Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne

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269.2 - Regard sur les Bathynelles, Crustacés interstitiels stygobies, en Lorraine

Bernard Hamon, CPEPESC nationale (extrait de S.S.B.n°488, décembre 2017, CPEPESC nationale, Besançon)

mardi 12 janvier 2021, par Bertrand

La découverte des Bathynelles est
relativement récente : elle remonte au courant de la seconde
moitié du XIX
e
siècle lorsque F. Vejdovski découvrit
Bathynella
natans

dans un puits d’eau à Prague qu’il décrivit en 1882. Il s’agit
d’un petit crustacé de 0,5 à 1,5 mm de longueur, de corps
cylindrique, incolore, présentant tous les caractères propres aux
crustacés stygobies soulignés par
A.
Vandel

(1964) : « Absence de pigments tégumentaires,
anophtalmie, réduction des flagelles antennaires et des exopodites
des péréiopodes ». Les Bathynelles appartiennent au
superordre des
Syncarides
(Figure I). Les connaissances sur les Syncarides n’ont cessé
d’évoluer au courant du XX
e
siècle grâce aux travaux et contributions apportés par de nombreux
spécialistes ; si quelques « relais » importants
sont à retenir — citons P.-A. Chappuis, C. Delamare-Deboutteville
— et plus récemment N. Coineau, nous n’omettons pas de penser à
d’autres chercheurs comme H. Jakobi, H.K. Schminke, E. Serban,
A.-J. Camacho...

Les Bathynelles, qui rassemblent
des espèces inféodées à des habitats souterrains, ont révélé
ainsi de nombreuses informations les concernant : morphologie,
physiologie (caractères propres aux animaux cavernicoles), anatomie,
régime alimentaire (principalement détritivore), modalités de
déplacements (espèces marcheuses et non nageuses), reproduction
(bisexuée, comptant 8 à 11 stades de développement), longévité
(au moins 2,5 années, en laboratoire), biorépartition (européenne
pour
Bathynella natans),
condition de vie, habitats (milieux souterrains interstitiels,
psammiques) et origine (espèces fossiles reconnues dès le
carbonifère pour les Syncarides les plus anciens et très
probablement marines). Les axes d’investigations actuels sont
orientés vers la
phylogénie
des Syncarides, les recherches moléculaires et l’
éthologie.

Dans le monde, on dénombre environ
300 espèces de Syncarides, formes fossiles incluses, rassemblées en
trois ordres distincts. En France, ce sont au moins 21 espèces
stygobies qui avaient été inventoriées en 2005 (D. Ferreira) dont
quatre appartenant au genre
Bathynella.

Selon les données que nous avons
pu rassembler, en dehors de travaux universitaires éventuellement
concernés par le sujet et auxquels nous n’avons pas eu accès, la
Lorraine accueille au moins trois espèces :

  • Bathynella natans psalmiques,
    Vejdovski, 1882

  • Bathynella gallica,
    Delamare & Chappuis, 1954

  • Bathynella natans picardi,
    Delamare, 1961

Les Bathynelles en Lorraine :
historique

Au courant des années 50, le
professeur
P.
Remy

de l’université de Nancy étendait son champ d’investigations
biospéologiques aux habitats interstitiels. Il orienta des étudiants
dans cette voie comme R. Duhoux, M. Songeur et J.-Y. Picard. Le
terrain retenu fut le large bassin versant de la Moselle, depuis les
piémonts vosgiens jusqu’au sud de Metz (57). Les recherches se
déroulèrent de 1954 à 1959 dans les alluvions sableuses des cours
d’eau en utilisant la méthode de collecte Karaman-Chappuis. C’est
en 1958-1959 que J.-Y. Picard captura les premières Bathynelles dans
six stations différentes (Picard, 1962) qui furent identifiées par
C. Delamare-Deboutteville (1961). Les trois espèces précitées
furent reconnues, dont une nouvelle
Bathynella
natans picardi
décrite
par ce spécialiste.

Les Bathynelles stygobies sont
présentes dans trois départements : 54, 57 et 88 (Figure II).

Ces données anciennes restent
référentielles pour notre région dans la mesure où aucune
recherche récente n’a été entreprise sur le sujet. Elles furent
citées en l’état dans le travail de D. Ferreira en 2015.

Les Bathynelles dans leurs
habitats en Lorraine

Ces Syncarides ont tous été
recueillis dans des alluvions de cours d’eau, milieux psammiques
interstitiels de faible profondeur (<0,8 m). Des recherches
sur la qualité de l’eau ont été réalisées sur la température,
le pH mais aussi l’O
2
dissous, la M.O. animale et végétale. Des tamisages précis des
sables ont permis de montrer que la granulométrie préférentielle
où ont été collectées les Bathynelles était au moins égale ou
supérieure à 2,36 mm (de 42 à 75 % selon les stations).
La fourchette des températures de l’eau est large (de 3 à 19 °C),
toutes saisons, toutes stations prises en compte. Enfin, la
microfaune qui partage ces habitats est diversifiée et variable (en
taxons et en effectifs), selon les stations : Nimatodes,
Anellidés, Tardigrades, Acariens, Crustacés... majoritairement
stygoxènes, ont été identifiés par les spécialistes consultés.
Nous retiendrons que plusieurs stygobies (un Archianellidé, trois
Crustacés) ont été découverts avec des Bathynelles (Figure III),
l’espèce de
Niphargus
n’ayant pas pu être déterminée.

Le champ demeure très ouvert en
Lorraine pour étudier les Bathynelles stygobies.

Espèces

Qualité de l’eau

Faune stygobie associée

Temp.

pH

Bathynella
natans natans

6,5 à 12,5 °C

6,6 à 6,7

· Troglochaetus
beranecki

· Parastenocaris
fontinalis

· Parastenocaris
psammica

· Niphargus
species

Bathynella
gallica

3 à 9 °C

7,1 à 7,6

· Parastenocaris
fontinalis

Bathynella
natans picardi

16 °C

6,2

-

Figure III : Les
Bathynelles en Lorraine dans leur(s) habitat(s) (source :
J.-Y. Picard, 1962)

Piste de lecture :
Picard J.-Y. (1962) - « Contribution à la connaissance de la
faune psammique de Lorraine »,
Vie
et milieu
n° 13,
p. 471-505