidons les véhicules des courses et du matériel qui les
remplissent jusqu’au plafond, sous les feux déjà écrasants du soleil. Une fois
restaurés et équipés, nous remontons le ravin à droite de <st1:PersonName
ProductID="la Checkerboard Mesa" w:st="on">la Checkerboard Mesa,
en direction du Sandy Pass, col sableux qui nous donnera accès au canyon de
<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS";
color:#0066FF'><a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Parc_national_de_Mammoth_Cave%23Sites_d.27int.C3.A9r.C3.AAt"><span
style='mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Fat Man’s Misery
<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>, au
nom spéléologiquement évocateur. Le col mérite bien son nom, et nous le franchissons
péniblement dans le sable qui s’écoule sous nos pas. Nous poursuivons ensuite
notre chemin en contournant sur la gauche un magnifique cône de grès blanc
liseré de rouge, puis rejoignons le lit asséché du torrent après avoir traversé
une zone de slickrock (dalles de grès dénudées, N.D.A.) et de bois
clairsemés de conifères. Subitement, l’arroyo (torrent, de l’espagnol,
N.D.A.) disparait dans une étroite faille obscure. Nous sortons alors les
cordelettes de 6 mm
que nous testons pour l’occasion, avec leur descendeur prototype associé, pour
un premier rappel. Sur corde double, en position rapide, le freinage semble
insuffisant à la plupart, d’autant que nous sommes relativement chargés et que
la corde est sèche, et cela malgré l’ergot de freinage. Mais le canyon qui se
révèle nous fait oublier ces considérations techniques, avec ses douces courbes
nimbées d’une délicate clarté orangée, sous les rares rayons du soleil qui y
pénètrent. De temps à autre, un rappel vient agrémenter le parcours, et nous nous
familiarisons avec l’éthique locale de l’amarrage naturel : sangles sur
blocs coincés, amarrages sur cairn et autres chockstone ou pinch-point.
Ces amarrages dans des failles au ras du sol rendent les départs de rappels peu
commodes, et nous nous interrogeons sur le caractère réellement « écologique »
de ce type d’ancrage. En effet les longueurs de sangles utilisées sont parfois
impressionnantes, il faut fréquemment les changer du fait des dommages causés
par le soleil, sans compter le nombre d’amarrages emportés par les flash-flood
(crues éclair destructives). Un bon équipement de goujons ou de broches
inox nous semble le plus souvent bien moins intrusif pour le milieu. Mais ces
débats se dissipent devant les magnifiques petits encaissements qui se succèdent,
alors que des infiltrations amènent de l’eau progressivement. Subitement, nous
atteignons le magnifique encaissement final, qui nous plonge dans un incroyable
oscuros. Nous nous taisons devant la majesté des lieux, et Angelo, notre
photographe, immortalise la lumière unique qui nous entoure. Enfin, nous
rejoignons la confluence avec l’East Fork de la <span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS";
color:#0066FF'><span
style='mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Virgin River
<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>, qui
forme alors un véritable petit paradis terrestre, ses méandres verdoyants
scintillant entre de hautes parois de grès. Nous nous baignons longuement dans
ses eaux transparentes, avant de poursuivre notre route à l’ombre de la gorge.
Rapidement, il nous faut néanmoins escalader la rive droite sous la chaleur
écrasante du soleil, pour rejoindre notre point de départ. Nous marchons
interminablement, hors sentier, entre <a
href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Pin_ponderosa"> "Comic Sans MS"'>pins ponderosa et petits figuiers de barbarie en
fleur, dans le cadre sauvage de Zion, avant de regravir péniblement le <span
style='mso-bidi-font-style:italic'>Sandy Pass, qui nous achève. C’est le
pas lourd et les pieds en ébullition que nous regagnons enfin notre véhicule.
Nous ne retrouverons notre entrain habituel qu’autour d’un barbecue, tout en
planifiant la journée du lendemain : nous enchainerons la descente de « Das
Boot » avec celle du célèbre « Subway ». Tôt levés, nous
démarrons l’approche depuis Kolob Terrace. La végétation change totalement, et
nous revoici en zone tempérée : une verte prairie court entre les pins, et
un bon air frais nous accompagne, alors que nous déambulons tranquillement sur
un bon sentier. Mais rapidement nous voilà contraints de le quitter pour
rejoindre la Left Fork.
Nous descendons d’abord sur un slickrock immaculé, puis à travers un
bois clairsemé, avant de remonter vers des petits sommets de grès orange. Enfin
une descente approximative dans un ravin nous conduit au boyau qui s’ouvre
soudainement sous nos pieds : voici le fameux « Das Boot », dont
les formes tortueuses abritent de nombreuses vasques bien remplies :
néoprène obligatoire ! Le grès, devenu gris, laisse maintenant nettement
apparaître ses stries horizontales. L’eau est glaciale, et l’encaissement
ténébreux, aussi nageons-nous prestement. L’encaissement est extrême, et
quelques petites arches naturelles apparaissent au milieu de belles formes
d’érosion. Soudain, au détour d’un méandre, notre groupe se fige : un
serpent, lové sur un rocher, immobile, garde le passage. Il n’y a pas d’autre
moyen que de se glisser à moins de w:st="on">50 cm du reptile. S’agit-il d’un crotale,
au venin redouté ? Nous n’en savons rien, et l’animal reste immobile,
malgré les vibrations de nos pas. Sans doute le froid des lieux le plonge-t-il
dans un état léthargique. Enfin l’un d’entre nous se décide, et se faufile
délicatement entre le serpent et la paroi. L’animal n’a pas frémi. Nous suivons
un à un, aussi doucement que possible, sans encombre. Soupirs de
soulagement : mais nous apprendrons par la suite qu’il s’agissait
vraisemblablement d’un bullsnake, non venimeux. Nous reprenons notre
route : l’encaissement se colore de teintes orangées, puis finit par
s’ouvrir. L’eau courante revient grâce à quelques sources, et nous rejoignons
l’itinéraire plus classique du « Subway » (métro). L’eau devient
émeraude et coule par moment dans un petit canal naturel, taillé dans le fond
d’un immense tube de grès, rappelant une galerie de métro. Le site est superbe,
et nous croisons quelques touristes remontant la gorge pour admirer cette
merveille naturelle. Nous longeons ensuite longuement la rivière, avant de
gravir la rive sous une chaleur écrasante pour rejoindre notre véhicule.

<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Le
lendemain sera consacré à la préparation de notre raid dans le <span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS";
color:#0066FF'><span
style='mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Grand Canyon
<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>,
organisé par Rich Rudow, que nous devons retrouver à midi à Kanab, Arizona.
Nous le retrouverons à l’heure dite, mais avec une heure d’avance pour
nous ! Eh oui, il y a une heure de décalage avec l’Utah, pourtant si
proche ! Après quelques ultimes courses et un lunch joyeusement
dégusté dans la perspective de 5 jours de raid en autonomie, nous entreprenons
de trier les équipements et de répartir le matériel, sous un soleil de plomb.
Pagaies, packrafts (rafts de poche, pliés ils font la taille d’une
petite bouteille, N.D.A.), gilets de sauvetage et autres indispensables objets
viennent se rajouter à nos sacs déjà bien chargés. Nous avons dû troquer nos
kits habituels pour des sacs à dos mieux adaptés, modèles Heaps ou Imlay du nom
de célèbres canyons du parc de Zion. Malgré le minimalisme de l’équipement,
nous sommes chargés à bloc, avec entre autres de quoi charrier <st1:metricconverter
ProductID="5 litres" w:st="on">5 litres d’eau chacun.
Nous reprenons ensuite la route en direction de Kanab Point, notre camp de
base, où commencera notre aventure dans les slots secrets du Grand
Canyon : mais ceci est une autre histoire !

"Comic Sans MS"'>Six jours plus tard, nous voici de retour au cœur du parc de
Zion, le cœur encore habité par le souvenir du Grand Canyon. Nous recommençons
notre activité favorite avec la descente des canyons de Keyhole et Pine Creek,
que nous attaquons vers 14 h après une longue matinée de repos. Nous
complétons la descente du magnifique Keyhole en 35 minutes de voiture à
voiture, non sans éprouver quelques remords d’être passés aussi vite dans ce
petit bijou. Nous enchaînons cependant sans temps mort avec Pine Creek :
les méandres de grès sont toujours aussi incroyables, et la lumière lointaine
du soleil nimbe d’une sublime teinte orangée la descente. Le final de Pine
Creek, son rappel plein vide et ses deux arches naturelles nous comblent. Nous
dinons ensuite rapidement avant de décamper pour Lava Point, sur le plateau de
Kolob Terrace, car la journée de demain s’annonce rude : en effet nous
prévoyons de descendre Heaps, réputé très difficile avec ses 16 à 20 heures de
parcours. Nous dormons à la belle, enfin au frais après dix jours de canicule,
mais assaillis par les moustiques. Nous attaquons la marche d’approche à la
frontale, bien avant l’aube, à 3 h 30. La piste qui défile rapidement
sous nos pas nous plonge dans une semi-torpeur presque hypnotique, lorsque
soudain les lueurs de l’aube viennent éclairer les splendeurs verdoyantes de
Kolob Terrace. Au bout du plateau, les sommets étincelants des mesas
blanc-crème se dévoilent, et nous commençons la descente sur Phantom Valley. Au
bout d’une corniche, un grand rappel nous mène sur une longue pente de slickrock,
puis nous descendons dans le lit asséché du torrent. Enfin après presque 5
heures d’accès, nous voici au départ du premier encaissement de Heaps. Nous
nous équipons, préoccupés par la longueur du parcours restant. Concentrés, nous
entamons prestement la descente du boyau. Les vasques sont remplies d’une eau
glacée, noire comme la nuit, sans pour autant que le torrent coule. La gorge
est splendide, avec presque immédiatement une arche naturelle, puis une marmite
piège d’un mètre cinquante de diamètre que je parviens tout juste à franchir en
opposition. Nous nous aidons mutuellement à franchir l’obstacle, puis le
premier encaissement se termine subitement, alors que le cours d’eau bifurque
subitement de 90 ° vers la droite, empruntant une faille rectiligne
impressionnante. Rapidement nous gagnons un nouvel encaissement, encore plus
froid que le précédent. La profondeur devient abyssale et obscure, et les
désescalades délicates succèdent aux rappels malcommodes. Les sorties de
vasques sont souvent difficiles, sans que l’on puisse parler de marmites
pièges, le niveau d’eau n’étant pas encore assez bas. Nous profitons d’un
instant de répit au soleil pour déjeuner rapidement, avant de reprendre la
descente à bon train. Nous avons le sentiment de bien avancer, alors que le
froid se fait de plus en plus pénétrant, et que la canicule extérieure nous
semble un rêve lointain. Le dernier encaissement se profile, tout aussi
fantastique que les précédents, avec ses successions de marmites, de
bifurcations brusques, de failles engorgées, et un interminable bief glacé
qu’il faut traverser à la nage. Des lueurs fantastiques descendent alors dans la
gorge, et nous affrontons avec succès une première sortie de vasque réellement
technique, véritable keeper pothole (marmite piège, N.D.L.R.). Puis la
face lisse et immense de Lady Mountain se dessine sur la droite, annonçant la
sortie toute proche. Nous escaladons alors une cheminée à droite, avant
d’entreprendre la descente du cassé de <st1:metricconverter
ProductID="140 mètres" w:st="on">140 mètres qui conclut
la descente. Après deux relais, une descente plein gaz de <st1:metricconverter
ProductID="83 mètres" w:st="on">83 mètres nous conduit au
cœur des Emerald Pools, dans un cirque majestueux, au milieu des touristes
ébahis. Il nous aura fallu entre 10 h 30 et 11 h pour réaliser
l’ensemble de la course, et nous restons stupéfaits par les temps donnés par
les différents topoguides, sachant que d’autres auraient pu mettre encore moins
de temps que nous. Nul doute pour nous qu’une équipe passant réellement
10 h de plus dans le canyon entamerait très sérieusement ses réserves
d’énergie, et sortirait exténuée de l’aventure. Mais Heaps n’en demeure pas
moins une incroyable descente, qui serait majeure entre toutes si l’eau y
coulait en permanence. Ses couleurs, ses formes, sa longueur et son engagement
imposent le respect, sans oublier son caractère technique lié aux potentielles
marmites pièges. C’est sur cette dernière descente aux États<span
style='mso-no-proof:yes'>-
Unis que je conclurais mon séjour dans l’ouest
américain, alors que mes compagnons profiteront d’une journée supplémentaire
pour effectuer une dernière descente. Alors que je regagne <span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS";
color:#0066FF'><span
style='mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'>Las Vegas
<span
style='font-family:"Comic Sans MS";mso-bidi-font-family:"Comic Sans MS"'> pour
m’envoler vers la verte Lorraine, l’extravagant étalage de folie consumériste
me semble irréel, encore plus décalé que d’ordinaire, après ces quinze jours
passés dans l’immensité sauvage.