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278.1 - Vauvougier, acte 1

Arnaud Hollard

samedi 9 octobre 2021

Lire les acte 2 et acte 3

Participants : Arnaud, Olivier G., Théo, Thomas (Usan) et Fabien (GSBR, Molsheim)

Théo me propose une sortie au Souffleur d’Albion dans le Vaucluse à la Pentecôte. On se retrouve donc à Malbrans, dans le Doubs, le vendredi 21 mai 2021… Je ne cherche pas à comprendre, les sorties proposées par le jeune Prévot sont toujours intéressantes, et tant que je peux ramper sous terre, je suis partant ! En même temps, il m’a demandé si faire de la première à Vauvougier m’intéressait, alors que je suis en train de lire « Jusqu’au fond du gouffre, record du monde à la Pierre Saint Martin » de Corentin Queffelec

Nous nous mettons d’accord pour camper à proximité de la cavité afin de ne pas perdre de temps avec l’approche et équiper le puits d’entrée dès notre arrivée et de gagner une heure demain matin. La météo pluvieuse en a décidé autrement. Malgré les avertissements d’Olivier, le GO du week-end, Thomas s’engage au plus près du gouffre, et s’y embourbe. Il prévient le reste de l’équipe, qui stationne sur un endroit sain. Après maintes manœuvres, nous parvenons à le sortir de là. Enfin presque, Olivier à fait demi-tour sur une bordure, ce qui lui coûte un pneu. Heureusement, il n’a pas pris le temps de les changer avant de partir ! Le week-end commence fort !

Nous décidons d’aller voir au gîte de Montrond-le-Château s’il reste de la place, au moins pour ce soir, et grâce à l’hospitalité de Sarah (GCPM) nous apprécions la chaleur du fourneau et le moelleux des lits.

Après une discussion autour de quelques bières accompagnées de cochonnailles industrielles et d’un effeuillé de pommes de terre bien gras, nous allons profiter du dortoir afin de rêver de Vauvougier. Le départ que l’on voulait matinal ne se fait qu’à 10 h, après avoir pris le temps de négocier la possibilité de profiter du confort du gîte pour les deux prochaines nuits, ce qui fait que la totalité de l’équipe n’est engagée qu’aux alentours de 12 h.

Je découvre un puits d’entrée rendu majestueux par le soleil (si, si, il est encore en vie). Les premières vires nous réchauffent rapidement, et c’est parti pour une descente de quarante mètres. S’ensuit une série de petits ressauts et passages un peu étroits, dont les dimensions ont été élargies par le SSF 25 à la suite d’un récent accident. Je leur tire d’ailleurs mon chapeau. Pour avoir participé à plusieurs exercices d’ampleur bien moindre, je sais les efforts que représente le brancardage d’une civière sous terre. Et là, même après le gros travail de désobstruction réalisé, l’effort a dû être très intense. La fameuse étroiture de Vauvougier n’existe donc plus, je n’aurai pas la chance de m’y confronter… D’autres diront justement que la chance est de ne pas avoir à la franchir, chacun son point de vue.

Après le lieu de l’accident, c’est une autre histoire, quelques méandres s’enchaînent, que nous qualifierons de « Marie Blachère », dont un que j’ai subi au retour du premier jour. Il faut y passer en partie haute, avec les kits devant soi (n’est-ce pas Olivier), mais ils ont la fâcheuse tendance à vouloir se coincer dans ce fichu trou de serrure… La suite de la progression s’effectue sans difficulté majeure avec quelques belles verticales. La galerie du Guano porte bien son nom, tant l’odeur y est prononcée, et là ce n’est pas de ma faute… Nous ferons toutes nos pauses repas au pied du puits du même nom, sans la puanteur, le courant d’air étant dans le bon sens. Arrivés à un cairn, deux possibilités : à droite, l’accès au grand puits broché (P40), à gauche la galerie du Bétail puis la galerie des Dos d’ânes, partie la moins visitée où nous espérons de potentielles découvertes. Ce sera de ce côté que nous partirons. C’est une suite de petites escalades-désescalades presque faciles, entrecoupées de quelques put*** de passages « Marie Blachère ». Après le puits de l’ancien bivouac, un R7 qui se désescalade, mais que nous décidons d’équiper, le gouffre change radicalement. Comme le dit Théo, c’est une autre grotte. Finie la poussière, ça glisse, c’est boueux et on voit que personne n’est passé par là depuis longtemps. S’il y a de l’eau, c’est que ça doit sortir… dixit Théo ! Nous arrivons sur un toboggan remontant, équipé d’une corde que Fabien et moi estimons être de 2015. Il s’avèrera qu’elle doit avoir plus de 40 ans, probablement mise en place par le club de Corbeil-Essonnes en 1979, lors de l’escalade que nous voulons poursuivre. La première journée se termine au pied de cette escalade où nous trouvons une corde calcifiée, impressionnant ! Après en avoir épluché un morceau, il n’y a pas de bolduc à l’intérieur avec l’année de fabrication… L’objectif est atteint, nous remontons à la surface plein d’envies et d’espoirs pour le lendemain.

La remontée s’effectue bon train, nous atteignons la surface à minuit, bien fatigués. Et il pleut encore… Mais la bonne nouvelle du soir est que Guy Decreuse nous informe que le gîte est à notre disposition jusque lundi ! Après une soirée conviviale autour du poêle bienfaiteur du refuge, (en essayant de déguster de la bière au piment qui mousse, qui mousse…) et une nuit réparatrice de 6 h, Théo et moi partons en premier, Thomas n’étant pas trop du matin (Olivier dira qu’il voulait surtout se laver les cheveux !). Nous atteignons rapidement le début de l’escalade, le puits Pépette. Fabien nous rejoint au moment de commencer. Les points artificiels sont tellement espacés que Théo est obligé d’utiliser la barre Raumer. Je l’assure via un Reverso et une corde dynamique qui passe dans des plaquettes vissées sur des spits qui datent de 1979 ! Nous le savons grâce à une plaque qui est en haut de cette paroi. J’aimerai d’ailleurs beaucoup échanger avec ces pionniers. Si quelqu’un peut me mettre en relation, ce serait un plaisir.

Pendant que Fabien assure les derniers mètres, je me repose un peu et grignote un morceau. Olivier et Thomas (les cheveux « waxés »), enfin réveillé, nous rejoignent. Ils décident de tester la couverture de ce dernier et ma grosse bougie. À priori ça chauffe fort, mais le carton que j’ai employé comme mèche n’est pas adapté. Cette expédition est aussi pour moi l’occasion de tester un bidon pharmacie afin de pallier quelques problèmes mineurs qui pourraient arriver. Olivier me surnomme donc le « Docteur Jones ». Ces deux derniers, réchauffés, vont en reconnaissance du puits du Bivouac, identifié sur la topo, et d’un point d’eau. Ça sera plus long que prévu, le kit personnel de Thomas ayant chuté au bord d’une diaclase impénétrable, la récupération prendra un peu de temps, et le propriétaire du sac pourra le récupérer en étant assuré par les pieds par Olivier, safe ! L’accès au bivouac se fait via une désescalade que ce dernier préfère, à raison, équiper, et au tamponnoir !

Après ma pause, je rejoins la tête de l’escalade en récupérant plaquettes et mousquetons au passage. S’ensuit un ressaut avec de la boue fatale à la grosse batterie du perfo, (même les meilleurs font des boulettes) et une nouvelle escalade que Fabien entreprend ardemment, en auto-assurance, avant d’attendre Théo et la corde dynamique, ce n’est vraiment pas l’endroit pour avoir un accident. Nous arrivons au pied d’une escalade qui nous appelle, mais la sagesse nous commande de revenir une prochaine fois. Nous mettons donc en place un équipement fiabilisé pour faciliter notre prochaine, et proche, tentative de poursuite du travail effectué il y a quatre décennies.

C’est plein d’espoir que nous rejoignons l’équipe partie en reconnaissance. Nous les trouvons en haut du puits d’accès au bivouac, Olivier préférant attendre la confirmation que l’équipement est bien avant d’engager Thomas ! La remontée s’effectue tranquillement, je fais mon fainéant en ne remontant qu’un kit et laisse les deux cadres chargés comme des mules, j’ai honte… Nous sommes tous sortis pour 2 h du matin, ce qui fait un total de 27 h sous terre, pas mal !

J’avais, au départ, émis l’idée de nettoyer le matériel dès notre retour au gîte, avant de dormir, mais heureusement, nous avons attendu le lendemain et l’apparition d’un soleil régénérateur.

Cette sortie nous a permis de reprendre une exploration entamée il y a 42 ans et de souder un peu plus une équipe de guerriers qui s’entendait déjà bien ! Il va maintenant falloir que je concilie vie de famille, vie professionnelle et spéléo… Pour résumer ce week-end : ça continue, et vive Marie Blachère !

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