Union Spéléologique de l’Agglomération Nancéienne

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272.1 - Du plan A, au plan B au plan Orsec : Un Nouvel An en Chartreuse, suite et fin

Olivier Gradot

mardi 6 avril 2021, par Bertrand

Résumé
de la première partie : Le 1
er
janvier l’équipe a quitté la grotte Ignorée (
réseau
de l’Alpe
)
pour se rendre au
gouffre
du Grand glacier
.
Alors que Pascal s’est blessé à la cheville lors d’une chute
dans la neige, il se propose de repartir seul, ce que l’équipe
refuse catégoriquement, puis suggère l’idée qu’un des membres
du groupe l’accompagne et que les autres aillent dans le gouffre...

Je ne suis
pas partant pour cette idée et Théo me conforte dans cette opinion
en rappelant que quand on a un problème il ne sert à rien d’aller
en chercher un deuxième et qu’il faut savoir faire demi-tour à
temps. C’est vrai en plongée souterraine et c’est aussi valable
dès lors que la situation peut devenir risquée ailleurs. Nous nous
partageons le contenu du sac de Pascal et tentons la marche vers la
cabane de l’
Alpette  :
il ne faudra qu’une cinquantaine de mètres pour comprendre qu’en
l’état Pascal n’arrivera pas à marcher jusque-là...

Nous décidons après concertation
commune d’appeler les secours. Théo et Fabien partent en quête
d’une zone avec suffisamment de réception pour appeler le 112
pendant que le reste de la troupe fabrique un petit point chaud pour
Pascal et fait fondre de la neige pour préparer une soupe. Nous nous
refroidissons du fait de ne pas bouger et nous nous forçons à
effectuer des mouvements pour ne pas refroidir nos pieds et nos
mains.

Après une demi-heure Fabien et
Théo sont de retour. Le brouillard ne permettra pas l’intervention
d’un hélicoptère et il va falloir faire autrement. L’idée de
camper sur place même si nous sommes équipés pour pouvoir le faire
n’enchante personne et faire venir des secours à pied sera long,
alors comme nous avons à notre disposition une trousse de secours
assez chargée nous suivons les conseils d’un des secouristes et
donnons à Pascal un cocktail d’anti-inflammatoires et
d’anti-douleurs assez conséquent qui devrait lui permettre de
marcher un peu sous réserve que nous l’aidions dans les passages
les plus difficiles.

Nous lui donnons à manger en même
temps que ses cachets et partageons la soupe pour nous réchauffer.
En tout cas Pascal garde le moral en toutes situations et n’oublie
pas de continuer à nous faire rire avec ses habituelles boutades.

Nous attendons environ une
demi-heure afin que les médicaments commencent à faire effet.
Pendant ce temps Fabien part en éclaireur pour trouver le chemin le
plus facile pour remonter de là où nous sommes et entamer la
descente vers le chalet de l’Alpette que nous devrions pouvoir
rejoindre en deux heures si tout se passe bien. Pendant ce temps nous
replions nos affaires et quand Fabien nous rejoint nous entamons la
mission « retour au chalet ». Thomas, Olivier D. et
Fabien passent devant pour faire une bonne trace devant Pascal et
Théo et moi le suivons. Doucement mais sûrement nous avançons. Sur
une montée problématique nous installons une corde et, aidé de sa
poignée, Pascal arrive en haut sans trop de problème. Dans les
descentes il passe en mode luge pour soulager sa cheville. Au final
nous avançons bien et après une heure Pascal se surprend même à
être contemplatif… les joies du Tramadol ! Une fois le G.R.
rejoint, le plus dur est fait. Nous nous arrêtons quelques minutes
pour soulager les épaules… Pour vous dire après notre retour nous
avons estimé le chargement de Théo qui était le plus lourdement
chargé de nous tous et il était sur un bon 40 kg !

Le reste du retour se passe bien,
nous arrivons au chalet un peu avant la tombée de la nuit et avons
la chance de voir que ce dernier est encore un peu chaud et que du
bois a été rapporté. Le temps que le reste de la troupe allume le
feu, Théo et moi montons au col de l’Alpette pour avertir les
secouristes que nous avons pu rejoindre le chalet. Nous les tiendrons
informés de notre départ le lendemain matin. Nous rejoignons
ensuite le chalet où cette fois-ci nous dormirons à l’intérieur
car nos duvets ne sont pas très secs après les deux dernières
nuits. Nous mangeons notre dernier saucisson et notre dernier bout de
fromage, nous reprenons des plats chauds lyophilisés et ne tardons
pas à aller nous coucher dans la zone en hauteur du chalet.

Samedi 2
janvier 2021 : la nuit fut bonne, même si certains ont eu trop
chaud (il fallait penser à au moins sortir les bras de nos duvets).
Nous replions nos couchages et préparons de quoi petit-déjeuner à
base de café, nouilles asiatiques et barres énergétiques (à noter
pour la prochaine fois : prendre bien garde de refermer le
sachet zip-lock contenant le café soluble au risque de pourrir une
bonne partie de nos vivres de taches brunâtres et collantes…), au
final nous avions prévu large pour les vivres (et c’est tant
mieux) mais vraiment court pour le papier toilette : pas grave
on peut aussi se torcher avec de la neige et avec des livres (je
tairai le nom de ce dernier). Une fois rassasiés, nous rangeons
toutes nos affaires et repartons vers le parking de la Plagne (je me
rendrai compte une fois de retour chez moi que j’ai oublié au
chalet ma combinaison jaune
P.V.C.
marquée C.D.S. 54… Sait-on jamais peut-être qu’une âme
charitable la trouvera et préviendra le C.D.S… On peut parfois
être agréablement surpris, je croise donc les doigts !).

Dans la descente depuis le col
Pascal s’improvise maître en bobsleigh défiant les lois de la
gravité en glissant entre les sapins sur son fidèle destrier alias
une grosse couverture de survie. Il nous étonnera avec différentes
figures dignes des Jeux olympiques d’hiver et finira par gérer les
virages en descendant la tête la première ce qui fera sourire les
quelques randonneurs que nous croiserons en chemin.

Sur notre chemin nous sommes
émerveillés par les énormes aiguilles de glace qui se sont formées
sur les arbres de la forêt, nous n’en avions jamais vu de telles.
Nous nous demandons les conditions propices à leur formation, en
tout cas il est clair que l’absence de vent était primordiale car
un simple souffle brise ces dernières.

Nous arrivons aux voitures aux
alentours de 13 h, la dernière partie plate nous sembla
longuette. Olivier D. étant arrivé en premier, est venu prendre
Pascal au niveau du parking d’été. Nous nous changeons, utilisons
une dernière fois nos pelles à neige pour dégager la voiture de
Pascal. Puis entamons la route vers Nancy. Dès que nous sortons du
massif le paysage redevient vert… plus de neige… dommage car elle
rendait les paysages si beaux…

Le retour se fait sans problème,
nous faisons une halte à une boulangerie pour notre déjeuner et
arrivons à Nancy peu après 18 h (horaire du nouveau
couvre-feu). Nous déposons nos affaires au local puis rentrons chez
nous (Fabien aura son train de 19 h 17 en direction de
Strasbourg !).

Une fois chez moi j’éparpille
mes affaires dans mon salon pour les faire sécher et me jette sous
une douche bien chaude qui est bien appréciée ! C’est
qu’après quatre jours sans nous laver nous ne sentons pas la
rose ! Aérer nos duvets ne sera pas une option !

Je finis ma soirée en regardant
les photos avec un peu de nostalgie… C’est qu’il y a quand même
une différence de paysage entre Nancy centre et le plateau de
l’Alpette...

En tout cas ce petit bol d’air
plein d’anecdotes aura été un Nouvel An qui restera dans les
mémoires ! Merci à Théo pour toute l’organisation faite en
amont, merci à toute l’équipe pour ces bons moments et bonne
rémission et rééducation à notre Pascalou préféré qui, nous
l’apprendrons le jour suivant, sera diagnostiqué d’une fracture
du péroné et sera parti pour six semaines d’immobilisation
suivies d’une période de remise à niveau de la zone concernée
(on a confiance en la bête ! Il sera vite à nouveau en train
de gambader !).

Et quant au JB on lui dit à
bientôt ! Peut-être durant cet hiver si la situation le
permet, sinon à cet été pour aller voir la zone amont !

Très bonne année à tous !

Les photos  :
https://www.flickr.com/photos/olivier_gradot/albums/72157717698989186